Résultats Présidentielle 2012

» S'identifier
Lundi 23 juillet, 19:41
Accueil > Actualité > Société > Syrie : Un photographe de guerre raconte ce métier à risques

Syrie : Un photographe de guerre raconte ce métier à risques

Révolte en Syrie


Corentin Fohlen est journaliste photo et se rend régulièrement sur des théâtres de conflits. Il raconte son métier.

Corentin Fohlen ici au Congo, en 2008.
Corentin Fohlen ici au Congo, en 2008. DR/Lucas Dolega


Photoreporter. C'est la profession que Corentin Fohlen, 30 ans, a choisi d'épouser il y a sept ans maintenant. « J'ai commencé par couvrir des manifestations et des événements politiques en France. Et petit à petit, je suis parti à l'étranger. » Lui ne se dit pas photographe de guerre. Il trouve plus juste de dire qu'il se rend « là où l'Histoire se fait ». En quelques années, il a couvert la révolte des Chemises Rouges en Thaïlande, les combats politiques au Congo, les manifestations anti-CPE à Paris, le seïsme en Haïti, et d'autres théâtres d'événements.

Des héros discrets

Ces derniers jours, ses confrères sont au centre de l'attention médiatique. Un rôle détestable pour ces hommes et ces femmes toujours derrière leur objectif ou leur carnet de notes, car généralement porteur de mauvaises nouvelles. Remi Ochlik, photoreporter français, a été tué mercredi dans le bombardement de l'immeuble où il se trouvait à Homs, épicentre d'un sanglant conflit en Syrie, tout comme Marie Calvin, grand reporter américaine. Edith Bouvier, grand reporter du Figaro a elle été blessée à la jambe et a lancé un appel sur YouTube afin d'obtenir un cessez-le-feu pour pouvoir être évacuée et opérée.

Un métier sans règles

Méconnu du grand public, le métier de photoreporter dans les zones sensibles du globe véhicule une grande part de mystère. Et pour cause, il y a peu de règles qui tiennent : « Tout dépend de la situation », résume Corentin. « Quand je décide de partir, je ne prépare généralement pas très longuement le voyage, car depuis Paris, on ne peut pas faire grand chose. Toutes les infos se prennent sur le terrain. C'est un métier qui demande de pouvoir s'adapter très vite », raconte-t-il. Lui rentre souvent dans le pays en tant que touriste, « pour ne pas être refoulé dès l'entrée ». « Sur un conflit ou une zone de révolte, on est de toute façon rarement les bienvenus, que ce soit en France, en Chine, ou ailleurs. »

Sur place, « quand on arrive en début de situation de conflit, il y a rarement de zone reservée à la presse, où tous les journalistes se retrouvent. Cela s'organise au fur et à mesure. En Libye, au début, nous étions assez libres. On pouvait suivre les insurgés, monter sur leur pick-up à la volée. Puis, ils ont commencé à contrôler le flux de journalistes en délivrant une sorte de carte de presse. En Afghanistan, où le conflit dure depuis dix ans, tout est déjà très encadré. En fait, cela dépend beaucoup de l'ancienneté de l'événement, de la culture, de la notion de liberté de la presse dans le pays... »

Corentin le reconnaît, c'est un métier très individualiste car « chaque photographe a ses contacts, une agence pour qui il travaille », mais l'entraide est très forte. Une solidarité nécessaire pour assurer leur sécurité mais aussi pour garder le moral. « On se soutient, on partage un taxi ou une chambre pour réduire les frais, on se retrouve le soir à l'hôtel pour partager. Dans une situation où nous ne sommes pas les bienvenus, il faut éviter d'être seul : on pourrait se faire enlever ou être blessé sans que personne ne le sache, et on a plus de poids à plusieurs face aux forces de l'ordre par exemple, qui ont plus de scrupules à nous arrêter si nous ne sommes pas seuls. »

"Le photographe n'a pas le choix, il doit être au coeur du sujet"

Quel que soit le pays, la profession comporte des risques. Une explication peut-être, sûrement, à la non-mixité. « C'est un métier à 95% masculin, tandis qu'en presse écrite ou en radio, il y a beaucoup de grands reporters femmes, confie Corentin. C'est un métier très dur physiquement où on doit se donner à fond sur le long terme et où on est très exposés. Une équipe de télévision peut ramener des images prises de loin. Un journaliste en presse écrite peut rester dans les rues adjacentes si il y a des tirs. Le photographe, lui, n'a pas le choix. Il doit être au coeur du sujet, auprès des gens, pour prendre la photo. »

Pour se protéger, il y a bien sûr le brassard « Presse », porté autour du bras, le gilet pare-balles, le casque... Mais ce ne sont pas toujours des solutions idéales. « Le gilet peut peser jusqu'à 15 kilos. Au bout de 200 mètres, si tu dois courir avec, tu es essoufflé. Le brassard, on le met quand on veut être moins exposé, au coeur d'un conflit. C'est une sorte de drapeau blanc : « Attention, je ne suis qu'un photographe, je ne fais pas partie d'un camp ou d'un autre ! »»

Peu de "têtes brûlées"

