Résultats Présidentielle 2012

» S'identifier
Vendredi 19 avril, 02:38
Accueil > Actualité > Santé > Alain Deloche : "Je savais tout sur ma propre maladie"

Alain Deloche : "Je savais tout sur ma propre maladie"

Santé


Le chirurgien Alain Deloche raconte son opération du cœur dans un ouvrage, et confie comment ses repères ont basculé. Il pose aussi un regard inquiet sur l’hôpital public.

Alain Deloche a passé quarante ans à opérer des coeurs dans le monde entier
Alain Deloche a passé quarante ans à opérer des coeurs dans le monde entier SIPA/BENAROCH

Chirurgien, il a sauvé des dizaines de milliers de vie. Le voici malade, obligé de confier son thorax au bistouri de ses collègues, dans son propre service de cardiologie. Le Pr Alain Deloche, chirurgien cardiaque mondialement reconnu, fondateur de la Chaîne de l’espoir qui opère le cœur des enfants les plus démunis partout dans le monde, rend compte de cette traversée du miroir dans un livre, Dites-moi la vérité docteur (Robert Laffont). Une occasion de se pencher autrement sur le lien médecin-patient, mais aussi sur le malaise de l’hôpital public.

FRANCE-SOIR Le chirurgien opéré, c’est un peu l’arroseur arrosé, non ?
ALAIN DELOCHE Oui (rire). Les médecins ont un curieux regard sur leurs propres maladies. La plupart d’entre nous ne font jamais de check up. Nous nous croyons protégés par une blouse blanche magique.

F.-S. Qu’avez-vous ressenti lors de l’annonce du diagnostic ?
A. D. Le processus, je le connaissais. Je me suis souvent identifié à mes patients. Combien de fois ai-je observé leur regard à cet instant-là ? La vie bascule en une seconde. Chacun réagit comme il peut.`

F.-S. Vous, de quelle façon avez-vous réagi ?
A. D. Je suis rentré dans ma bulle. Je n’en ai parlé à personne. Et j’ai exercé un grand contrôle sur mes poussées d’angoisse. Y compris à l’aide de médicaments quand c’était nécessaire. Le pire, ça a été le jour de l’opération, au moment d’entrer au bloc. Mon propre bloc !

F.-S. Quelles étaient vos craintes ?
A. D. J’avais peur que cela induise une autre forme de soin. Que mon cardiologue, que je connais très bien – il a été mon élève ! – en fasse trop, ou pas assez, ou qu’il procède différemment avec moi qu’avec ses autres patients, parce qu’il serait inquiet à l’idée de prendre des risques. Pourtant, souvent, les risques sauvent des vies. Imaginez : vous travaillez avec un type depuis trente ans, et soudain, vous le voyez trembler quand il vous fait une coronarographie (*) qu’il a pratiquée des milliers de fois…

F.-S. Vous racontez votre opération comme si vous y aviez consciemment assisté. Etes-vous certain que cela se soit passé comme vous l’écrivez, c’est-à-dire sans aucun imprévu ?
A. D. Je ne veux pas le savoir. Après l’opération, j’ai demandé au chirurgien s’il avait une « arrière pensée ». Dans notre jargon, c’est la crainte de complications à venir. Il m’a répondu non. Je n’ai pas cherché plus loin. Peut-être qu’il ne m’a pas dit la vérité.

F.-S. Votre livre s’intitule pourtant : Dites-moi la vérité docteur.
A. D. Vous savez, devenir patient dans sa propre spécialité, c’est presque un conflit d’intérêt. Au cours des consultations, je connaissais les questions et les réponses. Je ne voulais rien savoir, mais je savais tout. C’est pourquoi j’ai choisi ce titre. Cette phrase, qui est au cœur de la relation médecin-patient, prend dans mon cas une autre résonnance. Elle n’est plus adaptée. Risque, pas risque ? Je savais tout sur ma propre maladie.

F.-S. Ce savoir est-t-il rassurant ou angoissant ?
A. D. Cela suscite une angoisse puissance mille par rapport aux autres patients. Mais chut, je ne devrais pas le dire, ça pourrait inquiéter les malades (sourire).

F.-S. Mais est-ce vraiment une peur rationnelle ?
A. D. Bien sûr que non. J’ai opéré sans problèmes plus de 20.000 cœurs. Mais, comme tous les chirurgiens, je ne me souviens que des drames, jamais des succès. Cela conduit à une attitude un peu irrationnelle.

F.-S. Qu’est-ce que la vérité, en médecine ?
A. D. C’est central comme débat, dans notre métier. Il s’agit toujours de la vérité d’un moment. Il y a d’abord la vérité du diagnostic. Celle-là est facile, quantifiable. Et puis il y a celle du pronostic. Elle repose sur des hypothèses, ou pire, sur des pourcentages et des statistiques qui n’ont rien à voir avec l’humain. Et pour celui qui n’entre pas dans la statistique ? Cette vérité-là devient un mensonge à 100 pour 100.

F.-S. Avez-vous changé votre façon d’aborder vos patients depuis que vous avez pris leur place ?
A. D. Je n’ai rien modifié dans les gestes techniques, mais j’ai compris l’importance des petits mots et des gestes d’attention. Peut-être faudrait-il obliger tous les médecins à être malades au moins une fois au cours de leurs études…

(*) Examen par imagerie, qui nécessite l’introduction d’une sonde dans les artères.

Sa colère contre l’hôpital public


« Mon constat est noir, et la réalité est encore pire », assène le Pr Alain Deloche qui, après quarante ans d’hôpital public, pose son diagnostic sur une institution qu’il juge malade.

