Résultats Présidentielle 2012

» S'identifier
Dimanche 25 août, 00:40
Accueil > Actualité > Justice > Justice : En direct du tribunal correctionnel de Bobigny

Justice : En direct du tribunal correctionnel de Bobigny

Un jour au tribunal correctionnel


FranceSoir.fr vous fait partager, en live, des instantanés d'audience des chambres correctionnelles de Bobigny. Quand les "petites" histoires racontent de grandes vérités.

Au tribunal correctionnel de Bobigny
Au tribunal correctionnel de Bobigny SIPA/SALOM-GOMIS SEBASTIEN

Au revoir...

18h30 : La journée se termine doucement pour tout le monde. En attendant le tribunal qui délibère sur le maintien en détention ou non d'un jeune homme dans le box pour des histoires de stupéfiants, deux policiers papotent. La salle est presque vide. Un avocat discute avec le procureur, les petits vieux se racontent les nouvelles (François Hollande a pris la foudre), mais n'oublient pas de regarder les jambes d'une greffière qui passe. D'autres regardent par les fenêtres, là où le soleil se fait méditerranéen, couleur pêche, sur une tour. Le tribunal revient, pour laisser le jeune homme en prison. Place au dossier suivant, une affaire de trafic de stupéfiants. L'avocat de l'un d'entre eux, sorti il y a peu d'hôpital psychiatrique et souffrant probablement d'une schizophrénie paranoïde, demande un renvoi de l'affaire, le temps d'effectuer une expertise psychiatrique... C'est ici que nos chemins se séparent, chers lecteurs. Pour ma part, j'espère que ce direct vous a plu, et que vous serez nombreux la semaine prochaine à lire les oeuvres du service Justice de France-Soir. Vos commentaires (gentils ou critiques), sont les bienvenus à l'adresse : j.sage@francesoir.fr !

Bonne soirée à vous tous et à bientôt pour de nouvelles visites dans les tribunaux d'Ile-de-France...

"Ca n'empêche pas de rester correct"

18h00 : Autour de la famille Z. - un homme frêle et moustachu, une femme timide et menue à foulard vert et un fils dodu en veste crème qui lui donne des ars de communiant – une bagarre s'engage entre les avocats et la jeune assesseuse qui rapporte leur dossier. Un débat technique à propos de l'absence d'instruction (le dossier est arrivé devant le tribunal par citation directe), d'une « citation directe adressée à la légère, à la va-vite ». L'un des avocats évoque ainsi cette citation, d'abord programmée au 19 janvier « Comme par hasard la veille de l'audience solennelle où ont été éoqués les résultats de la lutte contre les stupéfiants, et en livrant leur nom en pature au Parisien... » Le ton ne cesse de monter jusqu'à ce que la jeune magistrate fasse remarquer le peu de plaisir qu'elle prend à se faire houspiller par la bande de juristes, et que le président fasse remarquer que ces questions n'empêchent pas de rester correct. Les avocats baissent d'un ton, certains s'excusent. L'affaire est renvoyée au 21 juin. L'occasion de remarquer que de ce côté du périphérique, le ton est plus libre, plus « franc du collier ». On peut imaginer que ces discussions auraient facilement, à Paris, été considérées comme un « outrage à magistrat ».

La boulangerie Z.

17h40 : La sentence tombe : Nassim prend 12 mois, dont six avec sursis, sans mandat de dépôt. Yannis, 18 mois avec mandat de dépôt, 1500 euros d'amende et une interdiction de séjour à Aulnay-sous-Bois, pour deux ans. Baptiste, lui, est relaxé. Au tour de "l'affaire Z."

17h30 : la sonnerie retentit, « l'audience reprend, veuillez vous lever ». Il sont 11 policiers en tenue, et trois en civil, reconnaissable uniquement à leur look « policier en civil » et à leur talkie-walkie. En attente du pont de l'ascension, une avocate attend le délibéré, robe sur le dos et sac à main à l'épaule. Pendant l'interruption, on comprend de discussions que l'affaire « Z. », celle de la boulangerie et des soupçons de blanchiment d'argent de la drogue, sera renvoyée, faute principalement d'un interprète en langue berbère.

"Ahhhh on se sent à l'aise, hein !"

17h05 : Une dizaine de policiers entre dans la salle. Un avocat se demande à haute voix qui va « se faire serrer » dans le public. Un autre s'approche, et nous dit dans un sourire, « c'est le fonctionnement normal de la 13e à Bobigny... » Les policiers évacuent la partie des bancs la plus proche du box ou les prévenus reviendront à la reprise de l'audience. L'avocat décrypte : « ça c'est de la dissuasion... Ils doivent craindre que, si les peines sont lourdes, il y ait du mouvement chez les nombreux amis des jeunes venus assister au procès ». La manoeuvre ne semble pas rassurer ces jeunes. Les avocats montrent les jeunes massés sur les bancs, encadrés par des policiers : « en termes de libertés, de droits de l'homme, c'est honteux ! » Une de ses consoeurs ironise : « Ahhhh, on se sent à l'aise, hein ! »

"Même acheter un sandwich, c'est dur..."

