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Laurent Ségalat, un suspect trop parfait ?

Faits divers


Dix mois après le meurtre de sa belle-mère, le chercheur français Laurent Ségalat est toujours en prison. Les faits l’accablent. Il manque seulement un mobile. Serait-il un suspect trop parfait ?

L’homme traverse la petite place, quelques enveloppes à la main, passe devant la petite chapelle accolée à la mairie et gagne la boîte à lettres. On s’approche, une question à poser : où se trouve le cimetière du village ? Pas de problème, c’est tout près. Deuxième question : où se trouve la maison nommée Le Moulin ? Pas de réponse. Le regard se fait méfiant. « C’est un lieu maudit, alors on évite d’y envoyer fouiner les gens… Vous êtes de la famille ? »

A Vaux-sur-Morges, sur les hauteurs de Lausanne (canton de Vaud, Suisse), cela fait bientôt dix mois que la quiétude a disparu. Les collines restent les mêmes, le panorama des Alpes françaises, de l’autre côté du lac Léman, reste inchangé. Pourtant, cela fait dix mois que l’on y parle, mal à l’aise, d’un « mystère avec un M majuscule ». Dix mois qu’une femme est morte. Dix mois qu’une famille appréciée, respectée, est empoisonnée par une question : qui est son meurtrier ?

Modification de la scène de crime

Samedi 9 janvier, 21 h 25. Un appel arrive au 144 – le « police secours » suisse. « Elle est morte », déclare l’homme au bout du fil. « Elle », c’est Catherine Ségalat, une femme de 66 ans, l’habitante du « Moulin » avec son mari Roger-Jean, 75 ans. L’homme qui appelle les secours, c’est Laurent Ségalat, 45 ans alors, le fils de Roger-Jean et le beau-fils de Catherine. Très vite, les enquêteurs, à défaut de pouvoir sauver Catherine, se rendent à l’évidence : sa mort est d’origine criminelle. Son crâne est fracturé à trois reprises et porte les marques d’un objet contondant qui pourrait être un marteau.

Très vite, également, la police cantonale tient un suspect : Laurent Ségalat. Car son comportement, d’emblée, leur paraît étrange. D’abord, parce qu’il déclare avoir appelé les secours une heure au moins après avoir découvert le corps de sa belle-mère. Il explique avoir préféré tenter de la ranimer plutôt que de perdre un temps précieux à chercher le numéro des secours, qu’il ne connaît pas par cœur. Par ailleurs, il apparaît qu’il a déplacé le corps, du pied de l’escalier où il l’a trouvé, jusqu’à une pièce selon lui « plus chaude ». Enfin, il a grossièrement nettoyé les projections de sang et changé de chemise, même si son jean, ses mains et ses chaussures, sont toujours tâchés d’hémoglobine. Un geste qu’il justifie par une phobie du sang. Les résultats de l’autopsie sont eux aussi accablants : sous les ongles de la victime, on retrouve l’ADN de Laurent. Or son visage présente des griffures. Bref, un coupable idéal…


« Ouvert, affectueux, original… »


Sauf que dans le profil de Laurent Ségalat, rien ne colle avec le costume de meurtrier violent que les enquêteurs lui ont taillé. Brillant chercheur du Centre national de recherche scientifique (CNRS), spécialisé en génétique à Lyon, auteur de plusieurs livres, le fils du deuxième des trois mariages de Roger-Jean Ségalat avant son arrivée en Suisse, a tout d’un homme tranquille. Lui-même père de quatre filles, âgées de 6 à 20 ans, il avait récemment quitté les environs de Lyon, où se trouve son centre de recherche, pour les berges françaises du lac Léman, dans les environs de Thonon-les-Bains, pour se rapprocher de son père et amorcer un changement de vie professionnelle. En effet, son père vieillissant et souffrant de problèmes pulmonaires, il était prévu que Laurent reprenne sa librairie de livres anciens, une référence mondiale dans le monde des bibliophiles. Ses proches et collègues de travail du CNRS décrivent ainsi Laurent, dans un « témoignage collectif » qu’ils sont plus de 200 à avoir signé, comme ayant une « attitude non violente, calme et désintéressée », un homme apprécié pour son « amour », son « dynamisme », son « ouverture d’esprit »… Bref, un « être affectueux, original et entreprenant ».

