Résultats Présidentielle 2012

» S'identifier
Vendredi 18 octobre, 06:07
Accueil > Actualité > International > Peur sur Tokyo

Peur sur Tokyo

Crise nucléaire au Japon


Dans la capitale japonaise, 35 millions de personnes, secouées par le séisme, attendent maintenant l’arrivée du nuage toxique. Seul le vent pourra leur éviter d’être contaminées. Récit d’une ville hors du temps.

Seul signe de panique, la Bourse a perdu 10,55 % de sa valeur en un jour
Seul signe de panique, la Bourse a perdu 10,55 % de sa valeur en un jour SIPA

« Je suis complètement perdu, je ne comprends pas ce qui se passe, j’ai peur… On a subi 380 secousses sismiques en une semaine… Je craque ! » « Nerveusement, c’est intenable. A chaque nouvelle secousse, on se dit qu’on va mourir. Et maintenant il y a le risque radioactif… Est-ce que nous allons être irradiés ? Comment sortir de cet enfer ? » Philippe et Jacques, deux Français vivant à Tokyo, ne se connaissent pas. Mais tous deux usent des mêmes mots. Et tous deux éclatent en sanglots. A bout de nerfs, ils sont incapables de prendre la moindre décision, comme si le monde venait de sécrouler. Comme la plupart des Français de Tokyo, ils n’ont qu’une envie : « Fuir, partir le plus loin possible. » Mais Philippe ajoute : « Je ne sais pas comment faire ! »

« On est paniqués »

Jacques est à bout de forces, et il s’en veut. « Les Japonais sont stoïques, dit-il. Ils restent calmes, mais nous, les étrangers, on est paniqués. » Comment ne pas craquer ? Un journaliste français explique : « Lors du grand tremblement de terre, j’étais au 20e étage d’un immeuble. On avait l’impression que l’édifice sortait de terre. Il pliait comme un roseau… Une réplique presque aussi violente est attendue d’un jour à l’autre. Et il y a le risque nucléaire. »

35 millions, ils sont 35 millions à vivre cette situation, à Tokyo, et à suivre en direct, jusqu’à l’épuisement, les informations en continu sur leurs chaînes de télévision. A moins de 200 kilomètres, c’est l’apocalypse : des villes, des villages, des usines anéantis. Et il y a ces réacteurs nucléaires dont on guette le moindre souffle, sur les écrans. Trois explosions déjà. Trois réacteurs en surchauffe, hors de contrôle. Trois machines folles. Chacun le sait maintenant : elles pourraient apporter la mort jusqu’à Tokyo.

Mariko, 34 ans, mère de famille, fait partie de ces 35 millions de femmes et d’hommes suspendus aux colères des réacteurs, impuissante. « Je stocke du riz et des saucisses. Je calfeutre les fenêtres. Je me prépare à rester enfermée dans mon appartement, avec ma famille, pour limiter la contamination », dit-elle. Combien de temps cela peut-il durer ? Plusieurs jours, plusieurs semaines ? Les plus pessimistes annoncent un scénario catastrophe où il serait impossible d’évacuer 35 millions de personnes. La fatalité. Le piège. Est-ce pour cela qu’il n’y a pas d’exode ? Certes les trains qui partent de Tokyo sont bondés, mais ils ne sont pas pris d’assaut. D’où le contraste saisissant entre l’ampleur du danger et des gestes quotidiens devenus surréalistes : ainsi, dans les stations d’essence, les pompistes continuent à laver aimablement les pare-brise des voitures.

Magasins vides

Les habitants de Tokyo guettent les vents. En cas de nuage toxique, leur survie tiendra à cela, à l’orientation des vents. Les bulletins météo, voilà l’essentiel. Pour le reste, Tokyo vit hors du temps… Une impression très étrange. Cela ressemble à un film muet, au ralenti. Mardi, cette ville, la plus peuplée de la planète, grouillait de monde 24 heures sur 24. Elle ne s’arrêtait jamais. Des lumières, des embouteillages, des millions de passants, des magasins qui ne fermaient jamais et où l’on trouvait de tout. Nuit et jour, une fourmilière. Aujourd’hui, le silence, les magasins vides, peu de monde dans les rues, quelques voitures, la nourriture rationnée… comme l’essence, comme l’électricité.