16h30 : « Les prévenus ont-ils quelque chose à ajouter ? », demande le président. Oui. Baptiste dit qu'il est « innocent ». Yannis note que « dans les cités, c'est dur. Il y a la tentation de faire de l'argent en vendant. On a les poches vides, même acheter un sandwich, c'est dur... » Nassim, lui, a préparé un mot. « Le mois que je viens de passer en détention a été le plus dur de ma vie, me retrouver avec des braqueurs et des dealers plutôt que mes camarades de classe, qui me soutiennent par des lettres. (…) Ma famille me manque, en plus mon père est malade. Chaque nuit est un cauchemar... » Au tribunal d'en juger, qui se retire pour délibérer.

16h20 : La dernière plaidoirie est plutôt laborieuse. Pour l'avocat, il n'y a rien dans le dossier de son client, Baptiste, qui s'est retrouvé « à la mauvaise place au mauvais moment ». Il s'appuie sur des itinéraires minutés trouvés sur internet, de la documentation sur le taser X-26... Il rejoue le policier qui court dans les escaliers, mais ne captive pas le public, ni les juges, qui griffonnent.

 

La "tentation" du deal

16h10 : L'avocat de Nassim, lui, commence par déplorer, mi-moqueur, de n'avoir rien à plaider en termes de nullités. Sa stratégie consiste à avouer la difficulté de son métier, face à une « police scientifique qui est de plus en plus efficace ». Il reconnaît la culpabilité de son client, qui « a fait quelque chose, à un moment de sa vie, qu'il n'aurait pas dû faire ». Il parle de Nassim, bientôt bachelier, au casier vierge, pris par la « tentation » des quartiers de gagner beaucoup d'argent, et de faire des « remplacements » aux points de vente. Il plaide pour une peine sans mandat de dépôt et présente des preuves de sa volonté de passer ses diplômes.

 

Un détour par les Caraïbes

15h50 : Puis, l'avocat de Yannis aborde la « manière stupide » dont ce dossier a été traité : « nous avons deux trafics de stupéfiants, d'un côté la cocaïne et l'héroïne, de l'autre le cannabis, dans des endroits différents, avec des personnes différentes, dont on ne s'est même pas posé la question de savoir s'ils se connaissent ». Il raconte ensuite le séjour de son client dans les îles, à Saint-Martin, un endroit « pas si paradisiaque », surtout connu pour être un point important du trafic de drogue international. Il décrit le côté hollandais de l'île, avec ses maisons closes, ses coffee-shops, sa tolérance sur les questions de drogues. Et le côté français, avec son tribunal de police qui juge pour trafic des usagers de drogue. On ne comprend pas bien où il veut en venir, à part le fait qu'il veuiille relativiser les peines énormes réclamées par la justice française pour les trafics, quel que soit le produit. « Ce qu'on lui propose aujourd'hui, c'est de la prison pour de la résine de cannabis ! »

 

La police, l'avocat et les pages jaunes

15h40 : Le premier avocat à plaider est celui de Yannis. Il demande au président d'être « aussi minutieux » en examinant les irrégularités de procédure qu'en détaillant les éléments scientifiques qui relient les différentes drogues trouvées sur les trois prévenus, sur leurs mains, dans leurs poches, dans leurs urines. Et plaide pour que l'ensemble des auditions de son client soient annulées. Yannis, en effet, a expressément demandé à être défendu par son avocat. Cherchant mollement (par les pages jaunes, et non par le plus complet annuaire des avocats inscrits au barreau), les policiers ne l'ont pas trouvé, en tout cas pas avant d'entendre Yannis. Ce qui, effectivement, est irrégulier.

15h30 : les réquisitions tombent. Baptiste risque 15 mois, dont 6 avec sursis, avec mandat de dépôt, et une interdiction de paraître en Seine-Saint-Denis. Comme Yannis, qui pourrait se voir « banni » d'Aulnay-Sous-Bois, où se sont déroulés les faits. Nassim, lui, risque beaucoup plus gros : 18 mois ferme, et un maintien en détention...

 

De la coke sur le fric...

15h05 : Pour Nassim, le troisième, les choses seront peut-être un peu plus difficiles. On retrouve 220 euros sur lui. A ses pieds, 15 grammes d'héroïne et huit grammes de cocaïne retrouvés sur un mineur, pris dans ce coup de filet dans la cage d'escalier d'un immeuble de cité. Ses billets, ses mains, ses poches sont imprégnées de cocaïne. « C'est parce que celui qui m'a envoyé acheter est un consommateur, il m'a serré la main, et il a tenu les billets... » « Ce n'est pas comme ça que ça se passe », répond le président. Mais dans le fond, Nassim n'a aucune condamnation inscrite à son casier judiciaire, il est scolarisé au lycée. A ceci près que lors du second semestre, il a été absent selon le lycée. Ses notes sont en baisse, sa discipline se relâche... « C'est vrai que j'ai passé plus de temps avec ma copine », note-t-il.

