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Lait - Le temps des vaches maigres

Economie


Les producteurs français vont lancer cette semaine une série de manifestations avec en point d’orgue aujourd’hui une journée de mobilisation nationale pour dénoncer la chute du prix du lait mais aussi la politique des pouvoirs publics qu’ils rendent responsables de la crise.

Alors que se profile la libéralisation de la production laitière, avec la fin programmée des quotas laitiers à l’horizon 2014-2015, les producteurs de lait de vache multiplient les actions de contestation un peu partout en France depuis quelques jours. Environ soixante-dix producteurs de lait bloquaient dimanche soir une centrale d’achat Intermarché à Saint-Gérand (Morbihan) empêchant les camions d’entrer et de sortir pour protester contre l’effondrement des prix, a indiqué la coordination rurale.

Le constat est sans appel, avec une demande de produits laitiers en berne, l’explosion des charges et la libéralisation programmée du marché, les prix pratiqués sont très largement inférieurs aux coûts de production. En ce moment, les producteurs de lait de vache reçoivent le paiement du lait du mois d’avril. Le prix se situe entre 200 et 220 euros/1.000 litres soit près de 100 euros de moins qu’il y a à peine un an. Un niveau jamais atteint par le passé, y compris en 2006, année où le prix du lait a atteint un seuil historiquement bas.

2006, l’année noire

Si l’on compare la situation actuelle avec celle de l’année noire précitée, on constate effectivement une baisse des cours de la poudre de lait de 20 % et du beurre de 6 %. Mais ces produits représentent moins de 30 % du débouché du lait français. Les producteurs ne contestent pas la conjoncture défavorable mais refusent d’en faire seuls les frais.

Ils multiplient les actions et dénoncent un effondrement du prix auquel les industriels leur achètent leur lait. Ce prix, aux alentours de 210 euros les mille litres en avril, est en baisse d’environ 30 % par rapport au début de l’année, selon les calculs de la Fédération nationale des producteurs laitiers. Pour Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, la baisse de 30 % du prix du lait collecté en avril est une « provocation » et a été « imposée » sans « véritables négociations », dénonce-t-il.

La dîme des intermédiaires

Parallèlement, sur les produits de grande consommation écoulés en France qui constituent 50 % du débouché du lait français, on enregistre une hausse des prix de 6 à 10 % selon les marques. Comment, dans ce contexte, ne pas pointer du doigt le rôle des transformateurs et des intermédiaires ?

Les transformateurs profitent très clairement de la situation et semblent ne plus se rendre compte de la réalité de l’élevage laitier en prenant les producteurs comme une simple variable d’ajustement de leurs bénéfices. Peut-on occulter qu’entre 2006 et aujourd’hui, les charges des éleveurs ont augmenté de 25 % ?

Le prix du lait payé aujourd’hui aux producteurs est de 20 à 25 centimes du litre, bien en dessous des coûts de production et les prix des produits laitiers pour les consommateurs ne sont pourtant pas en baisse, dénoncent avec véhémence les adhérents de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).

« Sous couvert de problèmes réglementaires, l’attitude des intermédiaires montre leur seule volonté de fixer unilatéralement un prix en chute libre pour les prochains mois. Les éleveurs se retrouvent ainsi face à une véritable dépendance économique en contradiction avec une relation commerciale équilibrée », indique Henri Brichart, président de la FNPL.

Alors que les producteurs se préparent à des rassemblements devant les préfectures depuis hier soir, le sénateur UMP de la Manche, Jean-François Le Grand, a demandé au ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, la nomination d’un médiateur dans le conflit du lait.

 


“Je ne tiendrai pas le trimestre”

Rachel Guiquerro est productrice dans le Morbihan.

Hier après-midi, 13 heures. Rachel Guiquerro attend un appel téléphonique de la fédération locale de Jeunes Agriculteurs, son syndicat. Ensemble, ils vont décider des actions à mener dans les prochains jours et ce coup-ci, « ça va réellement péter ».

Voilà deux mois que la jeune femme ne se verse quasiment plus de salaire : entre mars et avril, elle a touché 900 euros, 450 euros par mois. Le seuil de pauvreté est fixé à 880 euros. Une situation évidemment difficilement acceptable lorsque l’on abat ses 70 heures de travail par semaine. Rachel Guiquerro s’est installée, avec son mari, il y a neuf ans dans le pays de Questembert, au sud de la Bretagne.

