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Mélenchon : "Si DSK est coupable..."

Les affaires DSK


Le leader du Parti de gauche assure que la mise hors-jeu du patron du FMI, longtemps cible de ses critiques, ne l'avantage pas plus que ça.

Jean-Luc Mélenchon, au siège du Parti de gauche, avenue de la République, Paris (XIe)
Jean-Luc Mélenchon, au siège du Parti de gauche, avenue de la République, Paris (XIe) France Soir

France-Soir Comment vivez-vous le « séisme DSK », vous qui, en plus, l'aviez combattu ?
Jean-Luc Mélenchon (Longue hésitation)... Depuis dimanche matin, je vis, comme tout le monde, un état de sidération. Comment quelqu'un passe-t-il ainsi du sommet au néant, et en quelques heures ? Les premiers commentaires m'ont consterné : personne ne se souciait de la femme de chambre. Une certaine forme d'esprit de caste s'est exprimée au travers de ce drame quasi caricatural : cette modeste femme de chambre face à un tout-puissant seigneur de la finance mondiale. On a tous été mis au pied du mur d'une société du spectacle devenue radicale. Sans échappatoire.

F.-S. Vous n'allez plus trouver en 2012 Dominique Strauss-Kahn sur votre chemin...
J.-L. M. Je vous arrête. Je suis un opposant notoire à DSK, c'est vrai. Mais je l'ai toujours combattu politiquement et seulement politiquement. Pour le reste et sans préjuger des suites de l'enquête, je dis que la violence faite aux femmes est un fait majeur de notre société. Et un fait qui n'est pas assez admis, reconnu, combattu.

F.-S. Vous avez toujours dénoncé le mélange vie publique-vie privée...
J.-L. M. Si DSK est innocent, cet énorme déballage est scandaleux. Mais s'il est coupable, alors l'onde de choc est gigantesque. Car on va penser que les hommes politiques ont une espèce de vie cachée, protégée par leur caste. D'ailleurs, l'onde de choc n'est pas que politique : elle est aussi affective et psychologique. Des milliers de gens avaient commencé à s'identifier à DSK comme le porte-parole de la gauche. Ça ne me faisait pas plaisir, mais c'était comme ça. Et ces gens, dans un premier temps, ont eu une attitude de déni. Ils ont maintenant tendance à dire : « Ah bon, les journalistes savaient, et on ne nous disait rien... » Bref, je me dis que ça va être quelque chose de terrible, car il va y avoir, pour tous les hommes publics, une exigence d'exposition de leur vie privée. Sur un mode quasiment puritain, comme aux Etats-Unis. Et j'ai peur que ceux qui ont vu qu'on se débarrassait d'un adversaire plus sûrement par le fait divers que par des millions de débats ne prennent goût à cette méthode. Jusqu'ici, la vie politique française avait une certaine tenue. Et demain ?

F.-S. Vous voulez dire que le niveau du débat politique va encore baisser...
J.-L. M. Cela tourne à une compétition sur la bobine. On ne parle plus de rien, on ne discute plus de rien. Tout le monde devient une espèce de pronostiqueur politique, comme au PMU. La décadence, c'est de ne juger les gens que sur les apparences. On y va tout droit.

F.-S. On dit pourtant que les deux vainqueurs de la « crise DSK » sont Marine Le Pen et vous-même. Les deux « hors système »...
J.-L. M. Ce serait justice, non ? Vous ne croyez pas ? Mon paradoxe à moi, c'est que je suis un homme venu du « système » et qui en est sorti. Sur un acte d'insurrection politique et moral. Eh bien, je le dis : ce système, je veux y mettre fin. Je veux une Constituante pour passer à la VIe République. Il faut un partage radicalement différent des richesses et une planification écologique. Pour le reste, dans ma vie personnelle, pardonnez-moi, je suis d'une banalité totale. Quant à DSK, je ne veux pas m'abandonner à la hargne : j'ai juste, depuis longtemps, le sentiment d'un hors-sol des oligarques. Ils ont perdu tout sens de la réalité.

F.-S. Considérez-vous, depuis l'arrestation de DSK, que vos ex-amis du PS soient à la hauteur?
J.-L. M. Les malheureux ! Ils sont sidérés. Ils n'ont rien vu venir. Ils sont perdus... Pour autant, je n'ai pas aimé quand Marine Le Pen a dit : « Tout le monde savait. » Moi, personnellement, je ne savais rien. Que Straus-Kahn ait été séducteur, oui. Mais « addicted », non. Et violeur, encore moins. A la fin, quelle piteuse image tout cela donne des hommes, et des politiques en particulier !

