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Paris : Le "roi de la nuit" Tony Gomez raconte son agression

Justice


Les faits remontent à 1998, et sont présentés comme des violences entre associés. Mais l'histoire a montré que Xavier Philippe, le prévenu, est prêt à aller jusqu'au meurtre. Il a déjà été condamné à 30 ans de réclusion...

Le gérant du Banana Café dit avoir été victime d'une tentative d'assassinat.
Le gérant du Banana Café dit avoir été victime d'une tentative d'assassinat. SIPA

Tout tourne autour du « Banana Café », haut-lieu de la nuit parisienne et de la communauté homosexuelle. Mercredi, à Paris, s'est ouvert le procès de Xavier Philippe, un ancien responsable du cabaret, soupçonné d'avoir commandité des violences contre le « roi de la nuit », Tony Gomez, et le compagnon de ce dernier en 1998. Quatorze ans après les faits, la première audience en correctionnelle a été consacrée au résumé de l'affaire que le président, Jean-Christophe Hullin, semblait connaître par coeur.

De plus en plus de responsabilités au Banana Café

Surnommé par la presse « l'homme qui portait malheur à ses associés », Xavier Philippe, 55 ans, se tient aux aguets, dans le box des accusés, le visage agité de tics. Il purge déjà une peine définitive de 30 ans de réclusion pour l'assassinat, en 2005, de son associé dans l'exploitation d'une boulangerie du Marais. Au banc des parties civiles, Tony Gomez, cravaté sous un costume cintré, écoute, quasi impassible, le récit du juge.

Aujourd'hui dirigeant du club « Chez Castel » à Saint-Germain-des-Prés, Tony Gomez était, en 1998, le gérant du « Banana Café », rendez-vous nocturne des gays dans le quartier des Halles, réputé avoir inspiré l'ambiance du film « Pédale douce ». « Un cabaret florissant », rappelle le juge, que Tony Gomez avait monté avec le frère de Xavier Philippe, Bertrand Philippe, qui partageait alors sa vie. « Après la mort de Bertrand en 1995 et la détresse de Tony Gomez », Xavier Philippe prend « de plus en plus de responsabilités au Banana Café », jusqu'à devenir « propriétaire des murs », poursuit le magistrat.

Des relations "exécrables"

Le soir du 28 avril 1998, Tony Gomez et son compagnon, Gregory Colombe, rentrent d'une soirée chez leur amie, l'humoriste Muriel Robin. Tony part au Banana Café, Gregory rentre seul au duplex qu'ils habitent, à 100 mètre du cabaret. Et c'est là qu'il se retrouve « nez à nez avec un individu armé d'une carabine 22 LR qui lui demande: "qui tu es, toi?" ». Gregory Colombe fuit, se fait tirer dessus, s'échappe, n'est blessé que par une balle au coude.

Xavier Philippe, avec lequel Tony Gomez entretient des « relations exécrables », se retrouvera vite au centre des soupçons. Les policiers s'étonnent qu'il les ait orientés vers la recherche d'un suspect « noir et vêtu de cuir noir ». Dans un bar attenant au Banana café, un chauffeur-routier, Alain Samycia, est interpellé. Dans ses affaires : une cagoule, des gants, une bombe lacrymogène, un flacon contenant un mélange de puissants anxiolytiques et hypnotiques, des gélules comme celles qu'on retrouve dans l'appartement... Pour Tony Gomez, le but était clairement de « les éliminer », lui et son compagnon, en faisant croire que l'un avait tué l'autre par balles, puis s'était suicidé par absorption massive de médicaments.

Une "mise en scène" ?

Invoquant des mobiles financiers, Tony Gomez assure que Xavier Philippe pillait la comptabilité et voulait s'accaparer le cabaret. Une « assurance décès sur sa tête » avait été souscrite, à son insu, à Orléans, devant bénéficier à la mère de Xavier Philippe. MM. Philippe et Samycia, tous deux originaires d'Orléans, affirment ne pas se connaître. Pourtant, ils s'étaient téléphoné plusieurs fois avant les faits, selon l'enquête.

Le défenseur de Xavier Philippe, Me Philippe Sarda, entend plaider vendredi que « des constatations matérielles sur la scène de crime poussent à dire que c'est une mise en scène ». Le président lui-même a ainsi relevé qu' « on parle de nombreux tirs mais il n'y a aucune trace d'impact de balles »... L'avocat de Tony Gomez, Me Michaël Doulikian, insistera, lui, « sur les parallèles » avec l'assassinat de Christophe Belle, en 2005 : des malversations financières étaient imputées à Xavier Philippe et un contrat d'assurance décès au nom de la victime devait lui bénéficier. Réquisitoire et plaidoiries vendredi après-midi.

Par Actu France-Soir / Service Faits Divers (avec l'AFP)
Publié : 13/06/12 - 17h04
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