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La sixième crise d’extinction a déjà commencé

Science/Ecologie


Au rythme de disparition actuel, 75 % des espèces auront disparu dans trois siècles, calcule une étude américaine : l’homme a déclenché la sixième extinction massive des espèces.

Le Pr Gilles Bœuf, biologiste et président du Muséum national d’histoire naturelle, alerte quant aux « conséquences pour l’homme dans moins de deux générations »
Le Pr Gilles Bœuf, biologiste et président du Muséum national d’histoire naturelle, alerte quant aux « conséquences pour l’homme dans moins de deux générations » SIPA

La sixième crise d’extinction massive des espèces a bel et bien commencé. C’est ce que confirme l’étude menée par les paléobiolologistes de Berkeley (Etats-Unis) que vient de publier Nature, la revue mondiale de référence. Un travail imposant, qui passe en revue l’état de la planète et son évolution sur 500 ans pour se projeter dans l’avenir. Pour la première fois, la destruction des espèces, et surtout son accélération vertigineuse, apparaît directement liée à l’activité humaine. Le Pr Gilles Bœuf, biologiste et président du Muséum national d’histoire naturelle, alerte quant aux « conséquences pour l’homme dans moins de deux générations ».

Une extinction massive dans un délai très court

FRANCE-SOIR Comment se manifeste cette sixième crise d’extinction massive ?

GILLES BŒUF L’extinction est naturelle. C’est l’accélération du niveau d’extinction qui est inquiétante. Il disparaît une espèce sur mille tous les 1.000 ans. Actuellement, c’est une espèce sur mille… tous les ans. C’est ce que confirme cette étude. Les auteurs rappellent que nous connaissons actuellement dans l’histoire cinq crises d’extinction massive, durant lesquelles au moins 75 % des espèces vivantes à ce moment-là se sont éteintes définitivement. Ces crises se sont pour la plupart étalées sur des millions d’années. Là, l’étude démontre que nous sommes dans une période d’extinction massive qui a démarré il y a environ 8.000 ans et que, si nous continuons à ce rythme-là, plus de 75 % des espèces vivantes actuelles auront disparu d’ici seulement 250 à 350 ans. C’est un délai très court.

F.-S. Est-ce la faute de tous les changements qui bouleversent notre planète ?

G. B. Ce n’est pas le changement qu’il faut blâmer. La nature en a besoin. Prenons l’exemple de l’océan. Il s’agit du plus grand espace offert aux espèces. Dans l’eau la vie est partout, alors que sur terre la vie est principalement sur le sol et les surfaces. Or il y a sept fois moins d’espèces vivantes en mer que sur terre, parce que en mer la nature n’a aucun obstacle ou barrière matérielle auxquels se confronter. Et le vivant a besoin de difficultés pour créer des espèces. Le problème actuel, ce n’est pas la teneur en CO2 ou la hausse des températures, c’est la vitesse de changement. Le vivant sait s’adapter, à condition que ça n’aille pas trop vite. Sinon, les espèces n’ont pas le temps de s’adapter et elles meurent.

L’impact sur l’homme

F.-S. Quel peut être l’impact sur l’homme de la destruction de la biodiversité ?

G. B. De grandes vagues d’immigration ont été déclenchées par des crises de biodiversité locales. La désertification du Sahel par exemple. On ne peut plus y cultiver des plantes que l’on cultivait il y a encore trente ans. Par ailleurs, la biodiversité empêche les envahisseurs de s’installer. Pourquoi tombe-t-on malade ? Parce que l’on a une perte de diversité pour une raison quelconque, et qu’une bactérie toxique prend la place libérée et nous empoisonne. A l’échelle planétaire, on retrouve ainsi le chikungunya, le sida, le virus Ebola, la maladie de Lyme… En Guyane, il y avait neuf sortes de moustiques, porteurs notamment du paludisme, installées au sommet des très grands arbres. On a coupé la forêt et ces espèces qui vivaient en hauteur sont maintenant à deux mètres. Résultat : il y a des crises de paludisme incroyables en ce moment là-bas.

F.-S. La destruction des espèces a-t-elle des conséquences économiques ?

G. B. La dégradation de la biodiversité induit des pertes de services rendus gratuitement par la nature. En Chine, on trouve des régions où il n’y a plus d’abeilles. Elles ont disparu en cinq ans à peine à cause des pesticides. Et désormais ce sont des femmes qui pollinisent à la main le café, le cacao, le thé… A l’échelle mondiale, on évalue le coût de ces services à 200 milliards d’euros par an.

F.-S. Faut-il alors sacrifier notre mode de vie et notre confort pour freiner cette destruction ?

G. B. Je ne prône pas la décroissance. En revanche, il faut des critères d’évaluation de la croissance différents. Aujourd’hui, le PIB est construit en grande partie sur la destruction des écosystèmes ou la surexploitation des ressources. Il faudrait un PIB fondé sur la protection des habitats. Il faut également manger local. Quand on voit l’origine des fruits dans les supermarchés, c’est de l’hérésie totale ! Il faut aussi arrêter le gaspillage. L’eau est une molécule majeure, et on l’a complètement oublié : on lave sa voiture avec, on fait pipi dedans, on la laisse couler dans l’évier indifféremment… Il faut enfin une revégétalisation des villes pour sauvegarder les espèces qui pollinisent. Aujourd’hui, l’agriculture humaine compte au moins pour plus d’un tiers sur les pollinisateurs. Sans abeilles, on ne pourrait plus avoir de tomates, sans guêpes plus de vanille…

Des habitats à sauver

F.-S. Faut-il choisir les espèces à sauver ?