Alors, si les regards se tournent immanquablement vers Laurent quand on examine les éléments de la scène de crime, les enquêteurs cherchent toujours à établir un mobile sérieux à ce crime. D’après tous les témoignages recueillis, l’idée d’une animosité quelconque entre Laurent et sa belle-mère semble exclue. Gilles-Jean Portejoie, l’un des trois avocats de Laurent, témoigne ainsi d’une entente parfaite : « Cette femme, il l’adore, elle l’a élevé… » Ce que confirmait avant son décès en avril dernier Roger-Jean Ségalat, époux de Catherine et père de Laurent, dans un entretien avec un journaliste suisse : « Personne ne lui a jamais connu de colère, il s’entendait bien avec mon épouse… ». Celle-là même qui s’est occupée de Laurent comme d’un fils depuis que Catherine a épousé Roger-Jean, en 1976.

Appel à témoins

La piste financière ne tient pas non plus la route, selon ses défenseurs. Me Stefan Disch, l’un des avocats lausannais de Laurent Ségalat, balaie cette hypothèse : « Catherine n’est pas la mère de Laurent. Si elle décède, ce sont ses frères et sœurs, son mari qui en héritent. Quel aurait été l’intérêt de Laurent ? » La librairie de livres précieux, alors ? Il s’avère que, depuis le 9 février 2009, tout avait été organisé devant notaire par la création d’une société anonyme dont Laurent est le directeur, Roger-Jean le président et Catherine le secrétaire, en vue d’une reprise par Laurent de l’établissement de son père. Un supposé endettement de Laurent, évoqué par Me Barillon, conseil des parties civiles, semble bien lui aussi être une fausse piste : « Ça me fait sourire… rétorque Me Disch, il y a eu des commissions rogatoires en France, l’enquête a duré six mois, et conclut qu’il n’est pas endetté et même qu’il dispose d’un certain patrimoine. C’est une absurdité. »

Reste que malgré l’évidence apparente de la scène de crime, des zones d’ombre subsistent, notamment dans l’emploi du temps exact de Laurent Ségalat. D’après l’autopsie, Catherine aurait été tuée dans un temps compris entre le milieu de l’après-midi et la soirée. Or, Laurent déclare avoir travaillé à la librairie jusque vers 18 heures, puis avoir visité son père, hospitalisé, avant de rentrer au « Moulin ». Manquent simplement des témoins, raison pour laquelle Béatrice, la compagne depuis 8 ans de Laurent, a publié dans un journal suisse un appel à témoins afin d’établir certainement ces horaires. Les avocats de l’homme, emprisonné à la maison d’arrêt de Lonay, près de Lausanne, depuis ce samedi où tout a basculé, ont de plus demandé à la justice suisse de faire intervenir trois experts français de pointe pour préciser aussi bien l’heure des faits que la personnalité de leur client : le professeur Lecomte, célèbre médecin-légiste parisien, le psychiatre Daniel Zagury, expert réputé, et la criminologue Anne-Rachel Van der Horst. Une manière aussi de dénoncer un dossier « à charge » dans lequel « 99 % des pièces sont consacrées à lui trouver une arme, un mobile, une raison », selon Me Disch.

« Qu’avait-elle découvert ? »

Parmi les villageois, peu de certitudes. Catherine est décrite par une voisine comme une « femme extrêmement joviale. Il n’y a personne qui puisse témoigner d’un problème avec elle ». Ancienne éducatrice devenue adjointe au maire chargée des affaires sociales, elle se vouait aux personnes âgées. Comme à son mari, qu’elle conduisait chaque jour à sa librairie. Parmi ses collègues de la mairie, l’un pose une question : « Ce que je sais, c’est que quand elle tenait un os, elle ne le lâchait pas. Qu’avait-elle découvert ? »

De convictions en hypothèses, l’affaire reste un mystère. Les uns déplorent la clôture, d’ici à la fin de l’année, de l’instruction. D’autres, comme Me Barillon, attendent impatiemment un procès, « le lieu où les masques tombent ». Reste, pour la famille de Catherine, la volonté de « savoir, pas de l’accabler, lui… » Lui, Laurent, qui fait un suspect si parfait, si improbable aussi. Jeudi, ses avocats ont une nouvelle fois demandé sa mise en liberté.

De notre envoyé spécial, Jérôme Sage

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Publié : 23/05/12 - 17h27
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