Dealeurs ou consommateurs ?

14h45 : La science vient au secours de la justice dans cette sombre affaire : les policiers considèrent les trois jeunes hommes comme des trafiquants de drogue (les quantités évoquées, quelque gramme à chaque fois, laissent plus penser à des dealers qu'à des trafiquants internationaux...), qui se défendent comme de simples consommateurs. Yannis est le premier. Mais les doutes sont exposés par le président en ces termes : dans les poches, sur les mains, sur les billets de banque en possession de Yannis, les enquêteurs ont trouvé des traces de « Delta-9 tetrahydrocannabinol » (la molécule active du cannabis, ou THC), et des « cannabinoïdes ». Par ailleurs, les urines de Yannis sont négatives, c'est-à-dire qu'elles ne portent pas la marque d'une consommation de cannabis...

 

"Casser" les procédures, un métier

14h20 : Baptiste, Nassim et Yannis, tous âgés de 19 à 23 ans, sont dans le box dans le cadre d'une affaire de cannabis pour deux d'entre eux, de cocaïne pour le troisième. D'emblée, l'avocat de Baptiste demande à présenter plusieurs requêtes en nullité. D'abord parce qu'un procès verbal est illisible, parce qu'un autre PV n'est pas signé, et parce que, à son sens, la visite médicale de début de garde à vue est intervenue tard. Il en rajoute une couche, critiquant le procès-verbal de prolongation de garde à vue qui n'a pas été signé par son client. Et puis une autre : il n'y a pas eu d'enregistrement audiovisuel de l'audition de son client le 11 avril, comme c'est prévu depuis le 6 avril 2012. Une tactique de défense qui consiste non pas à prouver l'innocence des prévenus mais à "casser" la procédure en en dénonçant les irrégularités. Le tribunal décide de joindre l'examen de ces nullités au fond de l'affaire, c'est à dire de décider pendant le procès si les pièces incriminées sont utilisables ou non. Mais le procès a bien lieu.

 

Des palmiers au tribunal

14h : Le palais de justice de Bobigny fourmille, comme tout tribunal de France à cette heure, les jours de semaine : avocats en robe noire, justiciables, victimes, policiers... Petite particularité, le grand hall sous le plafond de verre et de métal bleu, est planté de palmiers et de fougères. Un jardinier les arrose. Une chambre est choisie au hasard, la 13e. Chiffre porte-bonheur ou maudit, cela dépendra de la situation de chacun. On se présente au procureur, en forme d'usage pour dire à la Justice en son ensemble : la presse est là. Une courtoisie aussi. Il présente cette audience comme celle des comparutions immédiates en matière de « crimes en bande organisée », nous demande si l'on est là pour « l'affaire de la boulangerie » : un cas de blanchiment de fonds liés au trafic de stupéfiants, sous la couverture d'un commerce de pain....

Par J.S.
Publié : 16/05/12 - 14h51
Mis à jour : 16/05/12 - 19h04
  • Texte plus grand
  • Texte plus petit

SUIVEZ FRANCE SOIR SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX


FranceSoir l'e-mag en PDF
FranceSoir l’e-mag a 1 an
N° anniversaire gratuit à découvrir en PDF
Télécharger

France-Soir sur Facebook

Plus d’articles


Dernières vidéos

Audiences TV : Taxi est loin devant

» Voir toutes les vidéos

Les derniers commentaires

    Les membres les plus actifs

    • HeyBaal HeyBaal, le 26 jui à 17:29

      288500 points
      5570 commentaires

      En savoir plus sur HeyBaal


    • nellyolson nellyolson, le 21 sep à 19:55

      203400 points
      3716 commentaires

      En savoir plus sur nellyolson


    • Bluesun Bluesun, le 26 jui à 17:21

      155550 points
      2987 commentaires

      En savoir plus sur Bluesun


    • pasloi pasloi, le 3 mai à 21:48

      150550 points
      2433 commentaires

      En savoir plus sur pasloi


    • Jakyburn Jakyburn, le 20 avr à 21:02

      99900 points
      1686 commentaires

      En savoir plus sur Jakyburn


    Quiz

    Testez vos connaissances

    Quiz Info : Insolites, Retraite, Football et Hollande


    Actu du jour en image

    Horoscope Quotidien 2012

    Minute Trente de Montvalon

    TV Tout sur Secret Stroy 6

    Faits Divers Les maisons de l'horreur