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Prothèses PIP : Le chirurgien à l'origine de l'affaire s'exprime

Prothèses mammaires défectueuses


Le Dr Marinetti est le premier à avoir alerté les autorités de la dangerosité des prothèses PIP. Il raconte comment il en est arrivé à douter de ce fabricant français, bien sous tous rapports.

Le Dr Christian Marinetti dirige la clinique Phenicia à Marseille.
Le Dr Christian Marinetti dirige la clinique Phenicia à Marseille. DR

C'est grâce à la ténacité et la perspicacité d'un chirurgien que l'affaire des prothèses mammaires empoisonnées a explosé. Le Dr Christian Marinetti, directeur de la clinique marseillaise de chirurgie esthétique Phénicia, où exercent quinze médecins, avait prévenu dès 2008 les autorités sanitaires d'un problème grave existant avec les prothèses PIP. Restant sans réponse, il a continué à les prévenir à chaque rupture d'implant qui survenait chez l'une de ses patientes. Jusqu'à ce que l'Agence sanitaire réagisse, en 2009, et déclenche une enquête. Le début de la fin pour PIP.

FRANCE-SOIR. Quand avez-vous commencé à travailler avec l'entreprise PIP ?
DR CHRISTIAN MARINETTI. J'ai commencé à poser des prothèses mammaires PIP en 2001, comme à peu près tous les chirurgiens, car de 1995 à 2001, il y avait en France un moratoire sur les implants faits de silicone. On ne posait que des implants au sérum physiologique avant 2001. Quand ils ont été autorisés, nous nous y sommes tous mis. La première rupture de prothèse PIP que j'ai constatée est ensuite survenue en 2007.

F.-S. Une rupture de prothèse mammaire est-elle forcément inquiétante ?
C. M. Pas toujours, car il faut savoir qu'une rupture est naturelle, aucun implant n'est mis en place pour la vie, et ce, sans exception. Les implants durent en moyenne dix ans. Après cette durée, il faut les faire changer et en poser des nouveaux, avant qu'une rupture ne survienne. Les ruptures précoces, au bout de quelques mois ou quelques années, existent quelle que soit la marque. C'est assez naturel d'en voir de temps en temps. Donc à la première rupture, j'ai simplement notifié le problème au fabricant et l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). A la deuxième rupture, je me suis inquiété. Je me suis dit que c'était le début d'une série noire.

F.-S. Lorsque vous avez commencé à avoir des doutes sur le produit, qu'avez-vous fait ?
C. M. J'ai arrêté de l'utiliser. Dès la deuxième rupture, en mars 2008, j'ai mis sous séquestre tout le stock de prothèses PIP pour qu'on ne l'utilise plus. Ce qui m'a mis la puce à l'oreille, en plus des incidents, c'est l'absence d'explication logique du fabricant, qui niait le problème. Au mois de juin, PIP n'était toujours pas venu chercher son stock de prothèses dans ma clinique, donc mes employés les ont emballés puis ramenés eux-mêmes à l'usine. Je voulais être certain de ne plus jamais en utiliser.

"Impensable d'imaginer que le produit pouvait être frelaté. Impensable."

F.-S. Pourquoi utilisiez-vous ces prothèses PIP entre 2001 et 2008 ?
C. M. PIP n'était qu'une des marques que nous utilisions, car il faut disposer d'un panel pour s'adapter à la morphologie de toutes les clientes. PIP était le premier à faire des implants à base large, ce qui nous intéressait nous, les chirurgiens, pour les patientes larges du thorax. On avait une confiance absolue en eux jusqu'à ce que surviennent les premiers problèmes. Rendez-vous compte : il s'agissait tout de même du troisième producteur mondial, homologué par des normes françaises, contrôlé par un organisme allemand ! Impensable d'imaginer que le produit de base pouvait être frelaté. Impensable.

F.-S. L'entreprise a-t-elle cherché à vous convaincre de continuer à en poser ?
C. M. Oui, tout à fait. Jean-Claude Mas, le dirigeant de PIP, est venu me rencontrer à la fin de l'année 2008 pour savoir pourquoi je ne travaillais plus avec lui. Quand je lui ai expliqué qu'on voyait de plus en plus de ruptures survenir, il a nié les faits en disant que sa marque ne rencontrait pas plus de problèmes que les autres.

