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Côte d'Ivoire : Un Français parle "J'ai été enlevé par les FRCI"

Côte d'Ivoire, après l'élection

Exclusif

Interview d'un des trois Français victime d'arrestation arbitraire en Côte d'Ivoire samedi 20 août. Pour France-Soir, le colonel de gendarmerie Jean-Grégoire Charaux livre sa version des faits et dénonce les abus de pouvoir commis par certains FRCI.

L'action du commandant Wattao (au centre) est de plus en plus contestée en Côte d'Ivoire
L'action du commandant Wattao (au centre) est de plus en plus contestée en Côte d'Ivoire SIPA

Portrait du colonel de gendarmerie CharauxLe colonel de gendarmerie à la retraite Jean-Grégoire Charaux (photo ci-contre) affirme avoir été victime d'une arrestation arbitraire de la part des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) samedi 20 août à Abidjan. L'ancien officier a porté plainte auprès de la gendarmerie ivoirienne pour « enlèvement », « séquestration » et « vol ».  L'expatrié livre ici sa version des faits en exclusivité. Il répond aux affirmations du ministre de l'Intérieur de Côte d'Ivoire, Hamed Bakayoko et parle sans langue de bois de la situation sécuritaire, tout en confiant ses espoirs. Son souhait ? Que son affaire permette au gouvernement d'écarter les « com-zones » d'Abidjan dont il dit avoir été la victime.

France-Soir Le ministre de l'Intérieur de Côte d'Ivoire, Hamed Bakayoko, a déclaré dans une interview à France-Soir que vous n'avez pas été arrêté mais que vous avez été "entendu" par la police et la gendarmerie samedi 20 août. Est-ce votre version des faits ?

Jean-Grégoire Charaux Je n'ai pas été « entendu » ni « arrêté ». J'ai été enlevé. Je suis officier de gendarmerie à la retraite et je connais les procédures légales pour les avoir pratiquées durant toute ma carrière. J'ai enseigné la police judiciaire en Côte d'Ivoire et ailleurs. Quand on est entendu, on signe un procès verbal, on a le droit à un avocat, on peut prévenir un proche. Là, non, aucun de ces droits ne m'ont été garantis. Tout m'a été retiré. J'ai été enlevé sur dénonciation.

F.-S. Qui vous a enlevé et vous a donc « entendu »?

J.-G. C. Je sais faire la différence entre un policier, un gendarme et un militaire. Ces gens là étaient dans une tenue panachée, mi-civile, mi-militaire...

F.-S. Comment les choses se sont-elles passées ?

J.-G. C. Je suis arrivé par avion de Lomé (Capitale du Togo NDLR) à 1'aéroport d'Abidjan à 15H10. J'étais entre 16H15 et 16H30 en train de faire visiter un domicile à un couple de Français expatriés.  A ce moment là, ces hommes que je vous décris sont arrivés. Ils étaient armés de kalachnikov et d'armes de poing. Ils nous ont demandé de sortir. Nous avons obtempéré. Ils ont libéré le couple et des trois qui restaient ils m'ont nommément désigné pour monter dans un véhicule noir sans plaque d'immatriculation en me menaçant de leurs armes. J'ai bien voulu demander qui ils étaient et ce qu'ils me voulaient mais ils ont répondu en m'intimidant avec leurs armes. Ils m'ont intimé l'ordre de monter et à mes compagnons de les suivre, encore une fois, sous la menace. Mes bagages ont été montés dans leur véhicule. Ils nous emmenés dans une caserne entre le boulevard de Marseille et le boulevard Valéry-Giscard-d'Estaing. Cette caserne abrite apparemment les Forces républicaines de Côte d'Ivoire. Ce n'est pas un poste de police ! Il était 17H30. Dehors, ils ont directement sorti mon sac, m'ont demandé la clé de mon bagage. En ouvrant ils ont « découvert » 41.000 $ en espèces que je venais de récupérer à la compagnie aérienne de mon employeur, à sa demande, pour régler le carburant des avions. Dans l'aviation en Côte d'Ivoire, et ailleurs en Afrique, tout se paye en dollars. Ils savaient que je venais de retirer cette somme. J'ai été victime d'une dénonciation et la victime d'une embuscade. Comment voulez-vous qu'ils me désignent autrement aussi facilement ? Ils sont venus nous cueillir et ils savaient où se trouvaient l'argent. Je m'y connais en embuscade, je suis un ancien capitaine d'infanterie, ce n'est ni plus ni moins que du banditisme. C'est du banditisme sous le sceau d'une autorité militaire d'Etat.

Photo locaux visionLe siège de la société Vision où le colonel Jean-Grégoire Charaux déclare avoir été enlevé (DR)

F.-S. Que s'est-il passé une fois qu'ils vous ont retiré l'argent ?