> L’hôpital rentable : « une fausse bonne idée »
C’était la préconisation de Roselyne Bachelot, ex-ministre de la Santé : « un hôpital rentable ». « Cela coûte plus cher de sauver une jambe que de l’amputer, répond Alain Deloche. Il faudrait donc amputer par souci de rentabilité ? » Selon lui, l’argent est mal dépensé : « Si on arrêtait totalement les soins, on continuerait tout de même à dépenser 75 % de notre budget, rien qu’en frais de fonctionnement. C’est cela qu’il faut revoir. »

> Un temps de travail trop réduit
« La philosophie du loisir s’est emparée du pays avec les RTT et a gagné l’hôpital, s’indigne le chirurgien. L’absentéisme moyen des personnels hospitaliers est de 18 jours par an ! Limiter ses heures, quand on est médecin, c’est dangereux. »

> Le blues des chirurgiens
« Devenir chirurgien ? Le jeu n’en vaut plus chandelle, avertit le professeur. Un interne de 4e année est payé 7 € de l’heure, à peu près autant qu’une femme de ménage. Pas de quoi susciter des vocations. »

> Une activité détournée de son sens
Pour ce chirurgien cardiaque, l’hôpital doit être un « plateau technique performant », et non le « réceptacle de la misère du monde ». « Ce n’est pas le rôle de la médecine », martèle-t-il. Même discours sans faux-semblant concernant les sujets en fin de vie qui « encombrent les services de réanimation, même quand il n’y a plus rien à faire ». « Plus personne ne meurt chez lui, constate-t-il. Je comprends les familles, mais cela représente entre un tiers et un quart du budget ! »

Propos recueillis par Marie Marvier
C'est sur France Soir !

Plus d'articles Santé

Réactions à cet article1 commentaire

  • Par Anonyme-77656, le 19 oct à 08:25

    Anonyme-77656
    Notre ambivalence

    Monsieur Deloche mentionne deux souhaits contradictoires, et signale, une fois de plus notre humaine ambivalence:

    -M.Deloche avait peur que son cardiologue soit inquiet ce qui introduisait une composante affective à la relation médicale, néfaste au soin qu'il attendait.

    - mais aborder le patient plus humainement, amplifie le pôle 'affectif de la relation, face à la raison, froide.

    Le fil est étroit, mais si on peut comprendre le désir de l'amélioration de la relation "médecin-malade", il faut aussi améliorer la relation "malade-médecin"...


    Là ou Monsieur Deloche se trompe totalement : "Limiter ses heures, quand on est médecin, c’est dangereux" dit-il. C'est l'inverse qu'il faut faire. Toutes les études, en milieu de travail, montrent que le rendement, l'efficacité, la vigilance...etc diminuent quand le temps de travail s'allonge trop. Sur un autre plan, l'activité physique et sportive est un moyen de prévention extraordinaire des maladies, en particuliers cardiaques mais cela le Pr.Deloche le sait mieux que quiconque.S'appliquait-il, à lui même, les conseils qu'il a pu donner à ses patients, au lieu de ne pas "limiter ses heures", et de ne pas prendre de temps pour lui, comme il le proclame. L'exemplarité du médecin, est aussi un élément de la thérapeutique.Les patients sont plus "sensibles" à un cardiologue svelte, sportif qu'à un cardiologue gras, fumeur...

    Ce que ne veut pas dire le Pr.Deloche, pur produit de la filière publique, est que le seul avenir de la médecine sera privée (pas celle que nous avons actuellement et qui n'est qu'une pompe à sous, pour actionnaires, au frais de la SS) et ne se pratiquera pas aux tarifs ridicules de la SS car les investissements autant que les temps de spécialisations des acteurs, sont longs et couteux; ce que la ressource publique ne permet plus. La fuite en avant financière (+ de 30 ans de déficit de la SS)du système économique de santé, dont il est le fruit, n'est plus possible. Conséquence :le manque de moyens de l'hôpital public pour faire autant une recherche de pointe qu'une pratique de qualité, éloignera les meilleurs sujets du secteur public. La médecine n'est pas née avec la SS! Nous sommes dans une période de transition mais personne ne veut le voir, ou du moins le dire.



    Signaler un abus  
Publié : 19/10/11 - 06h45
Mis à jour : 19/10/11 - 06h50
  • Texte plus grand
  • Texte plus petit

SUIVEZ FRANCE SOIR SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX


FranceSoir l'e-mag en PDF
FranceSoir l’e-mag a 1 an
N° anniversaire gratuit à découvrir en PDF
Télécharger

France-Soir sur Facebook

Plus d’articles


Dernières vidéos

Audiences TV : Taxi est loin devant

» Voir toutes les vidéos

Les derniers commentaires

    Les membres les plus actifs

    • HeyBaal HeyBaal, le 26 jui à 17:29

      288500 points
      5570 commentaires

      En savoir plus sur HeyBaal


    • nellyolson nellyolson, le 21 sep à 19:55

      203400 points
      3716 commentaires

      En savoir plus sur nellyolson


    • Bluesun Bluesun, le 26 jui à 17:21

      155550 points
      2987 commentaires

      En savoir plus sur Bluesun


    • pasloi pasloi, le 3 mai à 21:48

      150550 points
      2433 commentaires

      En savoir plus sur pasloi


    • Jakyburn Jakyburn, le 20 avr à 21:02

      99900 points
      1686 commentaires

      En savoir plus sur Jakyburn


    Quiz

    Testez vos connaissances

    Quiz Info : Insolites, Retraite, Football et Hollande


    Actu du jour en image

    Horoscope Quotidien 2012

    Minute Trente de Montvalon

    TV Tout sur Secret Stroy 6

    Faits Divers Les maisons de l'horreur