F.-S. Vous signalez le problème dès 2008 à l'Afssaps, mais votre alerte reste à ce moment-là lettre morte...
C. M. Il faut comprendre que l'Afssaps est une grosse machine administrative, très lourde, qui fonctionne de manière statistique. Il lui a fallu de multiples déclarations pour qu'elle déclenche une enquête. Au fond, heureusement que l'Agence n'interdit pas un produit dès qu'un médecin notifie un problème !

F.-S. Comment viviez-vous la situation à l'époque ?
C. M. Mal. Je vivais mal le fait de voir les ruptures s'accumuler, et de savoir que PIP continuait à produire et à inonder la planète de ses prothèses qui me semblaient défectueuses. Fin 2009, j'ai envoyé un courrier recommandé à l'Afsapps, en insistant sur le caractère urgent de la situation. J'étais arrivé à une dizaine de ruptures parmi mes patientes. Là, l'agence a enfin pris la mesure de l'événement, et a déclenché une enquête quelques mois plus tard. A ce jour, je compte une cinquantaine de ruptures pour 250 prothèses PIP posées, ce qui est complètement anormal.

"On ne reprochera jamais à un épicier d'avoir vendu un soda frelaté"

F.-S. Pourquoi les autres chirurgiens n'ont-ils pas signalé plus tôt, comme vous, les ruptures de prothèses ?
C. M. Un médecin isolé qui n'a posé que dix prothèses PIP n'a peut-être à ce jour toujours eu aucune rupture. Dans notre clinique, il était plus facile de se rendre compte du problème car nous posons 700 à 800 paires de prothèses par an, ce qui fait de notre clinique une des plus actives sur ce domaine en France. Et pour moi, il n'y a eu aucune faute médicale de la part de mes confrères. Si un jour, on découvre que le soda X est frelaté, on ne va pas reprocher à l'épicier de l'avoir vendu !

F.-S. Dans quel état d'esprit sont vos patientes qui ont subi une implantation mammaire ?
C. M. Il y a de tout. Certaines vivent avec une rupture de prothèse depuis deux ans et ne sont absolument pas pressées de se faire réopérer, alors qu'elles devraient évidemment l'être. D'autres, qui n'ont même pas eu de prothèses PIP, viennent nous voir affolées pour s'assurer qu'elles ont bien une autre marque de prothèses dans leur corps. Pour l'instant, je ne note pas une baisse de la demande de prothèses mammaires en tous les cas.

F.-S. Une rupture de prothèse est-elle visible à l'oeil nu ?
C. M. Pas du tout, et c'est bien là le risque quand on ne se fait pas contrôler régulièrement, car les matériaux peuvent se répandre sans qu'on ne le sache. Le seul moyen de s'en rendre compte est l'échographie, un examen que je préconise de faire tous les deux ans.

F.-S. Qu'est-ce qui a changé depuis cette affaire ?
C. M. Trois choses. Tout d'abord, la société de chirurgie plastique réparatrice et esthétique a mis en place début 2011 une cellule de vigilance en relation avec l'Afssaps sur les dispositifs implantables. Ainsi, depuis, nous avons notamment interdit un produit que l'on injectait dans le visage et qui provoquait des réactions inflammatoires.
Deuxièmement, nous allons mettre en place des contrôles inopinés en bout de chaîne, dans les cabinets des médecins ou dans les cliniques, aux frais des fabricants de dispositifs d'implants. Par exemple, on viendra prélever inopinément une seringue de liquide pour les rides dans le cabinet d'un médecin.

Enfin, il va y avoir une révision totale de la législation française et européenne en matière de commercialisation des dispositifs implantables et injectables. Jusqu'à présent, il suffisait de déposer un dossier de conformité, d'obtenir le label CE et de choisir soi-même un organisme de contrôle pour commercialiser une prothèse par exemple. Désormais, le ministère de la santé va faire en sorte qu'il y ait, comme pour les médicaments, une autorisation de mise sur le marché qui soit nécessaire, et qui impose une étude du produit bien plus approfondie que le simple dossier de conformité. Il ne peut plus y avoir de risque pris pour la santé des patients.