Onze centrales électriques ont été arrêtées. Alors chaque Japonais éteint sa petite lumière dès qu’il le peut, « pour ne pas aggraver les choses ». « Leur civisme et leur solidarité sont impressionnants », dit un Français. Il n’en revient pas du « calme sur leurs visages et dans leurs gestes. » Malgré le danger imminent qui menace chacun d’eux, les habitants de Tokyo se rendent à leur travail. Quand l’essence manque, ils prennent le vélo. « Nous, les Occidentaux, nous sommes traumatisés par le danger nucléaire, tout proche. Eux, pour l’instant, sont choqués par l’arrêt de leurs usines, Toyota, Honda, Suzuki, symboles de leur pays et de leur réussite. »

Hiroshima et Nagasaki

Seul signe de panique, la Bourse a perdu 10,55 % de sa valeur en un jour. « Tout le monde veut se débarrasser de ses actions, persuadé que bientôt elles ne vaudront plus rien. Le pays est anéanti, comme en 1945 », note un gestionnaire de portefeuille.

Soixante-cinq ans après les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, c’est encore l’atome – civil cette fois – qui risque de mettre le Japon à genoux. Kumiho Yoslida, un commerçant de Tokyo, explique : « Nous avons été élevés avec les images d’Hiroshima. Ce qui nous arrive est un traumatisme d’autant plus fort. Mais, là encore, nous nous relèverons. »

(avec l’AFP, Reuters et la rédaction de France-Soir)

“Nous sommes partis comme des voleurs”

Le journaliste français Jean-Paul Porret (38 ans), basé à Tokyo depuis une dizaine d’années, nous livre le récit des dernières heures qu’il a passées dans la capitale avant de décider de fuir avec sa famille vers le sud.

« Je vais avoir enfin une nuit tranquille. Dix ans au Japon… Je n’avais jamais eu peur. Ces derniers jours, je ne dormais plus que d’un œil, un sac prêt, au pied de mon lit, avec une paire de baskets accrochées dessus. Au cas où… Avec Sayuri, mon épouse, nous avions stocké de la nourriture. Des dizaines de boîtes de conserve : des sardines, du thon, des fruits, du riz, de l’eau… Bien qu’il n’y ait aucun problème avec l’eau courante, il est désormais difficile de trouver des bouteilles d’eau minérale à Tokyo. D’ailleurs, elles sont rationnées : deux par personne maximum. C’est aussi le cas du pain : un sachet par personne. Les magasins sont approvisionnés chaque jour, mais ils sont très vite dévalisés. Les gens font comme nous, ils stockent. Pour l’électricité, tout le monde fait des efforts. A la gare et dans les grands magasins, les escaliers mécaniques sont arrêtés, tandis que les propriétaires des boutiques réduisent de moitié l’éclairage des vitrines. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de coupures dans la ville, seulement en périphérie. »

« Les Japonais ont le sens du sacrifice »

« J’ai connu pas mal de séismes depuis que je vis ici, mais celui-ci était terrible. Il faut voir les centaines de répliques que nous avons encaissées durant quatre jours. En moyenne, il y en a une toutes les deux à cinq minutes… Nous avons commencé à réellement devenir inquiets quand une réplique à + 7 a été annoncée par la presse. Il faut savoir que les médias japonais sont en général plus rassurants que les occidentaux, plus fatalistes d’une certaine façon. Les habitants de Tokyo sont à leur image, ils ne paniquent pas. Depuis le séisme et le tsunami, la vie continue dans la ville. Les enfants vont à l’école, l’apparence de la capitale n’a pas vraiment changé. »

