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Trajet maison-travail : La proximité fait-elle le bonheur ?

Société


Michèle, Françoise et Sylvaine travaillent au Crédit agricole d'Ile-de-France, à Paris. L'une vit en province, l'autre en banlieue, la dernière à Paris. Malgré les galères, aucune ne souhaite changer de lieu de vie. Elles racontent leur quotidien et expliquent leur choix.

  • 5h30, Michèle quitte sa maison pour attraper le train vingt minutes plus tard à Auxerre <em>France Soir</em>
  • Trop lents, trop remplis...les bus de l'est parisien subissent les foudres de Sylvaine <em>France Soir</em>
  • Françoise se prépare à lutter pour trouver une place assise dans son RER A <em>France Soir</em>
  • Après un trajet allant de trois quarts d'heure à deux heures et demi, Michèle, Françoise et Sylvaine ont rallié leur agence <em>France Soir</em>

34 minutes en Ile-de-France, 19 en province : c’est la durée moyenne du trajet domicile-travail, selon la dernière étude de l’Insee et du Syndicat des transports d’Ile-de-France. Du simple au double ! Pour certains, c’est même plus. Un Francilien sur cinq met ainsi plus d’une heure à se rendre à son bureau, contre seulement 4 % des provinciaux. Au-delà du temps perdu en transport, les Français se plaignent du stress engendré : trains bondés, voyage debout, embouteillages, pollution… Pour 60 % des habitants de l’Ile-de-France, ce trajet « domicile-travail » se place même en tête des sources de désagréments, selon un récent sondage. Le pire, à leurs yeux ? L’entassement des voyageurs et les retards. Cet hiver, excédés, les usagers des réseaux régionaux ont mené une inédite « grève des billets », pour protester contre la dégradation des conditions de transport.

Difficile en effet d’accepter ces retards quand ces trajets représentent 10 % de votre salaire, comme c’est le cas pour 8 % des actifs. Jusqu’ici, les Franciliens se consolaient : ils bénéficiaient tous d’un remboursement de la moitié de leur abonnement par leur entreprise. Mais le 22 mars, le tribunal de grande instance de Paris a rendu un jugement qui inquiète les associations. Il autorise l’employeur à refuser ce remboursement lorsque la région du lieu de travail est différente de celle du domicile. Au même moment, la région Centre prend le contre-pied. Elle a décidé d’assumer une partie des coûts de transport des abonnés qui se rendent à Paris pour travailler, ramenant le prix d’un Orléans-Paris à environ 2 €…

Pour mieux comprendre l’impact de ce trajet quotidien dans la vie des Français, nous avons comparé les parcours de trois collègues de la même entreprise. Michèle dans l’Yonne, Françoise en Seine-et-Marne, Sylvaine à Paris. Bilan des courses ? Aucune d’entre elles ne troquerait sa place. Elles nous expliquent pourquoi.

Michèle Mathieu

56 ans, technicienne confirmée en import-export.
Depuis douze ans, Michèle ouvre l'œil à 4 h 30. Elle file à la gare d'Auxerre et s'engouffre dans « le suppositoire », le surnom donné à la navette pour Laroche-Migennes. Ensuite, direction Paris. Elle connaît tout de ce trajet : les contrôleurs, les wagons, le siège où tel ami s'assied le lundi... Avec la flambée de l'immobilier, ils sont désormais « plus de 50 à monter à Auxerre, contre une dizaine auparavant », estime-t-elle. Et le service s'est dégradé. En février, avec d'autres membres de la Fédération active des usagers voyageurs de Bourgogne (FAUV), Michèle a fait la « grève des billets ». Marre des horaires modifiés sans concertation et de la suppression des trains directs pour Paris. Marre des retards à répétition. Marre des 49 jours de grève de la SNCF l'an dernier, qui lui ont coûté cher en essence malgré le covoiturage organisé entre voyageurs. Pourtant Michèle a choisi cette vie à la campagne. Elle ne supportait plus de passer la semaine en banlieue parisienne, dans une résidence, pour rentrer le week-end à Auxerre, où son mari travaillait. En 1999, le couple a donc acheté une maison à Augy. Michèle y habite seule depuis le décès de son mari. Et malgré « les galères et la fatigue », elle ne quittera plus la Bourgogne : « Financièrement, et en qualité de vie, je n'aurai jamais ça ailleurs. » Ici, elle peut s'occuper de sa mère, voir sa fille et jouer la nounou pour ses deux petits-enfants. Et au fil des ans, elle s'est créé une seconde famille : sa « centaine » d'amis du train, avec qui elle partage barbecues, mariages et soirées au resto. « Chaque matin, j'embrasse 50 personnes dans le wagon ! On éteint la lumière et on s'assoupit. On n'est pas stressés comme les banlieusards. C'est très paisible. »

Domicile : maison de 6 pièces, à Augy (Yonne). Distance lieu de travail : 200 km. Trajet : départ en voiture à 5 h 30 d'Augy. Train de 5 h 53 à Auxerre, arrivée à La Roche-Migennes à 6 h 08. Train Corail de 6 h 13, arrivée à Paris-Bercy à 7 h 44. Au bureau à 8 heures. Durée AR : 5 heures. Salaire net : 2.100 €. Transport : forfait à 267,90 € (dont 61 € remboursés). Logement : 218 € (crédit immobilier).

