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Meurtres de la RN 20 - Une famille veut relancer l’enquête

Faits divers


Un quart de siècle après la mort de quatre jeunes femmes, le long de la nationale 20 dans l’Essonne, les proches de la dernière victime luttent contre la prescription qui a permis la remise en liberté d’un suspect.

Un crime atroce, un ADN inespéré des années plus tard, un suspect. Mais aucune poursuite. Le meurtre de Pascale Lecam est-il voué à rester aux archives, rayon « affaires non élucidés » ? Il y a peu, une sœur de cette jeune femme tuée dans un champ de l’Essonne, a « missionné » le cabinet d’avocat Seban « pour intervenir dans le dossier », et le sortir de l’ornière. Afin de, peut-être, démasquer un tueur en série.

Le 7 août 1983, à Bruyères-le-Châtel, un agriculteur découvre le corps d’une femme brune, dénudée. Elle n’aurait pas été violée, mais torturée au tournevis et achevée à coups de pierre. Pascale Lecam, 21 ans, Bretonne de Carnoët (Côtes-d’Armor), terminait ses études. Cet été-là, elle était « montée » quelques jours à Paris, pour décompresser chez une de ses sœurs. Après Michèle Coutura, Sylvie Le Helloco et Christine Duvauchelle, elle est la quatrième jeune femme retrouvée morte en trois ans dans un périmètre de quelques kilomètres autour d’Etampes et de la RN 20.

La veille à 22 h 30, Pascale Lecam a été vue quitter le Pub Saint-Germain, à Paris, avec un homme qui n’a jamais été identifié. A l’époque, les limiers de la Crim de Versailles s’intéressent à des délinquants sexuels, dont un certain Michel Fourniret. « Nous l’avons entendu en prison », se rappelle un policier. L’« Ogre des Ardennes » ne tuait pas encore. Les heures de planque au Pub Saint-Germain ne donneront rien. Le 30 novembre 1988, un non-lieu conclut l’enquête. Cinq ans et demi après le crime ; un délai qui choque rétrospectivement. Rien n’obligeait le juge d’instruction à boucler aussi rapidement l’enquête. Pire, aucun autre acte n’est fait dans les dix ans, et l’affaire sombre dans l’oubli. Elle est automatiquement prescrite en 1998.

Indices troublants

Tout change en 2006, l’Office central de répression des violences aux personnes (OCRVP), fraîchement créé exhume une série de cold cases à la française, dont ceux de la RN 20. Nombre de scellés ont été détruits. Hormis une enveloppe kraft contenant trois Kleenex, avec des taches qui semblent être du sperme. Les mouchoirs ont été ramassés sur la scène de crime, l’un sous une aisselle de la jeune bretonne, les deux autres à 2,50 mètres du corps. Un ADN masculin apparaît, il est enregistré dans le fichier national des empreintes génétiques. Juillet 2008 : L’ADN « match » avec un homme qui vient d’être interpellé pour des coups et blessures. Philippe L., aujourd’hui âgé de 47 ans, vit de petits boulots. Un marginal, un « traîne-lattes », dit un flic.
Le 14 mai 2009, il est placé en garde à vue pendant trente-huit heures. Le suspect nie mais reconnaît un certain nombre de choses : Oui, il roulait en R5, avec des pneus similaires à ceux qui ont laissé des traces sur le chemin menant au corps. Oui, il connaissait les lieux pour pêcher dans un étang voisin. Oui, il fréquentait le Pub Saint-Germain à l’époque. Oui, il a pu avoir des relations sexuelles librement consenties à Bruyères-le-Châtel, mais jamais avec Pascale. Pour le reste, ce n’est pas lui.

Prudent le parquet d’Evry ne demande pas son défèrement. « La prescription interdit les poursuites, sauf à faire évoluer la jurisprudence », se défend aujourd’hui un de ses magistrats. Philippe L. est remis en liberté sans autre forme. Inacceptable pour la famille de Pascale Lecam. « Ses proches ont beaucoup de mal à parler de ce drame, confie Me Corinne Herrmann. Quelqu’un a été interpellé. C’est impressionnant. » Contrairement à la justice, ils ne peuvent se résoudre à voir le dossier se refermer.

Un tueur récidiviste ?

« Si l’on n’a pas vérifié que le crime s’inscrit dans une série, on ne peut pas affirmer qu’il est prescrit », s’étonne l’avocate qui cite les affaires Emile Louis ou Fourniret, annoncées comme prescrites, et qui ont pourtant été jugées. L’hypothèse c’est que le tueur de Pascale a récidivé et qu’il peut être impliqué dans un dossier plus récent. « Moi je considère que ce n’est pas prescrit, poursuit Corinne Herrmann. Je n’en ai pas la preuve. Il faut une enquête. On n’est pas dans une affaire de vol de mobylette ! Il faut un élément nouveau pour relancer l’instruction, or nous l’avons avec cet ADN. Il faut confier le dossier à un juge. Ce n’est pas le cas, et on ne sait pas pourquoi. »

L’avocate va plus loin : « Les magistrats devraient avoir l’interdiction de fermer un dossier criminel non élucidé. C’est une responsabilité grave de l’Etat. Des criminels sont libres. Et l’on oublie la souffrance des familles, qui est permanente. Contrairement à ce qu’on peut penser, elle s’accroît au cours des années. »
Me Herrmann déplore aussi une certaine « mauvaise volonté du parquet » : « Nous n’avons pas le dossier, on ne peut pas travailler. Nous l’avons demandé en mars au parquet d’Evry, nous avons relancé, sans résultat. Mais nous avons ces difficultés dans l’ensemble des cold cases que nous traitons. »

Il y a peu, les enquêteurs ont « retourné » le dossier au parquet d’Evry, assez pessimistes sur les chances qu’il aboutisse un jour. « C’est carrément prescrit », affirme l’un d’eux. Même si l’affaire laisse un goût amer : « C’est décevant et frustrant. »




Par Brendan Kemmet
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Réactions à cet article2 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 20 nov à 13:30

    Anonyme-77656
    C'est à peu près prescrit?????????

    Une affaire carrément prescrite ne veut pas dire prescrite. M. ou Mme le(a) juge, la victime serait-elle presque morte ? trop facile de classer le dossier en faisant l'impasse sur la douleur des familles et de laisser un crime impuni.



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  • Par Anonyme-77656, le 30 nov à 20:20

    Anonyme-77656
    Impensable!

    J'habite a 10 min de la , croyez moi cette histoire fait froid dansle dos! Je n'arrive pas a comprendre que l'on puisse meme 20 ans plus tard ne pas punir une personne ayant commis de tels actes.



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Publié : 20/11/10 - 09h14
Mis à jour : 20/11/10 - 12h24
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