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Christine Malèvre, “madone de l’euthanasie”

Justice


L’ex-infirmière de Mantes-la-Jolie a été condamnée en 2003 à douze ans de prison. Elle en est depuis sortie et tente de refaire sa vie.

Christine Malèvre  en 2003
Christine Malèvre en 2003 MaxPPP

Après quatre années passées derrière les barreaux, Christine Malèvre a été libérée en 2007. En prison, l’ex-infirmière de l’hôpital François-Quesnay de Mantes-la-Jolie s’est mariée et a repris ses études. N’ayant plus le droit d’exercer la médecine, elle s’est orientée vers la comptabilité. « Je me souviens d’une jeune femme extrêmement sensible, gentille, intelligente, très à l’écoute des gens malades », raconte Me Charles Libman, célèbre pénaliste parisien, qui a été le conseil de la jeune femme.
Pourtant, aux yeux de la justice, Christine Malèvre est une tueuse en série, coupable d’avoir assassiné, entre février 1997 et mai 1998, six patients placés en soins palliatifs. Elle a, pour cela, été condamnée par la cour d’appel de Paris à douze ans de réclusion criminelle. Selon ses soutiens, Christine Malèvre est, au contraire, une femme qui a rendu service à des malades en fin de vie. Une femme dont les actes ont amené le pays à ouvrir le débat sur le droit de mourir dans la dignité. « Toute cette affaire est une immense hypocrisie. Tout le monde sait qu’un grand nombre de médecins procèdent à l’euthanasie, ce qui est encore interdit par la loi. Je crois qu’elle avait conscience qu’elle devait faire cesser les douleurs atroces de ces malades », poursuit l’avocat.

" J’ai dû agir sur des dizaines de personnes "

L’affaire débute le 3 mai 1998. Christine Malèvre, 28 ans, infirmière au service de neurologie et de pneumologie de l’hôpital François-Quesnay, constate le décès de Jacques Gutton, 71 ans. Bien qu’il souffrît d’un cancer des poumons en phase terminale, sa mort n’était pas attendue avant plusieurs semaines par l’équipe médicale. Prise d’une doute, l’infirmière en chef, Françoise Leprêtre, se confie à son chef de service, le Dr Olivier Ille. Ce dernier alerte le directeur de l’hôpital, Henri Gosset, qui à son tour prévient le procureur de la République des soupçons qui pèsent sur l’infirmière. Le 5 mai, Christine Malèvre est suspendue de ses fonctions. Dans la nuit du 6 au 7 mai, elle tente de mettre fin à ses jours en avalant cinq boîtes de Lexomil et en s’allongeant dans sa baignoire, vêtue de son maillot de bain. Elle est admise en réanimation dans un hôpital de la région, puis placée en psychiatrie.
Le 6 juillet, l’enquête judiciaire commence. Les policiers viennent la chercher et la place en garde en vue dans les locaux du commissariat de Versailles. Durant son audition, Christine Malèvre craque et passe aux aveux. « J’ai du mal à me remémorer. J’ai dû agir sur des dizaines de personnes, je n’ai jamais agi à la demande de la famille. C’est moi qui décidais de mettre fin à leurs jours », déclare-t-elle aux enquêteurs. Elle est mis en examen le 7 juillet. L’affaire sort enfin dans la presse. Immédiatement, l’hôpital reçoit de nombreuses lettres de personnes qui expriment leur soutien à l’égard de l’infirmière. Beaucoup considèrent qu’elle s’est contentée d’accomplir la dernière volonté de ses patients, qu’elle s’est montrée humaine. Bernard Kouchner, alors secrétaire d’Etat à la Santé, prend même sa défense sur la plateau du 20 heures de France 2, le 25 juillet 1998.

