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Handicap - Yann a choisi de vivre

Médecine


La Semaine pour l’emploi des handicapés commence aujourd’hui, lundi. France-Soir a rencontré Yann Thomas qui, dans son fauteuil roulant, fait face en souriant à l’image que lui renvoie la société. Témoignage.

C’est l’histoire d’une petite gueule d’ange, indocile et casse-cou, qui a fait une grosse bêtise. Le 17 juin 1991, alors qu’avec son frère il attend, comme chaque matin, à la station Javel à Paris, le RER qui les emmène au collège, il s’amuse, comme chaque matin, à attraper celui-ci au vol, lorsqu’il déboule à pleine vitesse. Ce jour-là, il rate son coup et la machine infernale broie son corps de 12 ans. Un bras arraché. Une jambe amputée au-dessus du bassin. 37 opérations en quatre mois. 189 litres de sang transfusés. 3 arrêts cardiaques. 3 semaines d’anesthésie continue. La litanie des souffrances de Yann Thomas pourrait figurer au Guiness Book des records.

Dix-huit ans plus tard, la gueule d’ange s’est affermie mais les yeux restent vifs et malins et le sourire enfantin. A peine remarque-t-on un léger durcissement des traits, témoin de son histoire douloureuse, au sens propre.

L’homme qu’est devenu Yann, 31 ans, agite joyeusement en parlant son moignon gauche et son gigantesque bras droit, tentaculaire : « dans celui-là, j’ai la force des deux ! » lance-t-il d’un air de défi. Il suffit de lui serrer la main pour s’en assurer. Une main agile qui est la garantie de son autonomie.
Les sourires compassionnels

Yann vit seul dans un appartement HLM du XVe arrondissement. Dans le quartier, chacun salue le petit bonhomme tassé sur sa chaise. Petit à cause des bouts qui lui manquent. Grand par sa générosité et sa philosophie heureuse. « Apprendre à vivre mon nouveau corps a été difficile, reconnaît-il. Apprendre à vivre mon image, ça a été bien pire. Il y a un tel décalage avec ma réalité ! » Il raconte les regards, les « sourires compassionnels ratés ». Il en a souffert. Beaucoup. « Je suis difficile à regarder, assène-t-il. Aujourd’hui, j’ai compris que ce n’est pas moi, Yann, qui suis visé. C’est le handicap. Pour les gens, handicap égale souffrance et dépendance. Ça fait peur. Mais se conformer au rôle que les autres vous assignent, c’est se diminuer encore plus. »

Tout en allant et venant, roulant avec une folle dextérité entre les meubles de son appartement, il raconte ce voyage en Ethiopie, une étape charnière pour lui : « Cette image d’handicapé, qui m’accablait en France, a disparu là-bas. Le niveau de souffrance des Ethiopiens est tel qu’ils ne me regardaient même pas. C’est notre société qui, à force de nous protéger, rend toute idée de souffrance intolérable. »

Un quotidien de son âge

Chez celui-là, le bonheur est une volonté. S’il a choisi de vivre plutôt que de mourir l’année de ses 12 ans, c’est pour en profiter à chaque instant. Au quotidien, il vit comme tant de trentenaires parisiens. Se rend au boulot en voiture, a des histoires d’amour et d’amitié, écrit des poèmes et slame sur des scènes underground. Sportif, il fait de la plongée sous-marine et du tennis de table, va commencer le sabre japonais et le parachute.

Dur de trouver du travail ? Non. « Je sais que la discrimination à l’embauche existe, mais je n’y ai jamais été confronté. » Entré à 25 ans comme gardien au musée du Louvre, Yann a même été reçu premier sur 3.600 candidats. Il faut dire que lorsque, lors de l’entretien, on lui demande ce que signifie pour lui la « Mission de service public », il répond tout de go : « C’est ce qui m’a sauvé la vie ! » et de nous détailler, références platoniciennes à l’appui, la façon dont la République, « au sens le plus noble du terme, la “chose collective” », a façonné un système de santé performant et gratuit. « Un matin, je suis passé sous un train, et la société m’a ramassé. Il n’y a qu’une dizaine de pays sur Terre ou j’avais une chance de survivre. La France en est un. »

Yann tient d’ailleurs à rendre hommage à l’hôpital Necker des enfants malades et au centre de rééducation fonctionnelle de Kerpape (Lorient) ou, quatre années durant, il a réappris tous les gestes de la vie : « Des endroits comme ceux-là peuvent rendre l’humanité fière d’elle-même. »

Mais l’heure tourne et la conversation s’achève. Yann doit travailler. Il prépare un concours interne afin d’évoluer dans la hiérarchie du Louvre pour devenir gestionnaire des Ressources humaines. Bonne chance à toi, Yann. En ce qui concerne les ressources humaines, tu es un expert.

Découvrez aussi Yann le "slameur", un poète qui fréquente les scènes de poésie publiques de Paris :
Yann (vidéos de slam issues notamment du site Slamophone).

Découvrez aussi le "Voyage de Yann" en association avec Bernard Thomas


Par Marie Marvier
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Publié : 15/11/10 - 10h23
Mis à jour : 15/11/10 - 20h06
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