Résultats Présidentielle 2012

» S'identifier
Samedi 19 septembre, 17:16
Accueil > Actualité > Société > Il y a 70 ans, juillet 42 : la rafle du Vel' d'Hiv ou l'infamie pétainiste

Il y a 70 ans, juillet 42 : la rafle du Vel' d'Hiv ou l'infamie pétainiste

Mémoire de la Shoah


Dans Vel' d'Hiv, 16 juillet 1942 (1), Alain Vincenot fait revivre les heures les plus sombres de la collaboration. Deux ans après la débâcle et le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain, la police française participe à la déportation sans retour de milliers de Juifs venus chercher en France un refuge contre la barbarie nazie. A travers des témoignages exceptionnels, ce salutaire travail de mémoire s'avère singulièrement d'actualité.

L'unique photographie de presse de la tragédie des 16 et 17 juillet 1942. On y voit des bus réquisitionnés débarquant des victimes de la rafle devant l'entrée du Vél' d'Hiv
L'unique photographie de presse de la tragédie des 16 et 17 juillet 1942. On y voit des bus réquisitionnés débarquant des victimes de la rafle devant l'entrée du Vél' d'Hiv DR/Couv. Vel'd'Hiv,Ed. Archipel/rue des Archives/PVDE

L'horreur tient en une date, des chiffres et peu de mots : « Le 16 juillet 1942, 12.884 Juifs dont 5.802 femmes, 4.051 enfants et 3.031 hommes sont arrêtés. Emmenés au Vélodrome d'Hiver, à Drancy, à Beaune-la-Rolande et à Pithiviers, ils seront déportés à partir du 21 juillet. » Quatre lignes dans une chronologie cauchemardesque qui va du 30 janvier 1933 (la nomination d'Adolf Hitler comme chancelier du Reich) au 15 août 1945 (la capitulation du Japon).

Dans son remarquable livre-témoignage(s), Alain Vincenot retrace avec précision ce que furent ces jours de terreur, de larmes et de mort. Il démonte, événement après événement, le terrible engrenage qui aboutira à l'assassinat de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, dont le seul tort est d'avoir été Juifs. Dans le langage odieusement dénaturé de la « solution finale » – entérinée par les dignitaires nazis à Wannsee le 20 janvier 1942 – les Allemands précisent qu'il s'agit de Juifs « apatrides ». La préfecture de police de Paris, elle, préfère parler de « Juifs étrangers ». Le 6 juillet, dix jours avant la tragédie, un des instigateurs nazis de la rafle, le capitaine SS Theodor Dannecker note, satisfait : « il convient de remarquer qu'afin de mettre les choses en mouvement, nous n'avons, jusqu'à présent, parlé que des Juifs apatrides ou étrangers. Dans un second temps, nous nous occuperons également des Juifs français... »

Le "calendrier de l'abomination"

En historien minutieux, Alain Vincenot (2) détaille « le calendrier de l'abomination ». Il documente l'obsession antisémitisme hitlérienne, énumère les exigences planifiées de la « bête » qui « veut du sang », pointe la responsabilité irréfutable des autorités de Vichy, rappelle le zèle abject du « service des étrangers et des affaires juives » de la préfecture de police de Paris qui va sélectionner « 25.334 noms et adresses »... Mais il n'oublie pas non plus de signaler les indignations courageuses qui fustigent l'odieuse collaboration, le malaise des autorités religieuses catholiques, les actes de résistance qui fleurirent malgré tout...

En journaliste émérite, l'auteur (ancien du Quotidien et du Matin de Paris, du Pèlerin et de France-Soir) restitue l'ambiance mortifère de ce sinistre 16 juillet 1942 où l'opération « Vent printanier » – nom de code de la rafle – défigura la France : le vacarme dans les escaliers, les coups frappés aux portes, les cris de policiers, les pleurs des femmes et des enfants, les suppliques en mauvais français matinés de yiddish, l'entassement dans les bus et le « parcage » dans la chaleur étouffante et poussiéreuse d'un Vélodrome d'hiver transformé en enfer. La comptabilité tenue par les exécuteurs serviles des SS donne la nausée. Elle dit toute l'inhumanité et l'horreur qui se sont déversées ce jour-là, dès 4 heures du matin, sur Paris, capitale des Droits de l'Homme : « 6.587 arrestations à 10 h 30 ; 7.730 à 11 heures ; 8.673 à 11 h 40 ; 10.832 à 15 heures ; 11.363 à 17 heures. »

C'est alors que l'œuvre prend une densité inédite. Jusqu'ici narrateur, Alain Vincenot s'efface pour donner la parole aux témoins directs des événements, aux victimes qui ont vécu dans leur chair et dans leur âme, ces événements tragiques. Douze témoignages d'une puissance exceptionnelle : ceux d'enfants sans défense (dont la plus jeune, Régine-Nitsa Lew avait à peine 3 ans à l'époque), d'adolescents éperdus ou de frêles adultes terrorisées (26 ans pour la plus âgée, Ryfka-Régine Wolf-Rybak). Au fil des récits simples, lucides -- qui « prennent aux tripes » --, le lecteur partage l'effroi et l'infinie détresse qui s'abattirent sur des innocents au nom de la suprématie aryenne !