G. B. Ce qu’il faut protéger, ce n’est pas les espèces, mais les habitats ultra-riches en espèces, comme les forêts tropicales et les récifs coralliens. Si le panda disparaît en Chine, on sera malheureux mais cela ne va pas bouleverser notre vie. En revanche, c’est un clignotant rouge qui s’allume. On a perdu 43 % des grenouilles et des crapauds sur les vingt dernières années, tout le monde s’en fiche mais c’est un clignotant rouge. Quand tous ces clignotants seront allumés, cela va se terminer dans la douleur. Il faut réagir maintenant.

F.-S. Il y a tout de même des espèces « clés de voûte »…

G. B. Oui, et elles paraissent parfois anodines. Le maïs génétiquement modifié, par exemple, tue la pyrale, un petit papillon qui pond ses œufs dans la tige du légume. Sur le papier, cela paraît très bien. Mais la disparition de la pyrale a engendré de graves conséquences. Aux Etats-Unis, on a vu apparaître une plante bourrée d’épines qui envahit tous ces champs de maïs OGM et ruine les agriculteurs.

F.-S. L’extinction des espèces n’est-elle pas finalement une forme de sélection naturelle ?

G. B. Non. On a fait de fabuleuses découvertes en médecine grâce à des espèces insignifiantes et fragiles. La découverte de la transmission de l’influx nerveux dans le corps humain a été faite grâce à un nerf de calamar ; la découverte des bases de la mémoire dans la maladie d’Alzheimer grâce à une limace de mer ; la découverte de la molécule clé du cancer grâce à l’étoile de mer.

F.-S. L’humain peut-il disparaître plus vite que prévu à cause de cette crise d’extinction ?

G. B. On n’a pas daté sa disparition, car cela reste trop lié à des idéologies diverses et variées, mais il est clair qu’il peut disparaître plus vite que prévu. Aujourd’hui il a encore le potentiel d’arrêter ça en changeant son mode de vie. Mais il a aussi le potentiel de l’accélérer, et de sorte que l’histoire se finisse très mal. Les gros problèmes peuvent survenir dans moins de deux générations.

Pollen, une histoire d’amour !

Ce documentaire époustouflant, signé Disney, met en garde contre la disparition des insectes pollinisateurs, indispensables à la vie sur terre… et à notre économie.

Plus de 70 % des cultures agricoles dépendent de la pollinisation animale. La relation entre les fleurs et les espèces fertilisatrices est pourtant en danger. Méthodes intensives, stress, parasites, destruction de l’habitat ou pollution nuisent aux pollinisateurs et, de fait, à nos ressources alimentaires. C’est précisément à cette problématique environnementale que Pollen tente de sensibiliser le public. Réalisateur de ce documentaire Disney Nature (Océans, Les Ailes pourpres), Louie Schwartzberg a filmé trois ans durant l’histoire d’amour entre certains maillons clés de la biodiversité : les chauves-souris et les cactus du désert mexicain, les papillons monarques et l’asclépiade au Kansas, les abeilles et les orchidées au Panama… Filmées en accéléré ou au ralenti à l’aide de caméras numériques de pointe, les images – pour certaines jamais enregistrées auparavant – sont époustouflantes. « Les gens ont naturellement envie de préserver ce qui est beau, explique le réalisateur. En les émerveillant, j’espère faire passer efficacement le message sur la nécessité de protéger nos pollinisateurs et nos fleurs, pour le bien-être de la nature mais aussi des hommes. »

En salles le 16 mars.

Propos recueillis par Alexandra Gonzalez, Marilyne Letertre
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Réactions à cet article3 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 8 mar à 11:52

    Anonyme-77656
    vous dites "..Le maïs

    vous dites

    "..Le maïs génétiquement modifié, par exemple, tue la pyrale, un petit papillon qui pond ses œufs dans la tige du légume. Sur le papier, cela paraît très bien. Mais la disparition de la pyrale a engendré de graves conséquences. Aux Etats-Unis, on a vu apparaître une plante bourrée d’épines qui envahit tous ces champs de maïs OGM et ruine les agriculteurs."


    =>les ravageurs se sont adapter au glyphosate, ce n'est pas surprend, mais il n'y a aucun rapport avec les pyrales.

    (de plus c'est des plantes bt qui résistent aux pyrales, pas des plantes RR).

    vous ne maitrisez pas bien le monde des plantes gm !!!!!



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  • Par Anonyme-77656, le 15 mar à 05:00

    Anonyme-77656
    mauvaise reaction aatea

    tsss aatea, quelle reaction futile..... c'est par ce genre de dialogue fondée sur la critique du detail, et non pas sur l'information elle même, que tous les efforts sont anéantis et que l'info passe pour anodine... il faut reagir vite et bien, et pas se la jouer "j'ai un cerveau plus gros que le tiens, nananereuhhh"



    Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 15 mar à 18:29

    Anonyme-77656
    Il existe en effet un

    Il existe en effet un problème de résistance des plantes au roundup qui pose des problèmes sur les OGM RR (le soja essentiellement je crois).

    Cela n'empêche pas par ailleurs le problème énoncé par Gilles Boeuf, qui peut fort bien parler de maïs Bt (ce n'est pas précisé). Ce n'est pas parce que les OGM posent un problème que les autres n'existent pas. Peut-être que c'est vous qui ne maitrisez pas le sujet des plantes GM...



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Publié : 08/03/11 - 07h45
Mis à jour : 08/03/11 - 07h50
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