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Témoignage : “Ici, vous prenez le bus une fois, pas deux”

Société


A l’image des enfants cloîtrés à Sevran pour éviter les balles perdues, ceux qui vivent dans les quartiers les plus sensibles racontent ces violences devenues banales.

Certains quartiers de Marseille sont le théâtre d'une violence quotidienne
Certains quartiers de Marseille sont le théâtre d'une violence quotidienne SIPA

“Ici, vous prenez le bus une fois, pas deux”

Serge, 48 ans, chauffeur de bus sur la ligne 26, quartiers Nord de Marseille

Il connaît les quartiers Nord de Marseille comme personne. Chaque jour, Serge, chauffeur de la ligne 26, traverse sept des cités les plus chaudes de la ville. Avec vingt-deux ans de métier, c’est le plus ancien de la ligne, qu’il a vu se dégrader au fil des ans. « Les quartiers Nord ont changé. Ici, vous prenez le bus une fois, pas deux. Je m’arrête devant sept collèges et lycées. Lorsque les jeunes montent dans le bus, ils font n’importe quoi, ils crient, balancent des pétards et des insultes. Ils vous poussent à bout. Les gens restent passifs, s’ils ripostent, ils se font insulter en plus. » Depuis le début de l’année, trois chauffeurs ont encore demandé à changer de ligne. « Ils disjonctent », résume Serge. Les contrôleurs, eux aussi, évitent la ligne 26. Le taux de fraude du secteur atteint 60 %. Serge, lui, a grandi dans la cité de la Castellane, comme Zidane. Un gars du sérail. « Quand on ne me respecte pas, je crie », explique-t-il.

Sur la route, Serge doit composer avec les chauffards qui, après une queue de poisson, « plantent un coup de frein » et sortent du véhicule en faisant des gestes grossiers. Dans les quartiers Nord, les véhicules prioritaires n’ont pas droit de cité. De Bougainville au Vallon des Tuves, les bus doivent se frayer un chemin entre les voitures garées sauvagement.

« Suite aux actes de vandalisme, on a arrêté de monter dans la cité de La Savine. Lassés de marcher à pied, les habitants ont fini par régler le problème eux-mêmes et les bus sont revenus. A La Granière, même chose, les bus étaient visés par toutes sortes de projectiles », raconte Serge, qui continue de conduire avec la vitre anti-agression baissée. Il évoque aussi des habitués, qu’il attend volontiers : « Je reçois des mercis, des sourires, même des gâteaux », dit-il, amusé. C’est sa « plus belle récompense ».

Ici, je sais que je suis utile

Le Dr Yasmine Mirghane, médecin dans la cité des Francs-Moisins, à Saint-Denis (93)

Sur son bureau, une tasse de café refroidi, l’unique repas de sa journée. Il est 21 h 30, le dernier patient part. Yasmine soupire : « Je devrais refuser des gens. Je n’y arrive pas. Une maman avec un bébé fiévreux, si je ne la prends pas, où ira-t-elle ? Aux urgences, pour attendre quatre heures ? » La jeune médecin a repris en 2006 le cabinet d’un confrère « à bout, après dix-sept ans de quartier ». Elle connaissait les Francs-Moisins pour avoir déjà assuré des remplacements auprès du Dr Didier Ménard, figure locale depuis trente ans. Il l’a initiée à cette médecine parfois lourde, celle des pauvres qui ne consultent qu’en dernier recours. Ici, ils sont seulement huit généralistes pour plus de 10.000 habitants. « Sans ces confrères, je ne serais jamais venue. Le plus difficile, pour moi, ce n’est pas la violence, mais de crouler sous la charge de travail. »
Ces dernières années, des commerces ont été la cible d’attaques et les vols avec violence se multiplient. « Quand je me suis installée, l’insécurité n’était pas un frein. Je n’ai jamais été attaquée. Mais depuis l’agression d’une consœur qui pratiquait ici depuis quinze ans, j’y pense. Je ne fais plus de visites dans la cité après 21 heures. J’évite d’avoir des habitudes. J’ai beau faire partie des meubles, un jour ou l’autre, tout peut m’arriver. Une poignée de jeunes sèment la terreur, c’est dommage. Car dans ce quartier, il y a surtout une chaleur humaine incroyable, des gens bien ! Qui les soignera si on s’en va ? » 70 % des patients de Yasmine, tour à tour écrivain public ou assistante sociale, sont couverts par la CMU. Sa salle d’attente est bondée. Face aux impatients agressifs, elle a une recette : « Un peu de distance, beaucoup de compréhension. » Le soir, elle rentre « épuisée, mais satisfaite. Ici, Je sais que je suis utile ».

