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Mardi 18 janvier, 17:47
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Pierre Priolet : L'homme qui veut sauver les paysans

Société


A quelques jours du Salon de l'agriculture, ce producteur de fruits devenu en quelques mois un porte-drapeau des paysans lance un nouveau cri d'alarme émouvant.

Pierre Priolet a arraché ses 11 hectares de poiriers
Pierre Priolet a arraché ses 11 hectares de poiriers MaxPPP

Voilà un an, Pierre Priolet lançait un cri de révolte dans les médias et annonçait qu'il allait arracher ses propres poiriers. Depuis, il est submergé de témoignages de soutien. Il a monté une association, Consommer juste (1), et un site Internet où plus de 400.000 pages ont été vues (2). Rencontre avec un écorché vif dépassé par son succès.

FRANCE-SOIR Que vous disent les dizaines de paysans que vous rencontrez ?
PIERRE PRIOLET J'ai découvert une détresse colossale. J'ai vu un éleveur de porcs, avec un bilan négatif de 18.000 € en fin d'année, qui doit encore 190.000 € à un fournisseur ; des producteurs laitiers au bord du suicide... Comment un pays peut-il abandonner des gens qui travaillent 14 heures par jour pour 400 € par mois, à deux ? Moi, je suis privilégié. J'ai 58 ans, une maison, trois gamins qui réussissent. Je ne suis pas le « pauvre paysan qui pleure à la télé ». Mais je me sens responsable. Si personne ne se révolte, ils vont crever en silence.

F.-S. Comme promis, avez-vous arraché votre verger cet automne ?
P. P. Oui. C'est une déchirure, mais aussi une libération. J'étais tenu par le travail, par l'industrie phytosanitaire qui vous impose toujours de nouveaux produits. Pour traiter un hectare, au lieu d'un litre à 30 €, il vous en faut trois à 110 €. Soumis à la grande distribution, qui achète mes poires et mes pommes à 0,17 € alors qu'elles me reviennent à 0,40 €. En arrachant mes arbres, j'ai retrouvé ma dignité. Je pensais m'arrêter là. Mais un expéditeur local m'a proposé de louer mes terres. Comme je préférais les travailler moi-même, mais sans être soumis aux prix, j'ai signé un contrat avec chiffre d'affaires garanti. Je vais cultiver des salades de manière raisonnée, voire écologique. On verra le résultat.

F.-S. C'était aussi un acte politique, médiatique...
P. P. Je dis aux consommateurs : on vous vole en vous expliquant qu'on s'occupe de votre pouvoir d'achat, alors qu'à chaque achat vous tuez un peu le producteur. Il faut le répéter, pour que les gens en prennent conscience. Lorsque vous payez des pommes 3 €, l'agriculteur ne reçoit que 0,17 €.

F.-S. Selon vous, l'Etat faillit-il à sa mission ?
P. P. Il y a vingt-cinq ans, on était près de 2 millions d'agriculteurs en France. Aujourd'hui, 336.000. Un million de types à la rue ! Face à cette destruction, ce n'est pas l'agriculteur qui est atteint, c'est mon humanité. L'Etat programme notre disparition, il enlève les services publics des campagnes. Et plutôt que d'aider les habitants à s'y maintenir, on file des ronds à des céréaliers qui s'étendent sur des milliers d'hectares. Quand dans dix ans 4,5 millions d'agriculteurs européens auront disparu, qu'est-ce qu'ils vont faire, ces couillons ?

F.-S. Vous comparez votre situation à celle d'un ouvrier d'une usine délocalisée...
P. P. J'entends : « Pourquoi tu produis ici, où la main-d'œuvre est à 12,50 € de l'heure, quand il y a des pays où elle est à 10 € la journée ? » On a commencé à délocaliser dans les années 1960, en Espagne, au Maroc, en Chine, au Bangladesh... jusqu'où ? Aujourd'hui, le gouvernement veut imposer aux agriculteurs de signer des contrats, sans prix. Mais qui voudrait travailler autant et être traité de salaud qui exploite les cochons de façon industrielle ? Vous ne croyez pas qu'on préférerait les élever dans la nature ? C'est l'Europe qui impose ces normes.

F.-S. Qui sont les fautifs ?
P. P. Il y a une collusion flagrante entre l'Etat et la grande distribution, qui ne profite jamais aux consommateurs : on vous vend 3 € ce qu'on achète 0,40 € au Chili. L'Etat doit changer la loi et fixer une marge maximale aux patrons de grandes surfaces. Moi, je ne réclame pas d'aides. Je veux qu'on achète mes pommes au juste prix. C'est-à-dire à 0,40 € le kilo, ce qui n'est pas la ruine, au lieu de 0,17 € comme l'an dernier. On créerait des milliers d'emplois.

F.-S. Quelle est la part de responsabilité des agriculteurs ?
P. P. Notre division. Chaque agriculture – laitière, de montagne, céréalière, bovine – a sa problématique. Comment faire un syndicat unitaire ? Aujourd'hui, il n'y a que la FNSEA qui parle avec les autorités. Son patron n'est pas crédible, il cumule 18 postes nationaux, assortis d'indemnités incroyables. La FNSEA, c'est un système autocratique qui se défend, pas un syndicat.

F.-S. Que proposez-vous ?
P. P. Je veux ouvrir des négociations avec les grandes surfaces. Faire appliquer le principe du « consommer juste » : le produit est vendu au prix de revient + 30 % de marge pour le producteur. Et si en juin rien n'a avancé, j'ai en tête des actions simples qui vont leur faire mal au portefeuille.

F.-S. Vous recevez des soutiens inattendus. Comment l'expliquez-vous ?
P. P. Les tripes. Les gens se reconnaissent dans ma blessure. Le patron de Buffalo Grill a versé 175.000 € à mon association, et on essaie de monter ensemble une filière viande dans ses restaurants. Je réfléchis aussi avec des anciens de la grande distribution. En m'exprimant, je permets à certains de reprendre possession de leur vie, et à d'autres de me haïr. Je m'attaque à du gros, mais je n'ai pas peur. J'irai jusqu'au bout.

(1) Les Fruits de ma colère, éd. Robert Laffont, 158 p., 16 €.
(2) www.consommer-juste.fr

Juliette Demey
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Réactions à cet article3 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 10 fév à 18:37

    Anonyme-77656
    Fin de l'agriculture ?

    Bravo pour l'action de cet homme .

    Pourquoi ne pas organiser une pétition sur Internet pour soutenir l'action de nos paysans ?



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  • Par Anonyme-77656, le 12 fév à 11:01

    Anonyme-77656
    la vérité si je mens

    retraité du transit international, executant les formalités d'importation de fruits et legumes pour le compte des grandes distributions les affirmations citées par ce monsieur sont rigoureusement exactes et assasines pour nos agriculteurs.



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  • Par Anonyme-77656, le 13 fév à 12:37

    Anonyme-77656
    Des gens vous soutiennent!

    Une excellente conférence d'Erik Orsenna donnée aux ERNEST de Normal Sup sur le sujet :

    http://www.dailymotion.com/video/xcrgpg_erik-orsenna-parlons-un-peu-d-agric_webcam



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Publié : 10/02/11 - 06h45
Mis à jour : 11/02/11 - 10h18
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