Son exploitation compte aujourd’hui une soixantaine de vaches, toutes de race normande. Elle livre chaque mois 28.000 litres de lait à la coopérative Eurial Poitouraine, qui transforme ensuite cette matière première pour la marque Granlait ou en beurre AOC aux cristaux de sel.

Malgré une qualité reconnue, les 1.000 litres de lait produits par Rachel valent 105 euros de moins qu’il y a un an. Une volatilité des prix qui trouve son explication dans le dérèglement complet du marché.

Les prix ne sont plus fixes, et l’offre étant trop importante par rapport à la demande, ce sont les industriels qui mènent la danse. « Ils lancent des appels d’offres et c’est le plus offrant qui remporte le marché. Alors je m’adapte. »

Et s’adapter, cela veut dire vendre en dessous du prix de revient quand ils « s’octroient des marges importantes ». Entre le fioul, l’électricité, la nourriture pour les bêtes, l’entretien du matériel, les prêts et l’assurance, elle débourse tous les mois 8.000 euros.

« Si les industriels ne reviennent pas à la réalité, ils vont pousser beaucoup d’exploitants à la faillite et n’auront plus de lait à acheter. Ils ne se rendent pas compte de notre situation. Si ça continue comme ça, je vais devoir arrêter. Je ne tiendrai pas le trimestre. »

 


“C’est une vraie provocation des industriels”

Jean-Michel Lemétayer est président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Alors que les producteurs de lait seront dans la rue aujourd’hui, le président du premier syndicat agricole français revient sur les causes du mécontentement et sur les solutions possibles.

FRANCE-SOIR. Pourquoi les producteurs de lait manifestent-ils ?
JEAN-MICHEL LEMÉTAYER.
Il y a une chute vertigineuse des prix payés aux producteurs au mois d’avril. C’est une baisse énorme qui va très vite mettre à mal les finances des producteurs à un moment qui tombe très mal, car le printemps est la période à laquelle on achète des fournitures, on renouvelle le matériel. On savait qu’il y aurait une baisse mais de cette ampleur-là, ce n’était pas imaginable. C’est une vraie provocation des industriels qui va faire très mal.

Comment le mouvement de protestation a-t-il débuté ?
Toutes les tentatives de négociations ont échoué, que ce soit au niveau régional ou national. Il n’y a pas eu de mot d’ordre national la semaine dernière, mais les producteurs se sont mobilisés lorsqu’ils ont reçu leur paiement et constaté cette baisse. Il s’agit vraiment d’une révolte spontanée. Je pense que demain le mouvement va être très suivi car les producteurs sont extrêmement mobilisés.

Quels sont les facteurs de la crise ?
Le marché international du beurre et de la poudre de lait est très dégradé et nous subissons la concurrence de l’Océanie, mais malgré cela, la situation n’est pas tolérable. Le gouvernement a fait une bêtise majeure, l’an dernier, en remettant en cause les accords interprofessionnels. L’Europe a fait l’erreur d’augmenter sa production pour satisfaire la demande de pays comme l’Italie alors qu’elle a un rôle à jouer dans la régulation de l’offre pour éviter la surproduction.

Est-ce un enjeu strictement français ?
Non, le marché laitier est particulièrement dégradé en Allemagne, en Belgique et dans les pays qui ont récemment intégré l’Union européenne, comme la Pologne et la République tchèque.

Quelle issue envisagez-vous au conflit ?
Il faut que le ministre prenne ses responsabilités, il ne doit pas laisser le conflit pourrir. Les producteurs de lait attendent une décision qui leur permettra de gérer 2009. Pour l’instant, il n’y a pas eu de débat, les entreprises ont imposé leurs prix pour le mois d’avril, ce qui n’est pas normal. Le ministre doit rapidement convoquer autour de la table les acteurs de la filière pour qu’ils trouvent, ensemble, une fourchette de prix pour l’année. Je mets tout mon poids dans la balance, les producteurs de lait savent qu’ils peuvent compter sur moi.


 

 

Par Marie Conquy
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Publié : 18/05/09 - 16h55
Mis à jour : 12/03/10 - 14h06
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