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Karim Achoui : “J’ai chuté. Pourrai-je, un jour, me relever ?”

Littérature


Karim Achoui a présenté lundi à France-Soir son livre qui paraîtra mercredi. C'est un témoignage bouleversant sur ses 52 jours de détention. C'est aussi un coup de gueule contre la justice et l'univers carcéral.

Karim Achoui, qui pour l’instant ne peut plus plaider, se consacre cependant aux autres. Aux détenus, par exemple, qui n’ont pas, comme lui, une famille aimante et des amis influents pour l’aider à crier leur innocence. Dans un livre écrit d’après ses notes de détention, il expose ses 52 jours au quartier d’isolement de Nanterre. Il ne témoigne pas pour parler de lui – ce que ses détracteurs diront – mais pour dénoncer l’univers carcéral, notamment, et porter haut la voix d’hommes que l’on écoute rarement, que l’on n’entend même pas : les prisonniers lambda. Un livre poignant, parfois bouleversant, un sérieux coup de gueule, aussi, contre les magistrats qui se sont acharnés à le priver de sa liberté, de son honneur, de son métier. A France-Soir lundi, il a présenté son livre, en librairie mercredi. Il dit aller bien, faire plein de choses, prendre le temps d’aimer son fils et ses parents. A sa question mille fois posée en cellule – « pourrai-je un jour me relever ? » –, il a répondu. « Oui car après la mort, il y a la vie. »

Le verdict

Lundi 15 décembre 2008 à 0 h 30, l’escorte de gendarmes l’appelle encore maître. Depuis deux mois et demi, l’avocat Karim Achoui est jugé par la cour d’assises de Paris pour sa participation supposée à l’évasion du braqueur Antonio Ferrara. Il a toujours clamé son innocence et l’accusation a admis n’avoir aucune preuve, juste « une conviction » ; l’avocat général a d’ailleurs abandonné une partie des poursuites. « Pressé de retrouver mon honneur, je ne cesse de me répéter qu’il y a une justice en France qui va me le rendre. » Il attend. « J’entends défiler des noms. Et d’autres noms. Le mien ne vient pas. Les peines vont en s’aggravant. […] Je suis effondré. » La sentence tombe : sept ans de prison. « Dans un brouillard d’incompréhension et de désespoir, je me cramponne à ce qui m’apparaît comme une monstruosité. » Il est arrêté à l’audience.

Le transport des condamnés

A 3 heures, il attend toujours une geôle au sous-sol du Palais. A 6 h 10, il est jeté dans le fourgon cellulaire qui transporte les condamnés, menotté dans le dos et aux pieds. « Une cagoule m’est placée sur la tête […] Dans la cage de fer, je suis ballotté et secoué. Je ne peux me rattacher ni m’agripper à rien […] Je suis pris de nausées et je vomis. » Le fourgon arrive à Nanterre. « Je reste dans ma cage, mes fers et mon vomi pendant vingt bonnes minutes […] Je suis enregistré, photographié, affublé du numéro d’écrou 31.208 et fouillé intégralement. C’est-à-dire avec le doigt du gardien dans le trou du cul. »

La cellule

Karim Achoui est incarcéré au quartier d’isolement. « Je me trouve confronté à l’horreur. Les murs sont jaunis, le sol est en béton, la fenêtre est aveugle avec un battant cassé laissant le froid entrer. La cellule abrite un lit métallique de 1,80 m de long sur 60 centimètres de large scellé au mur, garni d’un matelas en mousse de 10 centimètres d’épaisseur. » Un espace de 6 ou 7 m2. « Je pense à mon fils chéri que j’aime plus que ma vie. Et là, alors, dans cet épouvantable réduit, sous la lumière blafarde, dans cette cellule couleur de jaune d’œuf pourri, j’ai froid, je grelotte et je pleure. »

Les soutiens

En l’un de ses gardiens antillais et en l’infirmière Mélanie, il a trouvé « un début de chaleur humaine » et « un rien de considération ». Il leur en sait gré. Amélie Bulté, les deux Francis – Szpiner et Pudlowski –, Jean-Marc Florand, David et Maurice Missistrano sont quelques-uns de ses fidèles défenseurs, qu’il remercie. Le soutien de Me Thierry Herzog, avocat du président Sarkozy, l’a ému, comme la chronique courageuse de son confrère Gilbert Collard, dans France-Soir. Me Achoui rend aussi un hommage bouleversant à ses parents.

Les magistrats

La partialité de Janine Drai qui présida les débats est dénoncée. « Je savais bien, et tout le monde le monde le savait avec moi, la quasi-totalité des journaux l’ont écrit, que la présidente Drai cherchait absolument à me coincer […] Les premières fuites concernant le délibéré du jugement commencent à apparaître et il m’est rapporté que, dès le premier soir, une violente dispute a éclaté entre la présidente et certains jurés. La mise en pièces a débuté par la lettre A, comme Achoui. » Plus surprenant, le soutien manifesté par le magistrat Anne Vosgien : « Comment interpréter la démarche de l’avocate générale à l’audience […] venue à l’issue des débats me dire devant mon avocat Me Szpiner : Me Achoui, je suis désolée, j’espère de tout cœur que vous vous en sortirez, bon courage et bonne chance ! »

Le quotidien

A partir de 22 heures, ses six voisins du quartier d’isolement, « plutôt sympas », mettent leur musique à fond, hurlent pour s’entendre. Les WC fuient. Télévision en panne. Trois douches par semaine. Pas de chauffage. Freddy, un compagnon d’infortune, lui conseille d’utiliser la plaque chauffante comme radiateur. Après chaque parloir, il faut subir une fouille complète, « nu dans une pièce glaciale ». « On se baisse et on a droit à un toucher rectal. » Après sept jours de détention, « les toilettes de la cellule ne fonctionnent toujours pas […] Les conditions de détention, aujourd’hui, sont aussi inhumaines que dégradantes et tout est fait pour transformer l’homme en animal féroce. »

La grève de la faim

Au 8e jour de privations, il a perdu 7 kg, les douleurs à l’estomac sont de plus en plus violentes. « Une nouvelle migraine épouvantable s’est emparée de moi et j’ai envie de vomir. Je saigne toujours de la bouche, ce qui me laisse un goût détestable sur la langue. Mes yeux se ferment… » Plus tard, la douleur gagnera « le bas-ventre, la vessie et les reins », comme le lui a annoncé l’infirmière qui l’examine chaque jour.

L’univers carcéral

« La plongée en apnée » dans une prison française permet à l’avocat de prendre conscience de la vie des détenus, qui devraient être seulement privés de liberté. « Derrière les barreaux, ils ont froid […] Les cellules sont précaires, immondes, crasseuses, infectées, moisies, sans équipement, sans isolement, sans veilleuse. Le couchage est indigne […] La violence est omniprésente, se manifeste par des cris permanents […] Chaque heure, la lumière est allumée et tombe du haut de la cellule (… Les cafards grouillent près des points d’eau et des fenêtres par centaines… »

Numéro écrou 31.208, de Karim Achoui, en collaboration avec Henri-jean Servat, collection documents Le Cherche-Midi, 220 pages, 10 euros.
Par Isabelle Horlans
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