J.-G. C. Ils m'ont séparé du reste du groupe et isolé dans un bureau dans le corps central de la caserne. Mes deux ravisseurs, sans grades, avaient toujours leurs armes pointées sur moi et franchement ils ne m'inspiraient pas confiance. Ils n'avaient rien de militaires officiels, réguliers. L'un avait une tête de barbu et l'autre portait avec son treillis une casquette de baseball. J'ai connu les événements de 2004 et là, honnêtement j'ai cru que je voyais les mêmes hommes. J'ai eu peur que l'on me retrouve dans une forêt avec une balle dans la tête. Je me suis aussi souvenu de l'affaire Kieffer. Etre enlevé, séquestré, humilié par ces gens là m'a vraiment inquiété sur le moment. Je ne savais pas ce qu'il pouvait se passer. Là, un type arrive que l'on me présente prétendument comme un capitaine de police, sans en avoir l'air, me pose un tas de questions sur mon patron, m'accuse d'être un salopard, un trafiquant ! Evidemment aucun procès verbal, aucune déposition, aucune procédure légale... Je nie tout ce dont on m'accuse et répond que l'argent est celle de mon patron, qu'il me l'a confié parce que je suis un homme de confiance et que celle-ci sert à l'approvisionnement en essence des avions de sa compagnie. Vers 19H45, le commandant Wattao (« com-zone » en charge des FRCI sur le secteur et nommé commandant en second de la Garde républicaine par Alassane Ouattara NDLR), appelle pour savoir si j'ai été brutalisé. Il m'a demandé de faire un écrit spécifiant que je n'avais pas été victime de violences et que l'on m'avait rendu mes effets personnels. J'ai signé bien évidemment, mais en sachant qu'à côté de moi mes ravisseurs étaient toujours armés. Que se serait-il passé si je n'avais pas signé ? J'ai signé, oui. Et quand on m'a rendu mes « effets personnels », on ne m'a pas rendu l'argent qui s'y trouvait au moment de mon enlèvement.

F.-S. Hamed Bakayoko, ministre de l'Intérieur de Côte d'Ivoire, déclare dans l'interview donné à France-Soir ne pas savoir où l'argent est gardé. Qu'en pensez-vous ?

J.-G. C. J'ai du respect pour Hamed Bakayoko qui m'a appelé pour avoir ma version des faits. Mais c'est un politique. Il est embarrassé par les hommes de Wattao qui ne sont ni des gendarmes ni des policiers... L'action de ces hommes là paralysent son objectif de rétablir la sécurité publique. Les gens à qui j'ai eu à faire sont en réalité plus des voyous que des militaires. Après, que Hamed Bakayoko défende le commandant Wattao, je peux le comprendre, c'est de la politique. Le problème c'est que ce n'est pas mon problème. Je ne fais pas de politique, je veux simplement que l'on respecte mes droits, que l'on répare le préjudice que j'ai subi et que l'on rende l'argent que l'on m'a dérobé sans motif et qui appartient à une société privée.

F.-S. Vous avez porté plainte pour quels motifs le lendemain ?

J.-G. C. J'ai porté plainte auprès de la gendarmerie pour arrestation arbitraire, séquestration et vol. C'est bien de cela dont il s'agit. Après avoir fait enregistrer cette première plainte, un officier de police judiciaire de la Sûreté de l'Etat s'est présenté pour que je présente une deuxième déposition. Ce que j'ai fait. Il y a donc deux plaintes et deux enquêtes. Les deux sont identiques et je suis formel dans celle-ci comme ici : ce qui s'est passé samedi 20 août est une bavure de la part des FRCI.

F.-S. Vous n'avez donc pas en tout cas été « brutalisés » par les FRCI ?

J.-G. C. Nous n'avons pas été brutalisés mais nous avons été intimidés par des hommes armés qui refusent de s'identifier et de vous dire pourquoi vous êtes embarqué et séquestré ! Ce n'est déjà pas mal non ? Franchement quand vous vous retrouvez face à ces hommes là vous ne savez vraiment pas comment vous allez sortir de là... Ils nous ont traité comme de la viande, comme des voleurs.

F.-S. L'ambassade de France est-elle bien intervenue dans votre libération ?


J.-G. C. Oui, c'est vrai et je remercie l'ambassade et le Premier conseiller ainsi que la Force Licorne. Ils suivent l'affaire avec attention depuis le début.

F.-S. Est-ce que vous pensez que le commandant Wattao a commandité votre enlèvement ?

J.-G. C. Je ne sais pas. Ce que je sais c'est que c'est son second qui a fait le coup. Je n'envisage pas qu'il n'ait pas été informé par lui. Je n'accuse pas le commandant Wattao de corruption mais ce sont ses hommes qui m'ont pris l'argent dans la zone qu'il est sensé contrôler. Il y a une expression parfaite pour cela : « responsable mais pas coupable ».

