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JO 2012 : Marlène Harnois, la rose sous le lys

Série : Les sportifs français aux JO de Londres 2012

Exclusif

Chaque mercredi, retrouvez sur France-Soir le portrait d'un athlète français qui s'apprête à disputer les Jeux Olympiques de Londres. Aujourd'hui, Marlène Harnois, championne d'Europe de taekwondo en 2008 et médaillée de bronze aux Mondiaux en 2011.

Née au Québec, Marlène Harnois (à gauche) défendra les couleurs de la France aux JO de Londres l'été prochain
Née au Québec, Marlène Harnois (à gauche) défendra les couleurs de la France aux JO de Londres l'été prochain AFP/Liang Xu/AP
   

Elle n'oublie rien, Marlène Harnois. En ce vendredi ensoleillé de mars, dans le parc aux verdoyants prémices de l'Institut national du sport (INSEP) à Vincennes, où elle est pensionnaire, la jeune femme se souvient être née québécoise puis avoir grandi en France; grandi dans son art, en tout cas, le taekwondo. Ce sport, elle l'aurait lâché, abandonné sur le bord de son chemin de vie si elle était restée au Canada; « là-bas, jusqu'en juniors, les structures sont convenables », explique-t-elle. « Mais dès qu'on passe en seniors, on doit financer nous-même notre participation à des tournois qui se passent parfois en Asie, en Europe... Cela revenait beaucoup trop cher; et c'était trop compliqué. Le niveau scolaire, le suivi médical, tout ça n'avait rien à voir avec ce qui se fait en France, par exemple. Je ne me voyais pas dans ce cadre-là, je n'imaginais pas qu'il puisse m'amener à l'or olympique, mon rêve absolu. Ou alors en étant totalement descolarisée, ce qui ne me convenait pas non plus  », regrette celle qui avait pourtant remporté chaque année, entre 1997 et 2002, les championnats du Canada. Celle qui avait, aussi, brillé aux Mondiaux juniors en 2000, décrochant une médaille de bronze à même pas 14 printemps, dans une compétition ouverte aux athlètes jusqu'à 17 ans. « Alors j'ai décidé d'arrêter », se souvient-elle. « J'ai fait une croix sur le taekwondo, et je n'ai plus fait du sport que pour m'amuser; du skate, du snowboard... Je n'y croyais plus. Mais la France, elle, y a cru pour moi ».

Elle atterrit en France le... 11 septembre 2001

« La France », et plus précisément Myriam Baverel, médaillée d'argent en taekwondo aux JO d'Athènes en 2004, qui n'avait pas oublié la jeune québécoise rencontrée en Provence en 2001. « A 14 ans, j'avais bénéficié du programme de solidarité internationale francophone, et j'étais venue passer un an à Aix-en-Provence. » A son arrivée à Marignane, la Montréalaise découvre un aéroport en état de choc: « Nous étions le 11 septembre! » relate-t-elle, « et les avions venaient de frapper les deux tours du World Trade Center alors que nous étions nous-mêmes en vol. Je ne comprenais rien, je pensais que les gens avaient mal interprété ce qui n'était qu'une fiction. Je me suis dit “mais ils sont fous! En plus je ne comprends rien à leur accent!” », lâche-t-elle dans un sourire vite assombri à l'évocation de la « tragédie », évidemment comprise quelques heures plus tard. A Aix, où elle est toujours licenciée, Marlène Harnois rencontre donc Myriam Baverel, mais aussi Pascal Gentil, la figure du taekwondo en France, aujourd'hui trois fois champion d'Europe et double médaille de bronze aux JO. Puis repart un an plus tard en ayant apprécié son séjour dans l'Hexagone, malgré « des codes, une manière de vivre différents » et des résultats scolaires « forcément compliqués, sauf en anglais », détaille celle qui était déjà bilingue, comme presque tous les Québécois.

J'étais nulle. Nulle, nulle, nulle...”

Retour au Canada donc, et quelques compétitions avant de raccrocher faute d'infrastructures et de suivi convenables. De raccrocher, puis de décrocher à un drôle d'appel, en septembre 2005: « Il était six heures du matin. C'était Myriam (ndlr, Baverel)! Devenue entraîneur, elle m'a lancé un pari fou: “Viens, on te fait un dossier de naturalisation, on part aux JO”. Je lui ai répondu que ça faisait quatre ans que je ne m'étais pas entraînée, que je ne serais pas capable de relever ce défi. Je n'avais même plus que des baskets à talon », sourit Marlène Harnois. « Deux heures plus tard, je la rappelais et quinze jours après, j'étais de retour en France. Et les premiers temps, j'ai eu beaucoup de mal... Le sport avait beaucoup évolué, j'ai galéré. J'étais nulle. Nulle, nulle, nulle... », insiste-t-elle. « J'en prenais plein la tronche, y compris par les mecs, qui, quand ils voulaient se reposer un peu, s'entraînaient contre moi. Chaque jeudi , après les “rounds”, les combats d'entraînement, je pleurais. J'en voulais terriblement à Myriam », s'amuse-t-elle.