« Ce sont les étrangers qui fuient. D’ailleurs les entreprises qui ont fermé sont celles qu’ils dirigent. Je connais un patron français qui est parti en disant à ses employés : “On se revoit la semaine prochaine !” Les Japonais sont des gens optimistes. Ils prennent des précautions, bien sûr, mais ils ne quitteront pas la ville. Il ne faut pas les juger avec des yeux d’Occidentaux. A l’égard de la nation, de l’entreprise, ils gardent un sens du sacrifice que nous ne connaissons plus. Même avec la peur au ventre, ils vont travailler. Je suis très admiratif de cela. Ils disent : “On a survécu au séisme de 1923, puis à la Seconde Guerre mondiale. Nous survivrons, une fois de plus. »

« Ça suffit, on s’en va ! »

« Nous sommes partis comme des voleurs. Depuis vendredi, je disais à ma femme : “Il faut s’en aller.” Elle, elle ne voulait pas, j’ai dû lui forcer la main. Hier matin, nous avons reçu un e-mail de l’ambassade de France. Il nous informait d’une nouvelle explosion à la centrale de Fukushima et d’une fuite radioactive, spécifiant que dans les dix prochaines heures le nuage allait atteindre Tokyo. Je me suis dit : “Une grosse réplique plus un nuage nucléaire, la pluie qui s’annonce… ça suffit, on s’en va !” C’est plus que je ne pouvais endurer. Nous avons saisi trois culottes, trois paires de chaussettes et nos passeports. J’ai fermé la porte de la maison d’un seul coup, sans regarder à l’intérieur. Comme si nous ne devions plus jamais y revenir. Nous avons pris le train (grande vitesse, cinq heures de voyage) avec notre fille, Mirei, en direction d’Hiroshima. Puis, en cours de route, nous nous sommes dit : “Allons encore plus au sud, à Fukuoka (région de Kyushu, à 1.000 kilomètres de Tokyo).” Nous sommes maintenant installés dans un hôtel. Ici, il y a d’autres Français qui, comme nous, ont fui Tokyo. On se donne jusqu’au week-end pour voir comment la situation évolue. Je suis tiraillé entre ma famille qui me demande de rentrer en France et ma femme qui, elle, ne veut pas laisser la sienne, seule, au Japon. »

Patrick Meney
C'est sur France Soir !
Publié : 16/03/11 - 07h52
Mis à jour : 16/03/11 - 12h32
  • Texte plus grand
  • Texte plus petit

SUIVEZ FRANCE SOIR SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX


FranceSoir l'e-mag en PDF
FranceSoir l’e-mag a 1 an
N° anniversaire gratuit à découvrir en PDF
Télécharger

France-Soir sur Facebook

Plus d’articles


Dernières vidéos

Audiences TV : Taxi est loin devant

» Voir toutes les vidéos

Les derniers commentaires

    Les membres les plus actifs

    • HeyBaal HeyBaal, le 26 jui à 17:29

      288500 points
      5570 commentaires

      En savoir plus sur HeyBaal


    • nellyolson nellyolson, le 21 sep à 19:55

      203400 points
      3716 commentaires

      En savoir plus sur nellyolson


    • Bluesun Bluesun, le 26 jui à 17:21

      155550 points
      2987 commentaires

      En savoir plus sur Bluesun


    • pasloi pasloi, le 3 mai à 21:48

      150550 points
      2433 commentaires

      En savoir plus sur pasloi


    • Jakyburn Jakyburn, le 20 avr à 21:02

      99900 points
      1686 commentaires

      En savoir plus sur Jakyburn


    Quiz

    Testez vos connaissances

    Quiz Info : Insolites, Retraite, Football et Hollande


    Actu du jour en image

    Horoscope Quotidien 2012

    Minute Trente de Montvalon

    TV Tout sur Secret Stroy 6

    Faits Divers Les maisons de l'horreur