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Pertes de JPMorgan : "Rien n'a été fait en terme de régulation"

Crise financière mondiale


Alors que la banque américaine JPMorgan Chase menace le système financier mondial, après avoir annoncé jeudi qu'elle avait enregistré sur les six dernières semaines une perte de 2 milliards de dollars dans le courtage, la plus lourde depuis la crise des subprimes, Eric Vernier, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), répond aux questions de France-Soir.

Le siège de JPMorgan Chase à New York (Etats-Unis)
Le siège de JPMorgan Chase à New York (Etats-Unis) AFP/GETTY IMAGES

France-Soir Quel est votre sentiment par rapport à l'affaire JPMorgan ? Est-ce une surprise pour vous ?
Eric Vernier
C'est une très mauvaise nouvelle. Cela montre à quel point rien n'a été fait en terme de régulation depuis la crise. En réalité, c'est pareil, voir pire.

F. -S. Pire ? Depuis la chute de Lehmann Brothers en 2008 un certain nombre de mesures visant à réguler le système bancaire et financier ont été prises...
E. V. Non, c'est pire parce qu'il y a beaucoup plus de produits toxiques qu'auparavant. Les montages mathématiques de ces produits sont de plus en plus complexes, ce qui les rend de plus en plus dangereux parce que ceux-ci ont un effet de levier – un effet multiplicateur – de plus en plus puissant. Et on invente quotidiennement de nouveaux produits financiers de ce type

F. -S. L'Europe est-elle plus protégée que les Etats-Unis ?
E. V. Non pas du tout. Pendant un temps Nicolas Sarkozy a fait croire que les choses avaient changé sur ce sujet parce que des textes avaient été adoptés. Mais les textes adoptés localement ne peuvent pas permettre de lutter éfficacement contre une finance complètement mondialisé : c'est un leurre.

F. -S. Pourtant l'Union européenne à arrêté un certain nombre de règles relativement aux CDS (credit default swap – assurances financières NDLR.) ?
E. V. La preuve est là que ça ne sert à rien tant que la régulation n'est pas suivie aux Etats-unis. Et cela sans compter que le shadow market et le shadow banking ne cessent de progresser, sans que, visiblement, cela n'alerte personne.

F. -S. Qu'est-ce que le shadow banking et le shadow market ?
E. V. Le shadow banking c'est une finance légale mais basée sur la spéculation, les échanges de gré à gré, via les paradis fiscaux. C'est une finance qui se base sur les risques systémiques, l'impunité... Ses acteurs sont les mêmes que celui du marché mais en raison de leur fonctionnement opaque ce système bancaire, ce marché, est qualifié de shadow, fantôme. On sait aujourd'hui que cette finance la représente au moins autant que la finance « normale », si ce n'est plus.

 "La pression du lobby financier est très forte"

F. -S. Faut-il croire que le politique est incapable de réguler le secteur financier ?
E. V. La pression du lobby financier est très forte. Et aux Etats-Unis et en Angleterre il est très difficile d'aller à l'encontre de ceux qui font fonctionner le système. Il faut se rendre compte du poids considérable que représente la finance en terme de PIB ne serait-ce que pour ces deux Etats. Enlevez la finance à l'Angleterre et il ne restera presque plus rien. Le problème c'est que si vous encadrez dans un pays, cette finance la se déplacera, contournera... elle ira ailleurs.

F. -S. Quelles sont les solutions pour réguler la finance ?
E. V. Les solutions sont connues. Il faut supprimer les produits toxiques, ces couvertures assurancielles comme les CDS et leurs dérivés. A la base ces produits sont sensés garantir le risque encouru par rapport  à un crédit, or on se rend compte que ceux-ci servent avant tout à spéculer sur celui-ci. C'est ce qui s'est passé en Grèce. Par rapport à cela, la solution ne peut être que mondiale.

F. -S. N'est-ce pas idéaliste ?
E. V. Mais c'est la seule solution. Tant que les Etats-Unis, au moins eux, ne ratifieront pas certaines règles – comme la « règle Volcker », rejetée par JPMorgan d'ailleurs – rien ne se produira. Le fait qu'il y ait une incapacité à faire adopter ces règles communes à l'ensemble du système montre que nous sommes là au cœur du problème et que de fait, c'est extrêmement complexe d'avancer.

F. -S. Peut-on crainte une faillite de JPMorgan comme celle de Lehman Brothers ?
E. V. Dans l'absolu une faillite est toujours possible. Après il y a la règle du to big to fail qui fait dire que l'Etat américain agira. Mais il y a aussi l'aléa moral : sachant cela les banques se comportent comme si elles pouvaient prendre tous les risques. C'est ce qui s'est produit ici a priori. En cas de perte, le joueur est renfloué ! La tentation dès lors est grande de prendre de plus en plus de risques par simple appât du gain...

En France, l'affaire Dexia

F. -S. Est-ce que la France échappe à ce système ?
E. V. Non, même si c'est tout de même un peu plus clair que dans le monde anglo-saxon. Et encore... parfois le monde anglo-saxon prend de bonnes initiatives. Ensuite nous sommes moins exposés parce que nous ne sommes pas un pays financier comme l'Angleterre ou les Etats-Unis. Mais nous aussi nous avons nos scandales financiers et nos produits toxiques : il ne faut pas oublier l'affaire de la banque Dexia. Combien de collectivités territoriales et d'institutions comme des hôpitaux sont aujourd'hui asphyxiés par les crédits proposés par l'ancienne banque ? En attendant, les grands patrons de la banque, tous Français, ont été recasés alors qu'ils ont mis une banque en état de faillite.

Eric Vernier est chercheur associé à l’IRIS, spécialiste du blanchiment de capitaux, de la fraude en entreprise et du développement bancaire durable. Docteur ès sciences de gestion (habilité à diriger des recherches), Eric Vernier est Maître de conférences à l’Université du Littoral, responsable du Mastère spécialisé « Analyse financière internationale » à la Reims Management School et du Master Management à l’ULCO. Il est également auteur de La crise financière en 40 concepts clés avec Catherine Karyotis (RB Édition, 2009, 160 p.).

 

Antoine Kowalski

Réactions à cet article2 commentaires

  • Par Bombarde, le 12 mai à 09:17

    Bombarde
    Encore

    Fric, fric et fric-frac. On recommence à jouer avec le feu. Cette crise venue des Etat-Unis continue d'empoisonner les relations internationales jusqu'au jour où ça va exploser.



    Signaler un abus  
  • Par KrisEon, le 16 mai à 00:23

    KrisEon
    L'avis des experts

    Le silence des experts en fric est assourdissant.  Un régal pour les frontistes. Au PS, les mains sur les manettes ne laissent plus le temps à la polémique.


    La reine Christine du FMI, n'a plus de consignes et ne dit plus rien.On ne nous dit pas tout !



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Publié : 11/05/12 - 19h19
Mis à jour : 11/05/12 - 19h19
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