F.-S. Qu'est-ce qui pose le plus problème dans notre « système » ?
J.-L. M. C'est l'extraordinaire personnalisation – grotesque, outrancière – de la vie politique. Aujourd'hui, une personne est abattue et on a l'impression que toute la gauche est orpheline.

F.-S. Mais la personnalisation, désormais, vous n'y échappez pas vous-même !
J.-L. M. La « société du spectacle », j'ai appris à évoluer dedans. C'est une preuve d'habileté. Je me dois d'être un bon chef de guerre. Sauf que cette personnalisation, elle ne me fait pas du tout plaisir. C'est plutôt une contrainte extraordinaire. Car je suis un personnage qui déclenche des passions : les uns m'adulent, les autres me haïssent. J'insiste : cette personnalisation est asphyxiante.

F.-S. Finalement, votre objectif pour 2012, c'est quoi ? Battre Marine Le Pen ou faire gagner la gauche ?
J.-L. M. J'aspire – et je pèse mes mots – à une révolution citoyenne. Je veux une rupture du type 1789. Avec un changement politique, et aussi un changement de la propriété. Je veux ramener dans la propriété collective –sociale ou nationale – des domaines tels que l'école, la santé, la finance, l'énergie. J'appelle aussi à un retournement des valeurs. Je suis contre le libre-échange, pour la solidarité et la coopération. Mais je ne veux pas, moi, sortir de l'euro : je veux juste que ce ne soit plus huit banquiers qui décident à notre place. On vous a assez vu, M. Trichet (président sortant de la Banque centrale européenne, NDLR) ! Après la bienfaisante médecine du Dr Strauss-Kahn – puisqu'il se comparait lui-même à un « bon » médecin –, les Grecs, qui empruntaient à 15 %, empruntent maintenant à 23 % ! Ils avaient 120 % de dettes par rapport à leur PIB : ils en sont à 150 %. Les voilà obligés de tout vendre : leurs ports, leurs aéroports, et même les paris sur les chevaux. Donc, oui, changer tout ça, cela s'appelle une révolution. Et une vraie révolution : un PDG ne pourra pas gagner plus de vingt fois ce que touche le plus petit salarié de son entreprise. Et personne ne pourra gagner, tous revenus confondus, plus de 360.000 € par an ; le reste, on le prendra.

F.-S. Vous rendez-vous compte que vous êtes très anxiogène ?
J.-L. M. Anxiogène ? Ça dépend pour qui. Je répands une énergie d'enfer sur les gens, et un optimisme complet. Quand je dis : « Il y a 875.000 précaires en France dans les trois fonctions publiques ; si vous m'élisez, il n'y en aura plus un le lendemain matin », il y a un ou deux technocrates qui, au fond de la salle, s'évanouissent. Mais tous les autres ont la banane ...

F.-S. Comment vous y prenez-vous ?
J.-L. M. Très facile. Ça coûte 3 milliards. Or le fait d'avoir baissé la TVA dans la restauration, ça a coûté autant. Ce pays est riche comme il ne l'a jamais été. La clé, c'est le partage.

F.-S. Comment, sur de telles bases, imaginer une entente entre les socialistes et vous ?
J.-L. M. Il va falloir qu'ils progressent. Qu'ils acceptent l'idée qu'il y a, à gauche, un monde en dehors d'eux. Ils racontent partout que nous négocions avec eux des circonscriptions pour les législatives ? Nous ne négocions rien du tout. Ils salissent tout ce qu'ils touchent. Et pour le deuxième tour de la présidentielle, je ne considère pas que l'histoire soit écrite d'avance.

F.-S. Il n'y aura pas de désistement automatique pour le candidat de gauche le mieux placé ?
J.-L. M. Le peuple n'est pas un troupeau qu'on rassemble sur un coup de sifflet. De toute façon, je refuse de discuter du deuxième tour : c'est la manière, pour les socialistes, de tout ramener à eux, avec le concept du « vote utile ». Tout ça, en réalité, me fait rigoler. Il y a une semaine, DSK était le futur président de la République. Sic transit gloria mundi : ainsi passe la gloire du monde...

F.-S. Soyez franc : vous venez de perdre votre meilleur ennemi...
J.-L. M. Pardonnez-moi, je n'avais pas pris conscience du « confort » que ça m'apportait (sourire). J'ai été traîné dans la boue en une de Libération : « L'homme qui veut faire perdre Strauss-Kahn ». Je n'ai pas cessé d'entendre cela. Donc on verra le suivant. Mais il ne me fera pas plus peur que le précédent...

