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Immigration et délinquance - "C'est le bal des hypocrites"

Politique


Dans son livre « Le Déni des cultures », le sociologue Hugues Lagrange explique pourquoi, selon lui, le facteur « culturel » des adolescents d'origine sahélienne doit être pris en compte dans les problèmes d'immigration et d'intégration qu'ils rencontrent en banlieue parisienne.

En s'intéressant à l'absentéisme de 4 000 adolescents habitant dans les 25 villes d'Ile-de-France aux quartiers les plus sensibles (Les Mureaux, Mantes-la-Jolie...), le sociologue Hugues Lagrange a ressorti de ces données scolaires « un surcroît d'inconduites des jeunes Noirs issus de l'Afrique sahélienne ». A statut social égal, il a noté que de 1999 jusqu'à 2006, « les adolescents éduqués dans des familles du Sahel sont trois à quatre fois plus souvent impliqués comme auteurs de délits que les adolescents de famille autochtone et le sont aussi deux fois plus que les adolescents d'origine maghrébine ». C'est pourqoui il s'est attaché à analyser l'intégration de l'immigration en banlieue parisienne avec la variable « culturelle » alors que de nombreuses analyses sociologiques déjà menées s'appuient sur des données économiques et sociales. Avec son étude, il explique pourquoi les comportements des familles d'immigrés sont si spécifiques pour chacune d'entre elles dans leur adaptation en France.

France-Soir.fr - Pourquoi avoir osé étudier le facteur « culturel » dans les problèmes d'intégration et d'immigration et mis en exergue une ethnie au risque d'être accusé de stigmatisation ?
Hugues Lagrange -
Je n'ai pas choisi ce facteur. C'est un constat : dans les quartiers de la grande banlieue parisienne, les comportements sont variés. Or en France, il n'y a pas de différence dans l'immigration. Le terme « Noirs » apparaît comme une population unifiée. Mais en réalité il s'agit d'une notion trop globale. Parmi les familles d'origine africaine, les inconduites scolaires ou judiciaires des adolescents varient par exemple entre les migrants d'origine des pays du golfe de Guinée (Congo, Côte d'Ivoire, Togo, Bénin..., ndlr) et ceux originaires des pays du Sahel (Sénégal, Mali, Mauritanie..., ndlr). On me reproche de catégoriser ces derniers. Mais il faut introduire dans le débat sur l'immigration cette distinction des trajectoires migratoires et mettre en avant ces différences de traditions pour trouver des solutions. C'est le bal des hypocrites parce qu'on ne veut pas reconnaître que l'ensemble de nos politiques renvoie à la ségrégation de ces familles.

FS -En quoi ces familles subissent-elles des ségrégations ?
H.L -
On le voit très bien à Mantes-la-Jolie par exemple, où les familles pauvres autochtones d'immigration rurale sont à côté de l'Église en ville et les familles africaines dans les quartiers HLM plus excentrés. Mais il faut aussi prendre en compte l'adaptation des cultures africaines à ces quartiers français ghettoïsés. Dans les familles d'Afrique sahélienne, les fratries sont plus grandes (entre six et sept enfants) et l'écart entre les époux est plus important (le père étant souvent plus âgé). Or avec une fratrie plus étroite, comme dans les familles d'origine du golfe de Guinée, de meilleurs résultats scolaires sont associés. Avec un père plus vieux, ces familles souffrent aussi - à l'opposé de ce que l'on entend souvent - non pas d'un grand manque d'autorité mais d'autoritarisme patriarcal très fort. Les structures familiales autoritaires sont plus fortes s'il existe un grand écart d'âge dans le couple parental. Alors qu'au Mali, l'éducation est faite par le groupe et la collectivité, la femme est donc entourée de ses frères et de ses parents, elle subit moins de discriminations au sein de la famille et le père n'a pas besoin d'assoir autant son autorité. Or en France, l'adaptation de ces familles venues du Sahel fait que souvent ces jeunes femmes sont recluses chez elles avec moins de famille à leurs côtés et ne travaillent pas. Ce qui élève peu de sentiments de fierté chez leurs enfants. Seulement, l'une des conditions la plus répandue pour une réussite scolaire passe par le niveau culturel de la mère.