Une hausse de 150 % du nombre de décès

Christine Malèvre devient une icône, la « madone de l’euthanasie ». Elle publie, en mars 1999, un livre au titre évocateur : Mes aveux. « J’avais franchi une frontière invisible, et je l’avais franchie en silence, dans une solitude totale, puisqu’elle est interdite. J’avais aidé un être humain à mourir, parce qu’il me l’avait demandé. Courage ou faiblesse de ma part ? Qui étais-je, moi, petite infirmière diplômée, pour oser tenir la main de ce mourant, et abréger sa souffrance ? J’étais celle à qui le mourant avait fait promettre. J’étais celle qui regardait la mort arriver du même regard que lui, et accompagnait son angoisse », confesse-t-elle dans l’ouvrage. La même année, elle est invitée sur le plateau de l’émission La Marche du siècle et reçoit le soutien de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

Le 8 avril 1999, le vent tourne pour Christine Malèvre. Le juge d’instruction Richard Pallain l’auditionne de nouveau. Depuis sa première garde à vue, Christine Malèvre a modifié sa version des faits. Finalement, elle ne reconnaît plus que l’euthanasie de quatre patients. Pourtant, le juge Pallain a demandé aux enquêteurs d’établir des statistiques. Les chiffres sont édifiants. Par exemple, il y eut dans le service, en 1997, 83 décès. Or, chaque fois qu’elle était en service, le taux de décès augmentait de 150 %. De plus, les collègues de Christine ont affirmé aux enquêteurs qu’elle avait une fascination pour le morbide, qu’elle était la seule infirmière à faire la toilette des morts et qu’elle se rendait aux enterrements des patients, contrairement aux pratiques du milieu. En outre, elle a entretenu une relation avec un malade qui souffrait de sclérose en plaques. Pour les psychiatres qui l’ont expertisée, « Mlle Malèvre, quoique jeune, ne s’étonne pas d’être fascinée et très attirée par les services où se trouvent des patients en fin de vie. Il semble que cette situation lui permette d’exercer sa mégalomanie, de transgresser la loi et d’avoir une totale inconscience de la portée de ses actes ». Le juge d’instruction décide de l’incarcérer, mais elle est libérée sept jours plus tard.

Coupable de six assassinats

Christine Malèvre, 33 ans, comparaît en 2003 devant les assises de Versailles, accusée de sept assassinats. Quatre familles se sont portées parties civiles. Celles de Jacques Baudet, d’Hubert Bruyelle, de Denise Le Maout et de Jacques Gutton. L’hôpital de Mantes-la-Jolie s’est également constitué partie civile. Après quinze jours de procès, le tribunal la reconnaît coupable de six assassinats et la condamne à une peine de dix ans d’emprisonnement. La cour d’appel de Paris se montre plus sévère, puisqu’elle condamne l’infirmière à douze ans de prison. Durant l’audience, Christine Malèvre explique à la cour : « J’ai envie de vivre, de vivre ma vie de femme, de fonder une famille. » Ce qu’elle fera quatre ans plus tard.

REPÈRES
3 mai 1998
Décès de Jacques Gutton.
5 mai 1998
Elle est suspendue de ses fonctions.
6 mai 1998
Elle tente de se suicider en avalant des barbituriques.
6 juillet 1998
Elle est placée en garde à vue.
7 juillet 1998
Elle est mise en examen.
25 juillet 1998
Bernard Kouchner prend sa défense sur le plateau de France 2.
Mars 1999
Publication du livre Mes aveux.
8 avril 1999
Audition du juge d’instruction Richard Pallain.
Elle et incarcérée.
30 janvier 2003
Elle est condamnée à dix ans de prison par la cour d’assises de Versailles.
15 octobre
La cour d’appel de Paris la condamne à douze ans.
2007
Elle est libérée de prison.

Thibaut Chevillard
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Réactions à cet article3 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 27 jui à 09:12

    Anonyme-77656
    Celui qui a été témoin

    des souffrances d'une personne en fin de vie ne peut pas rester insensible devant les demandes suppliantes de cette personne, mais pour autant qui peut décider d'y mettre un terme? C'est un dilemme et une vrai torture pour celui qui est confronté à cette terrible situation. Je ne juge pas les actes de cette infirmière, elle a peut-être agi pour le bien de ces malades....



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  • Par Anonyme-77656, le 27 jui à 09:23

    Anonyme-77656
    hypochrisie

    Assassine ou madone, elle seule peut se définir en dépit de la Justice. Arrêtons de croire à St Léonetti qui hypochritement permet de laisser mourir et condamne l'aide active à mourir. Je gère ma vie et veux gérer ma mort, pas celle des autres.



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  • Par Anonyme-77656, le 27 jui à 23:06

    Anonyme-77656
    Elle pourrait être embauchée...

    ...chez l'Oréal comme ...comptable !!!



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Publié : 27/07/11 - 06h42
Mis à jour : 27/07/11 - 06h50
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