F.-S. Cette affaire semble embarrasser le gouvernement ivoirien. Ne croyez-vous pas que votre « affaire » tombe au mauvais moment pour lui ?

J.-G. C. Au contraire ! Avec cette affaire on rend service au gouvernement Ouattara pour qui j'ai le plus grand respect. Il faut qu'Abidjan soit débarrassée de la prédation et que gendarmerie et police retrouvent leurs prérogatives. Je n'ai rien contre le nouveau pouvoir au contraire. Je n'accepte pas l'injustice parce que je suis un soldat de la loi. Par mon action je veux laver mon honneur et que ces actions de ce genre cessent ! Il faut le savoir, tous les jours les Français sont pillés, volés, vandalisés taxés, rackettés par ces voyous qui ont mis Abidjan sous leur coupe. Ces voyous il faut les encaserner ou leur trouver un travail ! Mon affaire permet de lever le voile sur cette vérité là. Je veux rendre service. C'est un test fort pour le pouvoir qui suit l'affaire de près. Il n'est pas le seul... Les investisseurs internationaux regardent aussi cette affaire avec un grand intérêt. Si le gouvernement refuse de rendre justice et montre que l'Etat de droit n'est pas de retour en Côte d'Ivoire, ces investisseurs là se détourneront et ne feront pas confiance au pays. En attendant j'ai confiance en la Justice ivoirienne.

F.-S. Vous parlez de « voyous » au sujet de certains FRCI. Vous n'y allez pas un peu fort ?

J.-G. C. Je n'ai pas peur de dire ce que je pense même si ces jours-ci je ne sors pas de mon hôtel de craintes de représailles. Ils sont les mêmes que les voyous d'avant. La seule chose qui a changé ? Leur ethnie. Sinon les mœurs restent les mêmes, la seule chose qui les motive c'est l'argent. Aujourd'hui ces gens là squattent des domiciles privés, volent des voitures... La Côte d'Ivoire mérite bien mieux. Je ne fais pas de politique mais j'aime ce pays. C'est mon deuxième pays. J'y ai de la famille, j'y ai travaillé pendant des années, j'ai protégé des familles chrétiennes, j'ai protégé des familles musulmanes à Yamoussoukro où j'étais en poste, j'ai formé des gendarmes qui sont aujourd'hui responsables, officiers... Je sais que la Côte d'Ivoire peut réussir à retrouver la paix. Les Ivoiriens ont le droit à la démocratie. J'ai confiance en ce pays et je veux y vivre.

F.-S. Que demandez-vous à la justice ivoirienne ?

J.-G. C. C'est simple. Je veux récupérer l'argent de mon patron. Je veux laver mon honneur. Je veux recevoir des excuses de ces hommes là. Il faut que cette histoire serve d'exemple. Ces méthodes doivent cesser.

 

Sur cette affaire

 

ITW : Hamed Bakayoko, ministre de l'Intérieur

Côte d'Ivoire : Libération des trois officiers français arrêtés

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Antoine Kowalski

Réactions à cet article6 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 25 août à 11:11

    Anonyme-77656
    reponse

    ca serra pas pareil mai ave la force licorne on verra roger



    Signaler un abus  
  • Par HeyBaal, le 25 août à 12:51

    HeyBaal
    41.000$ en liquide. Y a pas

    41.000$ en liquide. Y a pas de chèque ou de banque là bas ? Ca pourrait aussi bien être une magouille mise à jour de façon peu orthodoxe.



    Signaler un abus  
  • Par Assez, le 25 août à 16:06

    Assez
    @heybaal

    Ma chere heybaal, en Afrique il n'y a pas de cheque dans beaucoup de pays. En cote d'Ivoire depuis la chute de Gbagbo les banques ne sont toujours pas a une normale.


    Vous avez de grandes zones de non droit, comme en France, mais en bien pire.


    Ce que le colonel decrit est ce qu'experiencent de nombreux Ivoiriens et expats depuis presque 10ans.



    Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 25 août à 20:03

    Anonyme-77656
    A VERIFIER

    c'est bien que ce Mr dénonce les dérives des FRCI mais ce type est trop sur de lui même, il faut que le gouvernement mène bien ses enquêtes afin de connaitre la vérité. un millitaire de son genre ne parle pas comme il le fait.



    Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 25 août à 21:50

    Anonyme-77656
    on regarde....

    QUAND DEUX COUTEAUX SE BATTENT LA POULE SE MET DE COTE

    C'EST UNE AFFAIRE DE SARKOZYSTE ET DE ALASSANISTE BONNE CONTINUATION.



    Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 27 août à 00:53

    Anonyme-77656
    Il faut que le gouvernement

    Il faut que le gouvernement ivoirien prenne ses responsabilités. Ce Mr est une victimes parmi des centaines, je loue son courage.Car bcp de personnes n'osent pas parler par peur.



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Publié : 25/08/11 - 04h07
Mis à jour : 25/08/11 - 12h56
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