"On était comme des rats"

L'un de ces récits bouleversants est celui de Léon Fellmann. En juillet 1942, cet adolescent discret et travailleur fête ses 17 ans. Il habite avec sa mère Nessia, sa sœur et ses deux jeunes frères au 83, rue du Faubourg-Saint-Antoine (XIe arrondissement). En France depuis 1923, son père Albert, originaire de Pologne comme sa mère, a été arrêté en août 1941, lors de la rafle dite « du XIe » (4.232 hommes arrêtés dont 1.602 Français).

 

Léon Fellmann (au centre) entouré de sa mère Nessia, sa soeur Jacqueline et ses petits frères Pierre et Maurice, en 1941 (Photo DR). 

Après avoir décroché son certificat d'études à 12 ans et s'être payé le luxe de sortir major de l'école de mécanique de la rue Faidherbe, le studieux Léon a intégré l'école des cadres de Citroën... Mais, il est obligé de la quitter après l'arrestation de son père. Il doit désormais subvenir aux besoins de sa famille. Vers le 10 juillet, la rumeur d'une rafle imminente se propage. « Beaucoup de nos voisins, immigrés juifs comme mes parents, n'ont pas réagi. Partir ? Où ? Ils ne connaissaient personne, n'avaient pas d'argent, s'exprimaient difficilement en français ».

Au matin du 16 juillet, la famille Fellmann échappe de peu à une arrestation matinale. Par chance, elle ne dort pas à l'étage repéré par la police. Mais, zélés et soupçonneux, les fonctionnaires de la préfecture repassent dans l'après-midi et finissent par interpeller la mère et ses quatre enfants. Léon a la possibilité de s'enfuir, mais il ne le fait pas. Il ne veut pas abandonner les siens. Les Fellmann sont alors emmenés au gymnase Japy (XIe arrondissement). Par miracle, grâce à l'astucieux subterfuge d'un agent de police qui prend brusquement fait et cause pour cette famille désemparée, les trois plus jeunes enfants sont libérés. Puis, dans la soirée, Léon et sa mère Nessia sont envoyés au Vel' d'Hiver, rue Nelaton (XVe), près de l'actuelle station de métro Bir-Hakeim. Ils vont y croupir « deux ou trois jours », sous la grande verrière du vélodrome. L'orgueilleuse structure ne laisse plus passer la lumière. Badigeonnée de peinture bleue – celui de la fameuse Défense passive, pour prévenir les bombardements anglo-américains –, elle retient la chaleur. Les raflés macèrent dans la chaleur, sans eau, sans hygiène, sans rien à manger ou presque... « On était comme des rats ». Lorsque la police française prépare le transfert vers un autre site, Léon, la mort dans l'âme mais encouragé par sa mère, doit se résoudre à fuir. Dans la cohue, il fonce tête baissée entre deux gardes mobiles et disparaît. Il sera caché par le concierge de son immeuble, puis par un ami de son père, Gabriel Boulle, un résistant qui finit par recueillir tous les enfants Fellmann, à Bois-Colombes. Léon s'engagera alors à son tour dans la Résistance. Jusqu'en 1945, il effectuera des missions de renseignements, des « coups de main » armés et exfiltrera des aviateurs alliés vers l'Espagne.

Du "Frontstalag 122" à Auschwitz

Ce n'est qu'à la fin de la guerre que Léon Fellmann apprendra l'horrible sort que les Allemands ont réservé à ses parents. Arrêté en août 1941, son père, Albert a d'abord été détenu à Drançy avant d'être interné au « Frontstalag 122 » de Compiègne-Royallieu (Oise). Le 5 juin 1942, il est transféré à Auschwitz dans le 2e convoi de déportation parti de France. Le 10 août, il y est assassiné avec soixante-quatorze autres déportés tirés au sort, par une injection de phénol administrée par un médecin SS. La maman, Nessia, que Léon n'a plus revu depuis le Vel'd'Hiv, a été également déportée. Internée à Beaune-la-Rolande (Loiret), elle arrive à Auschwitz le 7 août à bord du convoi français n°15. Elle est immédiatement gazée, mourant ainsi, sans le savoir, trois jours avant son mari.

« Comme Alain Vincenot, je crois qu'il faut sans cesse rappeler ce que j'ai appelé, il y a plus de trente ans, la page la plus noire de l'histoire de France » insiste à juste titre Serge Klarsfeld, dans la préface de Vel' d'Hiv', 16 juillet 1942. Dans leur délire, les nazis croyaient que leurs crimes monstrueux resteraient dissimulés, emmurés dans l'indicible et le non-dit et que la propagande, le révisionnisme, orchestrés par leurs soins, feraient le reste. Ils étaient aussi persuadés que l'extermination achevée, nul ne pourrait témoigner des atrocités. Ainsi, il n'existe qu'une seule photo de la rafle du Vel' d'Hiv dans les archives de la presse française. C'est celle de la couverture du livre. En redonnant vie et paroles aux martyrs anonymes du Vel' d'Hiv, Alain Vincenot allume des feux dans la nuit de l'oubli.