Ce même sentiment motive depuis plus de vingt ans le Dr Francis Cohen *, installé non loin, aux Quatre-Routes, à Asnières (92). Face à la multiplication des agressions « pour quelques euros », la plupart de ses collègues jettent l’éponge. « Dix médecins se sont fait frapper, dont moi. On se sent seul dans l’arène, pas aidé. Ni par le conseil de l’ordre, ni par la police, ni par la Sécu. » Seul face à certains patients qui le considèrent comme « un prestataire de service » et réclament des ordonnances. Seul face à « trois types excités qui exigent un arrêt de travail qui servira d’alibi pour un casse ». Pour éviter ces intrus, Francis a retiré sa plaque au bas de l’immeuble. « En dehors de cela, j’adore ce quartier et j’ai la chance de prendre en charge des malades de A à Z. C’est le plus beau métier du monde ! »

* Journal d’un médecin de banlieue, éd. La Martinière.

Je suis pharmacien, assistante sociale, banquier et écrivain public

François Lévy, 52 ans, pharmacien à la Beaucaire (Toulon)

A l’ouest de Toulon, l’environnement verdoyant du quartier de la Beaucaire ne suffit pas à masquer la violence endémique, la misère sociale, les heurts à chaque passage de la police, systématiquement caillassée. François Lévy, pharmacien, est l’un des rares commerçants rescapés, avec la boulangerie et le tabac-presse, du centre commercial exsangue. « La semaine dernière, des affrontements ont opposé la police aux jeunes de la cité, avec des fumigènes lancés sur les commerces. On a jeté des seaux d’eau sur le début d’incendie. Le lendemain, les policiers sont revenus en tenue d’intervention, c’était Robocop. Une vingtaine de jeunes, plantés devant ma pharmacie, leur tenait tête. Les clients ne pouvaient plus entrer ni sortir. Le groupe s’est dispersé dans les tours et a continué à lancer des projectiles depuis les étages. La police est restée jusqu’à la fermeture et nous a escortés à nos voitures. »

Une bouffée de fièvre

« Depuis la descente des stups, l’an dernier, qui s’est soldée par une trentaine d’arrestations, la cité a plutôt retrouvé son calme », juge François Lévy. Le pharmacien fait aussi fonction « d’assistante sociale, de banquier – quand je prête de l’argent aux clients – et d’écrivain public. »
Beaucaire bénéficie des renforts policiers de la « brigade spéciale de terrain ». Il y a peu, une bande allumait régulièrement des incendies, projetant des conteneurs enflammés contre les façades du commissariat voisin. Des adolescents ont été interpellés, âgés de 15, 14 et… 9 ans. « Cet hiver, des jeunes bloquaient l’entrée de mon officine, empêchant toute activité. Evidemment, le chiffre d’affaires s’en ressent… » François Lévy ne se décourage pas. Il s’est allié à d’autres professionnels de santé pour constituer un pôle médical à 200 mètres de l’entrée du quartier. Une délocalisation symbolique. Suffisante, espère-t-il, pour alléger la pression de la cité.

M.-L. H., Juliette Demey et Gilles Carvoyeur
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Réactions à cet article2 commentaires

  • Par aladine, le 9 juin à 08:27

    aladine
    jusqu'ou allons nous?

    jusqu'où allons laisser faire les choses ,j'ai un frère qui vivait a sevran il vient de fuir!!!a 47 ans il a tous lâché,20 années a suffit pour le détruire moralement ,parler en banlieue c'est signer un contrat de cauchemar ou même sa vie,une mafia ,une vraie ,combien de tournantes restes dans le silence ,d'agressions de vente de cannabis de trafic de tous genre ?j'ai connu sevran a la fin de sa construction (un paradis)magnifique,tous le monde rêvais d'y vivre,et les racailles ont tous détruit par jeux, les politiques essaye d'oublier ces êtres humains qui souffres en silence car parler c'est votre vie qui est en jeux!!! sans avoir l'étoffe d'un grand écrivain,et aucun diplôme un jour je me suis dit (écris la vérité la vrais sur les banlieue celle que l'ont cachent)justice ou te cache tu?(une personne sur un site m'a dit (tu nous redonne espoir)voila j'ai gagnée la voila ma récompense (origine émigrée française)j'avais envie de parler sans entendre OH!!RACISME ,mal vendu car mal proposé mais tant pis j'ai gagnée ,il était temps de dire tant de choses cachées aux français sur nos fameuses bandes de racailles de banlieues ,défendre l'honneur des gens qui y vivent et qui y souffres



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  • Par Sergei22, le 9 juin à 10:48

    Sergei22
    Edifiant !

    C'est à la fois intéressant et inquiétant cet article. Mais le problème reste entier : que fait la police, et plus généralement l'état ? Quelle est la solution : l'armée, le FN, la politique de l'autruche ? Pourtant, il va falloir que ça bouge sérieusement et vite, car je ne me verrais pas à la place des honnêtes gens qui ont envie de vivre tranquilles, si on peut estimer avoir une vie paisible dans une cité...



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Publié : 09/06/11 - 07h30
Mis à jour : 20/06/11 - 20h13
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