F.-S. Etes-vous satisfait du personnage dont on vous renvoie l'image ?
J.-L. M. Je porte un projet auquel je m'identifie. Mais je mets sans doute trop d'affect dans trop de choses. Jusqu'à commettre des erreurs d'attitude. Afficher un personnage rebelle qui ne baisse pas les yeux, cela a pas mal d'inconvénients aux yeux de la bonne société qui préfère les personnages lisses. Je me console en relisant Jaurès et mes amis révolutionnaires d'Amérique latine ! 

Propos recueillis par Tugdual Denis, et Dominique de Montvalon
C'est sur France Soir !

Réactions à cet article7 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 19 mai à 07:30

    Anonyme-77656
    melanchon si dsk

    ......MONSIEUR MELENCHON...................

    vous qui voulez une revolution citoyenne et une rupture du type 1789.je veux ramener dans la propriete collective sociale ou nationale des domaines tels que l ecole la sante la finance L ENERGIE

    PARLONS DE L ENERGIE

    aujoud hui c est tout .......

    ....gaz ..petrole...nucleaire.....


    les autres energies sont encore loin ......

    ..JE VOUS POSE LA QUESTION SUIVANTE ......

    etes vous pret si vous etes elu a mettre tout en oeuvre pour faire developper les decouvertes du savant NIKOLA TESLA ...A SAVOIR EN PARTICULIER..

    ...moteur magnetique....

    ...energie libre........

    sujets tabous encore ce jour .



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  • Par Anonyme-77656, le 19 mai à 09:57

    Anonyme-77656
    Le Front de Gauche va petit à

    Le Front de Gauche va petit à petit imposer ses vues dans ces campagnes à venir (présidentielle et législatives). Sans D$K, le PS est maintenant obligé d'avoir un discours plus à gauche.



    Signaler un abus  
  • Par steepike, le 19 mai à 10:59

    steepike
    Sidération!

    Depuis dimanche tous nos hommes politiques n'ont que ce mot à la bouche, autrement dit ils sont tous en état de mort apparente, sans plus aucune fonction vitale: quand on les voit on ne s'étonne plus!



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  • Par Anonyme-77656, le 19 mai à 16:01

    Anonyme-77656
    Partagons !

    Faudra t il attendre la campagne présidentielle pour pouvoir l'entendre sur les grands médias ? Merci pour cet interview de qualité.



    Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 19 mai à 16:15

    Anonyme-77656
    Très interessant !

    J'ai toujours voté PS sans trop regard les idées et le programme de fond. Je dois avouer que je m'interessais pas tant que cela à la politique. J'ai été réveillé par les coups de pied que mettait Mélenchon dans le système à travers les médias(télévisions, radios, internet, journaux,..). Au début, je pensais que c'était un simple "rageux".. mais je me suis renseigné sur son blog. Notamment l'analyse qu'il fait du programme du PS pour 2012 ! C'est tout simplement hallucinant !


    Le programme du PS s'inscrit dans le cadre du Traité de Lisbonne, et pourtant plusieurs de leurs propositions ne sont pas possibles si le PS respecte ce traité. Bref, de belles contradictions et des solutions creuses.


    Voici le lien ! A lire absolument !


    Pour une fois, j'ai l'impression que l'autre Gauche critique.. mais avec de VRAIES alternatives réalisables ! Pour cela, je m'interesse de plus à plus à Mélenchon et au Front de Gauche qu'il représente !


    Pour l'énergie. Il compte étendre les recherches sur la géothermie et organiser une planification écologique. J'ignorais totalement la technologie du moteur magnétique et de l'énergie libre.. Je vais me renseigner ! Mais je pense que Mélenchon serait clairement partisan de source d'énergie alternative ! Merci beaucoup pour l'information !



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  • Par Républicaine, le 19 mai à 21:18

    Républicaine
    Merci !

    Merci pour cet article ! Les journalistes doivent se réveiller et poser les questions clefs : comment peut-on appliquer une politique de gauche dans le cadre du Traité de Lisbonne ? Eh bien, on ne peut pas ! Alors pourquoi ne le dites-vous pas, "socialistes" du PS et "moralisateurs de la finance" d'Europe Écologie ? Personne ne veut leur poser cette question, et pourtant, c'est celle-là qu'il faut poser !



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  • Par Anonyme-77656, le 3 juin à 13:55

    Anonyme-77656
    en avant .bravo.

    Tes idées sont bonnes .tu peux gagner ,bon courage .vive ta gauche .elle me plait .



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Publié : 19/05/11 - 06h44
Mis à jour : 19/05/11 - 09h22
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