 

« Cherche la vérité, tu trouveras la lumière »

Vercors
écrivain et résistant, 
(de son vrai nom Jean Bruller, patronyme de son père, d'origine hongroise),
auteur du Silence de la mer, publiée en février 1942.

 

(1) Vel'd'Hiv, 16 juillet 1942 d'Alain Vincenot, préface Serge Klarsfeld, Ed. l'Archipel, 264 pages + 8 pages de photos, 19,95 euros 

(2) Alain Vincenot est l'auteur de plusieurs livres sur l'Occupation et la Schoah: La France résistante, histoire de héros ordinaires (Syrtes, 2004), Je veux revoir maman -- Des enfants juifs cachés sous l'Occupation (préface de Simone Veil, Syrtes, 2005), Les larmes de la rue des Rosiers (préface d'Elie Wiesel, Syrtes, 2010). 

Chirac : "La France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable"


Après la guerre, le Vél d'Hiv « temple du sport et du malheur » est redevenu le haut-lieu du cyclisme à Paris. Il sera détruit en mai 1959. Le 20 juin 1986, le carrefour entre le quai de Grenelle, le quai Branly et le boulevard de Grenelle a été baptisé « place des Martyrs Juifs du Vélodrome d'Hiver » par arrêté du maire de Paris de l'époque, Jacques Chirac.

Le 17 juillet 1994, François Mitterrand a inauguré en bordure du quai de Grenelle, un monument commémorant le drame du Vel' d'Hiv, signé du sculpteur Walter Spitzer et de l'architecte Mario Azagury. Et c'est devant ce monument que, le 16 juillet 1995, Jacques Chirac, devenu président de la République, a prononcé un discours historique : « Il est, dans la vie d'une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l'idée que l'on se fait de son pays (...) Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français. (…) le 16 juillet 1942, quatre mille cinq cent policiers et gendarmes français, sous l'autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis. Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblées dans les commissariats de police (…) La France, patrie des Lumières et des droits de l'homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux...»

 

 

Par Charles Desjardins

Réactions à cet article103 commentaires

    • Par HeyBaal, le 17 jui à 16:40

      HeyBaal
      Absolument Enfin j'étais à

      Absolument


      Enfin j'étais à deux doigts de vous signaler quand même Wink



      Signaler un abus  
  • Par Le Soir, le 17 jui à 17:15

    Le Soir
    Jusqu'à quand !

    Jusqu'à quand nous allons ressasser cette époque ? Devons-nous rappeler ici combien de morts ont fait les religions depuis 10 ans simplement dans les pays du monde !



    Signaler un abus  
  • Par chispa, le 17 jui à 18:29

    chispa
    occupation

    l'oncle de mon mari est mort au luxembourg pour ne vouloir faire le salut nazi a l'école, il avait 20 ans, mais les celebrations sont solament pour les juifs, c'et oncle etait catholique. (mort sous l'occupation au luxembourg)



    Signaler un abus  
Publié : 06/07/12 - 16h58
Mis à jour : 08/07/12 - 11h40
  • Texte plus grand
  • Texte plus petit

SUIVEZ FRANCE SOIR SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX


FranceSoir l'e-mag en PDF
FranceSoir l’e-mag a 1 an
N° anniversaire gratuit à découvrir en PDF
Télécharger

France-Soir sur Facebook

Plus d’articles


Dernières vidéos

Audiences TV : Taxi est loin devant

» Voir toutes les vidéos

Les derniers commentaires

    Les membres les plus actifs

    • HeyBaal HeyBaal, le 26 jui à 17:29

      288500 points
      5570 commentaires

      En savoir plus sur HeyBaal


    • nellyolson nellyolson, le 21 sep à 19:55

      203400 points
      3716 commentaires

      En savoir plus sur nellyolson


    • Bluesun Bluesun, le 26 jui à 17:21

      155550 points
      2987 commentaires

      En savoir plus sur Bluesun


    • pasloi pasloi, le 3 mai à 21:48

      150550 points
      2433 commentaires

      En savoir plus sur pasloi


    • Jakyburn Jakyburn, le 20 avr à 21:02

      99900 points
      1686 commentaires

      En savoir plus sur Jakyburn


    Quiz

    Testez vos connaissances

    Quiz Info : Insolites, Retraite, Football et Hollande


    Actu du jour en image

    Horoscope Quotidien 2012

    Minute Trente de Montvalon

    TV Tout sur Secret Stroy 6

    Faits Divers Les maisons de l'horreur