Françoise Boubaker

56 ans, analyste financière.
Lorsqu'elle arrive à la gare de RER, Françoise, plutôt discrète et apprêtée, se mue en furie. « Je vois le train, je cours. Comme un mouton. C'est un réflexe ! Parfois je reprends mes esprits et j'attends le suivant. » Malgré trente ans d'expérience dans le RER A, elle s'étonne encore de la violence de ce combat pour trouver une place. « Les gens en viendraient aux mains. Ça crie, ça se bouscule. Hier je suis tombée dans l'escalier. » Sa technique ? Se glisser devant au dernier moment. « Ensuite, tout le monde pousse derrière. Du coup, vous rentrez ! » Le matin, son mari la conduit en voiture à la station Val-d'Europe. Ce n'est pas la plus proche, mais cela augmente ses chances de dénicher un siège. « Ce matin, malgré un RER à deux étages, on était tous debout. Et on a eu 30 minutes de retard. C'est habituel. » Françoise égrène les défaillances : rupture de caténaire, incident voyageur, et même « conducteur en pause cigarette » ! A l'arrivée, déjà en retard, il faut en plus faire la queue au guichet pour glaner les précieux « tickets de retard » à présenter à son employeur. En fin de semaine, certains salariés totalisent 30 minutes à rattraper. Le matin, c'est un sujet de conversation récurrent. Mais jusqu'ici, aucun mouvement de revendication n'a émergé. Selon Françoise, la solidarité entre banlieusards s'est délitée au fur et à mesure que le service se dégradait. « Au final, on est plus fatigués par le transport que par le boulot. » Pour autant, elle ne « supporterait pas » la vie parisienne. Elle aime savourer chaque week-end le calme de son pavillon, avec son mari, jeune retraité, et le benjamin de ses quatre enfants. Elle y accueille aussi ses six petits-enfants. Elle brode, elle coud. « Au moins, j'entends les petits oiseaux, je souffle. »

Domicile : maison de 5 pièces, à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne). Distance lieu de travail : 30 km. Trajet : départ 7 h 30 en voiture. Train à 7 h 46 à la gare Val-d'Europe RER A. Arrivée gare de Lyon à 8 h 30. Au bureau à 8 h 35. Durée AR : 2 à 3 heures. Salaire net : 2.200 €. Transport : Pass Navigo 5 zones 101 € (dont 50 € remboursés). Logement : 1.000 € (crédit immobilier).

Sylvaine Conet

51 ans, assistante commerciale.
Sylvaine se sait « privilégiée » : elle fait partie des « 20 % d'employés de la boîte » vivant à Paris. Née dans la capitale, elle y a toujours vécu, même lorsqu'elle travaillait dans une agence de banlieue. Aujourd'hui, avec sa fille de 9 ans, son fils de 17 ans et son mari, ils habitent un trois-pièces près du Père-Lachaise (nord-est de Paris). Ils paient un loyer modeste grâce au 1 % patronal de l'entreprise de son mari. « Sans ça, on aurait dû partir en banlieue. Et pour mon mari qui est né au pied des tours, c'est inenvisageable. Paris, c'est réservé aux riches. Nous, les classes moyennes, on paie pour tout le monde. » Le matin, après un crochet par la place de la Nation pour déposer à l'école sa fille, Sylvaine prend le bus. Ce n'est pas l'option la plus rapide, mais depuis qu'elle a subi quatre braquages derrière le guichet, elle est claustrophobe et le métro l'angoisse. Consciente de sa chance, Sylvaine aime bien râler. Contre le « délaissement de l'Est parisien et des quartiers populaires en matière de transports », alors que « dans l'Ouest, les bus passent toutes les quatre minutes ». Contre le bus 57, trop lent. Contre le bus 61, qu'elle attend plus de 20 minutes pour rentrer le soir, et qu'elle juge « pire qu'un wagon à bestiaux ». « Les gens sont collés, ils s'insultent. Avec les poussettes et les valises de ceux qui montent gare d'Austerlitz et gare de Lyon, impossible de s'asseoir. Comment voulez-vous que les gens délaissent leur voiture ? », soupire-t-elle. En Parisienne pure souche, malgré ces désagréments, Sylvaine ne se voit pas déménager. S'il le fallait, elle se tournerait vers une petite métropole de province, « pas un trou ». Ou pourquoi pas, « carrément à l'étranger ».

Domicile : appartement 3 pièces de 65 m2, à Paris XIe. Distance lieu de travail : 3 km. Trajet : départ à 8 h 10. Métro ligne 9 de Voltaire à Nation. Dépose sa fille à l'école. Bus ligne 57 jusqu'au bd Diderot. Bus ligne 20 jusqu'à rue de Bercy. Au bureau à 9 heures (au retour, bus 61, arrive chez elle vers 18 h 45 ou 19 heures). Durée AR : 1 heure 15 à 1 heure 30. Salaire net : 2.200 €. Transport : Pass Navigo 2 zones 76 € (dont 38 € remboursés). Loyer : 650 €. 

Juliette Demey
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Réactions à cet article1 commentaire

  • Par NEWS, le 21 avr à 23:22

    NEWS
    PROXIMITE

    PEUT IMPORTE OU L ON HABITE PAR RAPPORT A SON LIEU DE TRAVAIL L ESSENTIEL EST D Y TROUVER SON COMPTE

    MOI PERSONELLEMENT J HABITE ET JE TRAVAILLE A PARIS CELA ME CONVIENT TOUT A FAIT



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Publié : 20/04/11 - 06h46
Mis à jour : 20/04/11 - 06h50
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