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Béré mon ami

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J’ai rencontré Pierre Bérégovoy à Paris en 1960 et je suis devenu son ami. L’humble militant des années 60 n’était pas un admirateur de François Mitterrand. Au PSU, où nous étions ensemble, on n’aimait pas cet ancien ministre de la IVe République à qui l’on ne pardonnait ni les exécutions capitales de militants algériens ni la ténébreuse affaire de l’Observatoire.

Bérégovoy, après le congrès d’Epinay de 1971, bouda d’abord Mitterrand qui s’était entouré de tous ses proches de la Convention des institutions républicaines issus de la grande bourgeoisie de gauche. Cette gauche caviar avant le terme, Bérégovoy ne l’aimait pas et elle le lui rendait bien ! Aucun petit marquis n’avait le moindre regard pour cette obscure petite chose qui ne savait ni choisir ses costumes de bon faiseur, ni même ses chaussures et qui, faute de goût inexcusable d’employé de Gaz de France, n’habitait ni le VIe ni le VIIe, mais un petit trois-pièces à Clichy.

Tout cela, Bérégovoy m’en parlait avec étonnement, mais sans jalousie, il n’était pas envieux d’appartenir à cette bourgeoisie qui vit à droite et pense à gauche et pourtant il fut impressionné, subjugué par François Mitterrand.
Le charmeur Mitterrand avait compris dès cette époque que la conquête du pouvoir via l’alliance électorale avec les communistes était une énorme affaire et qu’il lui faudrait s’adjoindre un travailleur aussi dévoué qu’acharné.

Pierre Bérégovoy était de cette trempe et je me suis souvent amusé à le comparer à Colbert. Colbert et tous les autres grands intendants du règne de Louis XIV venaient de la moyenne bourgeoisie et ils ne montèrent jamais dans les carrosses du roi. La relation entre Pierre Bérégovoy et François Mitterrand fut de cette nature.

Les deux négociations capitales avec les communistes pour l’élaboration et la signature du Programme commun, puis en 1978 pour la rupture de cet accord, permirent à François Mitterrand d’apprécier les formidables qualités de Pierre Bérégovoy qui sut contrer et tenir tête à l’animal politique qu’était Georges Marchais. C’est à cette époque que François Mitterrand décida de prendre Pierre Bérégovoy comme secrétaire général de l’Elysée s’il gagnait l’élection de 1981.

Directeur de l’antenne présidentielle du candidat Mitterrand, Pierre Bérégovoy se voyait déjà ministre du Travail en cas de victoire. Son rêve, c’était ce bureau de la rue de Grenelle où furent signés les accords Matignon de 1936.

« Tu vois Gérard, moi l’ancien ouvrier syndicaliste, je pourrais m’asseoir dans le fauteuil de Léon Blum ! »
Mitterrand en décida autrement et je dînais avec Pierre, chez Edgar, rue Marbeuf, le soir où Mitterrand lui proposa le secrétariat général de l’Elysée : il était terriblement déçu et je m’efforçai de lui faire comprendre l’énorme importance de ce job qui était pour lui celui d’un super-secrétaire ! Il était de ces militants qui n’avaient jamais connu le pouvoir et les rouages de la Ve République. Béré comprit vite et fut un remarquable secrétaire général malgré la jalousie de Jacques Attali qui ne voulait pas partager avec lui le temps de Mitterrand.

Ayant réalisé l’intérêt de la fonction et sa puissance, Pierre Bérégovoy dû passer sous les fourches caudines du président et commencer à avaler des couleuvres, ce qu’il fit sans trop d’états d’âme. Dans les années 1981-1983, dix ans avant sa mort, Pierre Bérégovoy commença ainsi à succomber aux liaisons dangereuses de sa relation avec Mitterrand.

Le monarque républicain lui fit connaître ses intimes, Roger-Patrice Pelat, l’ami de guerre devenu un industriel en quête de bonnes affaires, et ce fut l’affaire Vibrachoc. En deux mots, le rachat forcé par Alcatel d’une PME appartenant à Pelat à un prix outrancier par rapport à la valeur réelle.

Le souhait de Mitterrand fut un ordre promptement exécuté par Bérégovoy et ce fut le début de son calvaire. Par dévouement et admiration pour Mitterrand, Pierre Bérégovoy devint peu à peu aveugle, ou plutôt il s’efforça de ne pas voir ce qui dérangeait sa conscience profonde. Heureusement, en 1984, Mitterrand changea de Premier ministre et remplaça Mauroy par Fabius avec Pierre Bérégovoy au ministère des Finances.

Pierre Bérégovoy, installé dans l’ancien bureau de Giscard au Louvre, vit construire la pyramide de sa fenêtre et put enfin démontrer ses qualités en réconciliant peu à peu la gauche de gouvernement avec la Bourse et avec les entreprises, grâce à son magicien de directeur de cabinet, Jean-Charles Naouri.

A cette même époque, j’inventais dans un de mes articles du journal Rhône-Alpes, dirigé par Henri Amouroux, l’expression « Pinay de gauche » qui fut reprise un peu partout. Pierre Bérégovoy fit semblant, je crois, d’en être offusqué : « Pourquoi m’as-tu comparé à Pinay, cet homme de droite, tu aurais pu me comparer à Mendès. » En fait, il comprit très vite l’intérêt de ce surnom !

Puis, vint l’échec de la gauche aux élections législatives de 1986, la victoire de Chirac. Pierre Bérégovoy redevint simple député socialiste et décida de faire honnêtement ce qu’il aurait pu faire autrement s’il avait été contaminé par l’affairisme : acheter un appartement à Paris !

100 m2 avec un petit bureau dans un immeuble moderne de la rue des Belles-Feuilles qu’avait choisi Gilberte, sa femme, qui, comme tous les Français moyens, voulait être propriétaire. Cela coûtait deux millions et demi de francs, il lui manquait un million. Pelat proposa de lui prêter ce million sans intérêt et devant notaire. L’existence de ce chèque ne fut connue du public que dans Le Canard enchaîné du 2 février 1993, après que le juge Thierry Jean-Pierre eut fait rechercher tous les chèques Pelat.

Cette chronologie est diabolique : elle permet de démontrer le piège dans lequel était enfermé Pierre Bérégovoy.
Car entre le chèque du 18 septembre 1986 et sa découverte le 2 février 1993,
– François Mitterrand a battu Chirac et a été réélu président en 1988 ;
– Pierre Bérégovoy est redevenu ministre des Finances, puis ;
– Il deviendra Premier ministre ;
– Et Roger-Patrice Pelat est devenu un affairiste notoire, connu de la France entière, bénéficiaire d’un délit d’initié de grande ampleur, l’affaire Pechiney, avant de mourir assez mystérieusement.
Pierre Bérégovoy piégé par son erreur, n’a plus, lorsque je le rencontre à sa demande en tête à tête à Matignon le 2 février 1993 pour évoquer le prêt Pelat, que 87 jours à vivre.

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Publié : 29/04/09 - 19h13
Mis à jour : 12/03/10 - 14h03
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