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Déportation : Le dernier convoi parti de la région parisienne

Société


Cinq jours et cinq nuits d’enfer pour plus de 2.000 hommes et femmes, résistants pour la plupart, qui ont quitté Pantin dans la nuit du 15 au 16 août 1944.

Un wagon de ce convoi qui a quitté Pantin, dans la nuit du 15 au 16 août 1944, va être dévoilé dans les ateliers de maintenance de la SNCF de Béziers où il a été rénové
Un wagon de ce convoi qui a quitté Pantin, dans la nuit du 15 au 16 août 1944, va être dévoilé dans les ateliers de maintenance de la SNCF de Béziers où il a été rénové DR

C’était le dernier train de déportés politiques parti de la région parisienne. Aujourd’hui, un wagon de ce convoi qui a quitté Pantin, dans la nuit du 15 au 16 août 1944, va être dévoilé dans les ateliers de maintenance de la SNCF de Béziers où il a été rénové. Bientôt, il sera acheminé jusqu’au mémorial de Seine-et-Marne, en gare de Nanteuil-Saâcy.

Août 1944. La libération de Paris approche. Dans quelques jours, les premiers blindés de la 2e DB du général Leclerc vont pénétrer sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Le départ du convoi était prévu le 12 août, gare de l’Est à Paris. Une grève des cheminots, entamée deux jours auparavant, a bouleversé cet agenda. En outre, la Résistance ayant endommagé la gare durant la nuit du 12 au 13, les Allemands se replient sur celle de Pantin, où ils assemblent les wagons le long du quai aux bestiaux. Dans la matinée du 15, des camions commencent à déverser des hommes, tirés notamment des prisons de Fresnes et du Cherche-Midi, du fort de Romainville et du camp de Compiègne. L’après-midi, ce sont les femmes. Devant le refus de chauffeurs d’autobus parisiens de la STCRP, future RATP, de transporter des femmes de Fresnes à Pantin, des SS sortent leurs armes. Informée de ce départ imminent de déportés, la Croix-Rouge apporte des rations alimentaires et obtient la libération de 36 malades et femmes enceintes. Au total 1.654 hommes et 546 femmes sont finalement poussés dans les wagons à bestiaux. Parmi ces malheureux : 168 aviateurs alliés, dont les appareils ont été abattus et quatre jeunes apprentis cheminots, âgés de 14 à 15 ans, arrêtés à la gare des Batignolles.

Dans les wagons, la chaleur est étouffante. Pas suffisamment d’eau. Pas assez de place. Plus tard, un des rescapés, racontera : « Soixante-dix par wagon. Ces soixante-dix hommes peuvent se tenir debout. Ils peuvent même s’asseoir sur le plancher ; mais leurs jambes n’ont pas la place de s’étendre ; elles doivent être repliées, genoux en l’air à la hauteur du menton. Demeurer ainsi, au bout d’une heure, leur semble impossible. Une heure ! Le voyage va durer cinq jours et cinq nuits. » Un autre : « Nous n’avons plus constitué qu’un vulgaire bétail, sans valeur, et nous n’avons cessé d’être traités comme tel, c’est-à-dire sans le moindre ménagement, sans aucun souci d’assurer la conservation des éléments constitutifs du troupeau. » 

Dans la journée du 16, le convoi s’arrête avant la gare de Nanteuil-Saâcy. Le 8, un bombardement allié a détruit le pont ferroviaire enjambant la Marne. Encadrés par des SS nerveux, les déportés doivent rejoindre à pied cette gare où les attend un deuxième train qui a été constitué à Château-Thierry. Le 17, la résistance essaie de l’intercepter à Dormans, dans la Marne. Echec. Durant la nuit du 17 au 18, en gare de Bar-le-Duc, la Croix-Rouge fait libérer trois femmes et un prêtre polonais. Le 19, le convoi s’immobilise à Weimar. Les hommes sont ensuite dirigés vers le camp de concentration de Buchenwald, où ils reçoivent des immatriculations des numéros de 76800 à 78500, les femmes vers celui de Ravensbrück, où elles sont immatriculées dans la série des 57000. Certains hommes seront ensuite transférés à Dora, d’autres à Ellrich. Plus de la moitié des hommes et un quart des femmes ne reviendront pas.

Les derniers convois

Le convoi qui est parti de Pantin dans la nuit du 15 au 16 août 1944, est l’un des derniers à avoir quitté la France devant l’avancée des armées alliées. Dans un monumental Livre mémorial des Déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution 1939-1935, la Fondation pour la mémoire de la déportation rappelle que, jusqu’à la fin, les Allemands qui occupaient la France s’acharnèrent sur leurs prisonniers. Le 18 août, un train partait de Compiègne-Rethondes pour Buchenwald, où il arrivait trois jours plus tard. Le 25, un autre quittait Meaux, s’arrêtait le 30 à Verdun, et parvenait à destination, le camp de Sarrebrück - Neue-Bremm, le 31. Le 29, un convoi s’ébranlait en gare de Belfort. Direction : le camp de Neuengamme. Et d’autres encore qui évacuaient vers l’Allemagne les résistants enfermés, torturés, dans les prisons françaises…

L’assassinat du jeune apprenti des Batignolles

A Buchenwald, il reçut le matricule 77982. Dans un témoignage remis il y a plusieurs années à « l’Association française Buchenwald-Dora », Jacques Grandcoin, membre du réseau Cohors-Asturie du mouvement Libération Nord, arrêté le 7 août 1944 près de la place Blanche à Paris, a relaté la mort d’un des apprentis de la gare des Batignolles. Après Nanteuil-Saâcy, le convoi étant une nouvelle fois arrêté, le jeune s’était approché d’une lucarne du wagon pour respirer. La chaleur était suffocante. « Il avait posé les mains à plat sur le fil de fer barbelé. J’étais derrière lui… Un soldat SS ou de la Gestapo a tiré une balle qui a traversé sa main… Les SS ont ouvert la porte du wagon, ont demandé que le blessé descende pour se faire soigner… Aussitôt descendu sur le ballast… les SS l’ont abattu d’un tir de mitraillette. »

Alain Vincenot
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Réactions à cet article2 commentaires

  • Par HeyBaal, le 30 sep à 12:47

    HeyBaal
    Mais non voyons, vous savez

    Mais non voyons, vous savez bien qu'ils ont pris un tram confortable et climatisé, et qu'on les a gentiment renvoyé dans leur pays avec plusieurs centaines d'euros.



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  • Par Pegase42, le 1 oct à 13:28

    Pegase42
    tRISTE

    Rien qu'à lire cet article me donne la chair de poule.Ne prenons pas cela avec  un certain humour et pensons à toutes ces personnes qui ont vécu dans cette souffrance. Lorsque je vois comment la société d'aujourd'hui se comporte, je me dis qu'il y a beaucoup d'injustices dans ce monde qui ne nous apporte pas grand'chose question valeur humaine.



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Publié : 30/09/11 - 06h38
Mis à jour : 30/09/11 - 06h40
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