F.S -Quelle serait selon vous, la solution pour éviter ces inconduites parmi les adolescents originaires des familles sahéliennes ?
H.L -
Il faut une solution qui se tienne au contexte occidental, où le travail des femmes est la voie de leur émancipation. Pour lutter contre l'autoritarisme patriarcale dont le premier danger est l'infériorisation de la femme, il faut accentuer le taux d'activité féminin dans les quartiers pauvres. La première critique que l'on pourrait me faire serait un accroissement des divorces et des familles mono-parentales. Mais selon mes constats, il existe déjà des « mères-courage » parmi ces populations d'origine sahélienne qui travaillent et éduquent leurs enfants. Il y a eu dans ces familles ce que j'appelle des « conflits de modernisation » qui ont parfois été très bien acceptés par les pères. Et pour répondre aux critiques : dans ces foyers, l'échec scolaire n'est pas lié à la mono-parentalité. Car l'activité de ces femmes contribue souvent à une nouvelle solidarité dans le couple, ce qui favorise de ce fait une fierté des enfants envers leur mère et donc une meilleure intégration de la famille.

Le Déni des cultures, (Le Seuil, 350 pages, 20 euros), sortie prévue le jeudi 16 septembre.


Par Propos recueillis par Stéphanie Villeroy
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Réactions à cet article10 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 15 sep à 23:43

    Anonyme-77656
    Le problème des termes

    Le problème des termes "culture" et "origine culturelle", c'est qu'ils réduisent énormément le débat sur la réalité vécue par les migrants : l'"origine culturelle" apparaît comme une étiquette ou une valise qu'on déplacerait de sa "communauté" de départ jusqu'à la société d'accueil, sans imaginer aucune transformation individuelle et sociale liée à ce déplacement et sans prendre en compte les différences sociales de départ entre ceux qui migrent. La meilleure critique relativiste de ces termes (de rigueur ici) est celle de l'anthropologue Denys Cuche, certes moins médiatique et n'ayant pas de livre à vendre en ce moment, mais certainement plus profond.

    Une autre critique que l'on peut adresser à Lalgrange tient au fait qu'il ne s'interroge à aucun moment sur les conditions dans lesquelles les statistiques qu'il utilise pour sa démonstration ont été produites... c'est tout de même un manque de rigueur sérieux pour quelqu'un qui se dit défendre un point de vue "scientifique"...

    L.R.



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  • Par Anonyme-77656, le 16 sep à 18:37

    Anonyme-77656
    Critique ?

    Cher El rio,


    Je suis impressionné : le 15/09/2010 vous êtes capable de critiquer un livre de 350 pages qui ne paraît que le 16/09/2010...

    Avez-vous des super pouvoirs ?



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    • Par Anonyme-77656, le 18 sep à 19:12

      Anonyme-77656
      Je n'ai pas lu le livre,

      Je n'ai pas lu le livre, certes, mais je connais de longue date son auteur pour avoir assisté à plusieurs de ses "shows" organisés par une nouvelle gauche urbaine en mal d'explication, lu ses écrits antérieurs ainsi que des présentations succinctes du livre actuel qui confirment un type de procédé et de questionnement que je récuse... Ce qu'il dit n'est autre qu'une amplification de ce que d'autres sociologues disaientt dans les années 1970-80 à propos d'autres populations, mais en mettant en avant "l'origine culturelle".


      Je ne pense pas que l'auteur soit raciste (cf autres réactions), je dis simplement que le syllogisme de sa thèse repose finalement sur une notion ("l'origine culturelle") très complexe et peu explicitée par lui.



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  • Par Anonyme-77656, le 16 sep à 20:44

    Anonyme-77656
    problème de considération

    Je n'ai pas encore lu le livre, mais je suis sure et certain qu'il n'était pas objectif, et qu'il a fait tout pour faire ressortir une étude basée bien sur des statistiques ou des expériences mais avec des conclusions non objectives.

    peut être il n'a pas parler du rejet de l'autre une société qui rejete une communauté



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    • Par Anonyme-77656, le 16 sep à 22:26

      Anonyme-77656
      problème de considération également

      @Anonyme:

      Si sans même avoir lu le livre vous partez de l'apriori qu'il est raciste il devient alors impossible de discuter.


      Vous devenez le raciste dans cet affaire et présupposant la mauvaise foi de l'auteur.

      Moi je pré-suppose votre mauvaise foi dans ce cas. Si chacun pe-suppose la mauvaise foi de l'autre on ne va pas s'en sortir.