Propos recueillis par Alexandra Gonzalez

Réactions à cet article8 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 17 Jan à 21:01

    Anonyme-77656
    UNE PETITE QUESTION??

    QUEL EST LE PRIX DE CETTE CHIRURGIE ESTHETIQUE ???

    je pose cette question seulement aux femmes qui ont subi cette intervention pour de l'esthétique.

    si en plus du prix a payer vous avez des risques pour la santé..AUTANT RESTER CE QUE DAME NATURE VOUS A DONNE!! LES SEINS NE SUFFISENT PAS, TOUT LE RESTE ETS AUSSI A REFAIRE, AVEC L'AGE TOUT CHANGE;



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  • Par Anonyme-77656, le 17 Jan à 21:07

    Anonyme-77656
    MEME CADEAU

    MEME CADFEAU, je ne ferai pas de chirurgie esthétique des seins!!!



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  • Par Anonyme-77656, le 17 Jan à 21:11

    Anonyme-77656
    ON CROIT REVER!!

    JUSTE UNE CHOSE, QUAND UN HOMME VEUT QUITTER SA FEMME

    CE NE SONT PAS LES IMPLANTS MAMMAIRES QUI LE RETIENDRONT§



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  • Par Anonyme-77656, le 17 Jan à 21:13

    Anonyme-77656
    petits mais à soi

    il vaut mieux avoir des petits seins bien à soi que des gros pour les autres. Voila c'est dit.



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  • Par mich2pains, le 18 Jan à 11:48

    mich2pains
    MAS , un honnête ...charcutier !

    C'est bien vrai que l'on a ..." le meilleur système social" au MONDE !.....


    Imaginez : Dans quel autre pays laisserait-on un ...ancien charcutier de métier , se mettre à fabriquer des prothèses mammaires ???


    Sans compter que nos organismes publiques ( AFFSAPS) ont fait leur travail de contrôle sanitaire en amont , en donnant le label " C.E" : L'AFFSAPS a dû vérifier que ce charcutier ne mettait pas de saindoux de porc , ni des restes de pieds et paquets , ni de gélatine provenant de moélle épinière de bovins atteints de la maladie de la "Vache folle" , dans ces prothèses !


     DORMEZ BIEN   , braves femmes  , l'ETAT Français veille sur votre santé .



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  • Par HeyBaal, le 18 Jan à 12:07

    HeyBaal
    @marinette

    Les gens n'ont pas à se justifier auprès de vous des actes qui ne regardent qu'eux.


    Et les prothèses mamaires sont peut être utilisées à des fins purement superficielles par certaines, mais pour les opérées d'un cancer du sein, c'est comme retrouver un membre amputé.



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  • Par Anonyme-77656, le 18 Jan à 19:38

    Anonyme-77656
    dr marinetti que dit l ordre

    Mr mas sous haute protection ,a ce jour pas trop inquiét le pépé tout souriant , dr marinetti si les instances que vous avez allerté ne vous réponde pas , alors a quel sein se vouer ?



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  • Par Anonyme-77656, le 19 Jan à 08:49

    Anonyme-77656
    heyBaal....entièrement d'accord avec

    @marinette......les gens n'ont pas à se justifier ok, mais qu'ils ne nous cassent pas les bu.nes....une femme qui a eu un cancer je comprends que la sécu prenne en charge, mais les "bimbos" miss apparence...je m'en fouts, qu'elles assument leurs conneries....hier soir 20h une femme de 46 ans qui s'était fait "gonflé", c'est fait retirer les "pochettes miraculeuses" et n'en voulait plus d'autres....ben c'est bien, mais on s'en fout....après les nichons, les fesses, les lèvres....etc etc....vivement que les professeurs se lancent dans la greffe du cerveau...il y en a un paquet qui devrait déjà se mettre sur la liste....à commencer par les mamies qde 60 et + qui tiennent à retrouver le corps de 30 ans....vous m'excuserez mais là, en bref, on appelle "cela"une conne.....on peut amener une vieille voiture au garage, mais pas une "vieille peau"....ho ho



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Publié : 17/01/12 - 12h58
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