Dans cette jeune génération qui vient de perdre l'un des siens, Rémi Ochlik, il y a peu de « têtes brûlées ». « On ne roule pas des muscles et des cicatrices pour impressionner les minettes. Les risques sont inhérents à notre mission, mais on est constamment dans l'évaluation de la sécurité. Rémi et Marie (les deux journalistes morts mercredi en Syrie, NDLR) étaient dans un immeuble, à l'abri, quand ils sont morts. Ils n'ont pris aucun risque insensé, ils n'ont pas commis d'erreur d'évaluation. Ou alors cela reviendrait à dire à un pompier qu'il prend des risques lorsqu'il va éteindre un incendie ! »

Pour évoluer dans ces lieux souvent difficiles d'accès, les journalistes collaborent souvent avec la population, et avec des « fixeurs », des gens qui leur viennent en aide pour les guider et servir d'interprète. « Pour certains, c'est un métier, comme en Irak ou en Afghanistan. Mais pas toujours : en Libye, mon chauffeur était un étudiant en école d'économie. Pour ma part, comme je pars souvent à mes frais, j'improvise sur place, avec les gens du coin. Quand ils ne parlent pas anglais et qu'on ne parle pas leur langue, un geste, un regard, peuvent suffire à se faire comprendre », explique Corentin.

Indépendant et travaillant en free-lance, comme beaucoup dans ce milieu, Corentin regrette que la profession prenne tant du plomb dans l'aile ces derniers temps. « La crise nous touche de plein fouet. Depuis l'apparition d'Internet, l'information circule très vite, et les médias envoient moins de gens, ils travaillent directement avec des correspondants sur place. Cela coûte moins cher. La photographie représente le deuxième budget dans un journal, et quand il faut faire des économies, ça coupe souvent dans ce domaine... » Autant de difficultés et de risques qui pourtant sont loin de décourager les photoreporters. Des gens passionnés, forcément.

 


Lucas Dolega n'avait que 32 ans lorsqu'il a été tué en janvier 2011 dans les rues de Tunis, alors qu'il photographiait les émeutes. Photoreporter brillant, il a été touché à l'oeil et est décédé de ses blessures. Ses amis et sa famille ont voulu honorer sa mémoire et saluer son travail journalistique en créant une association, l'Association Lucas Dolega. Chaque année, l'organisation remettra un prix destiné à récompenser un photojournaliste pour un reportage photographique « traitant d'une situation de conflit (guerres civiles ou militaires, émeutes, attentats ou manifestations publiques), d’une catastrophe naturelle ou sanitaire, de leurs conséquences pour les populations civiles. » Corentin Fohlen est vice-président de l'association. La photo qui illustre l'article avait été prise par Lucas Dolega, lorsqu'ils avaient couvert tous deux les conflits politiques sanglants au Congo, en 2008.

Par Alexandra Gonzalez

Réactions à cet article4 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 25 fév à 10:10

    Anonyme-77656
    bof

    Vous y allez et vous nous ramenez beaucoup de photos et si ça se passe mal vous faites le mort,euhhh comment?pour de vrai?vous verrez sur place c'est mieux que d'en parler.



    Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 25 fév à 16:29

    Anonyme-77656
    @réactif19 Rien compris à

    @réactif19

    Rien compris à votre commentaire…



    Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 25 fév à 16:30

    Anonyme-77656
    bof

    @réactif19

    Rien compris à votre commentaire…



    Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 26 fév à 14:01

    Anonyme-77656
    @Karay

    Si vous n'avez rien compris,eh bien,

    Je n'y suis pour rien,il ne faut vous en prendre qu'à vous même!Vous ne comprenez rien,que voulez vous que j'y fasse!



    Signaler un abus  
Publié : 24/02/12 - 18h38
Mis à jour : 24/02/12 - 19h06
  • Texte plus grand
  • Texte plus petit

SUIVEZ FRANCE SOIR SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX


FranceSoir l'e-mag en PDF
FranceSoir l’e-mag a 1 an
N° anniversaire gratuit à découvrir en PDF
Télécharger

France-Soir sur Facebook

Plus d’articles


Dernières vidéos

Audiences TV : Taxi est loin devant

» Voir toutes les vidéos

Les derniers commentaires

    Les membres les plus actifs

    • HeyBaal HeyBaal, le 26 jui à 17:29

      288500 points
      5570 commentaires

      En savoir plus sur HeyBaal


    • nellyolson nellyolson, le 21 sep à 19:55

      203400 points
      3716 commentaires

      En savoir plus sur nellyolson


    • Bluesun Bluesun, le 26 jui à 17:21

      155550 points
      2987 commentaires

      En savoir plus sur Bluesun


    • pasloi pasloi, le 3 mai à 21:48

      150550 points
      2433 commentaires

      En savoir plus sur pasloi


    • Jakyburn Jakyburn, le 20 avr à 21:02

      99900 points
      1686 commentaires

      En savoir plus sur Jakyburn


    Quiz

    Testez vos connaissances

    Quiz Info : Insolites, Retraite, Football et Hollande


    Actu du jour en image

    Horoscope Quotidien 2012

    Minute Trente de Montvalon

    TV Tout sur Secret Stroy 6

    Faits Divers Les maisons de l'horreur