      La mauvaise foi ne pourrait être établi qu'après contestation des faits et statistiques rapportés dans ce livre, ce que vous ne faites pas.


      Contestez les faits, uniquement les faits.



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  • Par Anonyme-77656, le 17 sep à 08:54

    Anonyme-77656
    c'est trop facile

    pour un chercheur de sortir de soi-disantes statistiques pour donner appui à une politique qui cherche des boucs émissaires pour faire de la diversion sur des affaires qui l'éclaboussent et sur ses échecs. ça me rappelle des chercheurs qui disaient qu'il fallait diagnostiquer la délinquance chez les enfants dès la maternelle, comme un diagnostique un cancer.

    -On comprend pourquoi la recherche française rame et pourquoi nos universités sont les dernières, avec de tels chercheurs.



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  • Par Anonyme-77656, le 17 sep à 19:11

    Anonyme-77656
    Je suis d'origine congolaise,

    Je suis d'origine congolaise, et je trouve que cette étude remet les pendules à l'heure, tout d'abord on constate que tous les noirs ne sont pas à mettre dans le même panier de part notre propre culture à chaque peuple. D'ailleurs il y a à mon avis beaucoup plus de différence entre un noir du nord de l'Afrique et un noir d'Afrique central, qu'un marocain et un lycien (population arabe). Donc il ne faut pas tout mélanger et je suis heureux que cette étude révèle cela. D'autre part, je suis surpris de voir que le taux de délinquances est inférieur chez les maghrébins, comme quoi, c'est une population un peu stigmatisée, enfin c'est un autre débat. Pour finir merci M Lagrange, vous avez eu le courage de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, surtout ces hypocrites de politicien



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  • Par Anonyme-77656, le 20 sep à 17:26

    Anonyme-77656
    enfin !!

    Je suis content que ce livre puisse sortir, il relate des faits que tout le monde peu constater au quotidien dans les médias ou dans son entourage , mais qui reste un sujet tabou, et bien oui, le taux de délinquance peut être lié à l'origine des gens. Je suis moi même d'origine d'Afrique centrale et je connais cette réalité depuis longtemps. L'intérêt de ce livre et d'expliquer pourquoi le taux de délinquance peu varier en fonction des origines, et lorsque l'on connait les raisons, il est plus facile d'aborder et de traiter le problème.



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  • Par Anonyme-77656, le 30 sep à 00:32

    Anonyme-77656
    Il me semble que cette etude

    Il me semble que cette etude est basée uniquement sur 25 villes de l'Ile de france et non sur toutes les villes de france

    j'ai lu ce livre et je suis resté sur ma faim, je m'attendais à un travail plus sérieux sur une plus longue période, hugues lagrange ne dit pas si son travail donne des chiffres bruts, ou bien s'agit-il d'une modélisation?



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  • Par Anonyme-77656, le 13 nov à 11:35

    Anonyme-77656
    du recul

    Il n'est pas question dans ce livre des origines socio-culturelles des adolescents, de leur familles. Aucun commentaire sur les politiques "d'intégration" visant ces personnes sauf à dire qu'il faut "tenir compte de leurs origines culturelles distinctes"...Cela masque les questions de fond : les difficultés réelles liées à l'accès à la culture, à l'éducation, à la concentration spatiale (ou géographique) de certaines catégories de personnes partageant une origine "culturelle" ET des caractéristiques comme celle de faible revenu (difficultés économiques). CE n'est pas parce que les adolescents "sujets de l'enquête" partagent le même lycée ou collège que les autres qu'ils vivent pour autant dans les mêmes conditions : logement, stigmatisation en raison de leur origine ethnique, "intériorisation" de leur marginalité, pression sociale...Pour ceux et celles qui veulent aller plus loin : voir le géographe Franck CHIGNIER RIBOULON. Mr LAGRANGE a fait parler de lui mais il est dommage que ce soit avec un travail si peu sérieux et qui posent quelques problèmes éthiques. Cela interroge sa responsabilité (éthique) et celle de tous les chercheurs en sciences humaines et sociales. Heureusement, la communauté scientifique est très critique sur le travail de ce sociologue et continue d'apporter ses éclairages



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Publié : 15/09/10 - 08h00
Mis à jour : 15/09/10 - 14h14
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