Championne d'Europe quelques jours après sa naturalisation

Mais quelques mois plus tard, déjà, Marlène Harnois retrouve le très haut niveau. La jeune femme enchaîne les victoires en Open, puis décroche le titre dont elle est, aujourd'hui encore, « la plus fière ». Quelques jours avant les championnats d'Europe de Rome en avril 2008, Marlène Harnois apprend que sa procédure de naturalisation s'accélère. « J'y suis allée sans même savoir si je pourrais concourir. Le dernier jour avant la clôture des inscriptions, j'apprends que j'ai mes papiers. Pascal (Gentil) m'a mis une pression d'enfer en me “chambrant”, me disant qu'il me fallait maintenant prouver ma valeur. Et puis j'avais l'impression de devoir rendre à la France un peu de ce qu'elle m'avait donné », explique-t-elle. Celle qui est alors Aixoise ne se manque pas: elle décroche la médaille d'or de ce championnat d'Europe, trop tard hélas pour partir à Pékin puisque les qualifications sont déjà passées. Une fracture du cubitus, juste avant les Jeux, l'aurait de toute façon contrainte à y renoncer. « Ce fut le début de deux ans de galère », se rappelle-t-elle. « En deux ans, j'ai été blessée trois fois, avec parfois des complications. Ce fut un moment très pénible; comme tous les athlètes, j'aime avoir le contrôle de mon corps. Dans ces cas-là, il nous échappe totalement. A part attendre, il n'y a pas grande-chose à faire », analyse la Montréalaise. Elle en profite pour passer un diplôme de journalisme et connaît sa première expérience professionnelle chez Conix Consulting, une société de conseil informatique qui l'emploie toujours.

Régime draconien

Mais ces derniers mois, Marlène Harnois ne se laisse pas distraire; elle n'a plus qu'un objectif: les Jeux Olympiques de Londres l'été prochain. Qualifiée depuis janvier dernier, la double championne de France en 2010 et 2011, médaillée de bronze aux championnats du Monde l'an passé, y concourra dans la catégorie des moins de 57 kilos. Une gageure - « maigrir exige de lourds sacrifices et provoque un épuisement physique, notamment dû à la déshydratation »- pour celle dont le poids de forme est à 61 kilos, mais qui n'avait pas vraiment le choix; dans la catégorie supérieure, les moins de 67 kilos, elle n'aurait pas eu « de certitude. C'est déjà suffisamment particulier de préparer des JO, alors autant optimiser ses forces », assure la pensionnaire de l'INSEP. « En moins de 57 kilos, personne ne peut m'arrêter », estime-t-elle. « Ça ne dépend que de moi. Je ne veux surtout pas avoir de regrets; si je gagne, tant mieux, si je me fais battre en ayant tout donné, tant pis. Mais je ne veux pas avoir le sentiment d'être passée à côté de ce qui sera, qu'on le veuille ou non, le combat de ma vie », détaille Marlène Harnois, qui ne se met pas « de pression particulière. Certes, ce sera forcément impressionnant d'évoluer devant beaucoup de public, pour nous qui n'en avons pas vraiment l'habitude; mais je ne vois que du positif dans cet événement, dont je sais qu'il peut changer ma vie », poursuit-elle.

Aux JO... en couple?

« Changer ma vie »? l'expression nous interpelle. Marlène Harnois justifie: « je ne parle pas financièrement, ni forcément médiatiquement, car je suis bien consciente que les médaillés olympiques qui restent dans l'ombre sont plus nombreux que ceux qui capitalisent sur ce succès. Non, je parle de ce sentiment profond d'accomplissement... » Le jeune femme marque un temps. Cherche une image. La trouve: « Vous connaissez forcément ce petit moment de joie que vous ressentez lorsque vous parvenez, du premier coup, à jeter une boule de papier dans la poubelle. C'est ce sentiment, multiplié par un milliard, qui changera ma vie, je pense, si je décroche l'or olympique. Chaque matin je me lèverai avec ce petit sourire-là. Oui, c'est comme ça que je me l'imagine », lâche, dans un sourire et avec seulement une toute petite pointe d'accent québécois, celle qui vivra peut-être une Olympiade bien particulière. Si la fratrie Manaudou s'apprête à se rendre à Londres en famille, c'est en couple que Marlène Harnois pourrait disputer ces JO. La taekwondoiste est la compagne de Samuel Coco-Viloin, qui lui tentera de s'aligner en 110 mètres haies dans la capitale britannique. « Son expérience (l'athlète a déjà couru aux JO de Pékin), comme celle de Myriam ou Pascal, m'aide à appréhender cet événement. Chacun a son vécu, d'ailleurs très différent; c'est ce qui enrichissant », détaille celle qui ne sait pas encore si ces JO de Londres seront ses derniers. « Cela dépendra de ma motivation », précise-t-elle.

Les Jeux, puis un engagement humanitaire?

L'avenir, d'ailleurs, Marlène Harnois n'y pense pas trop; s'écrira-t-il au Canada ou en France? « Je ne sais pas encore », avoue-t-elle, confiant penser à « s'engager un jour dans l'humanitaire pour rendre un peu de ce qu'on (lui) a transmis » . « Il y a un an, je n'aurais pas hésité, je vous aurais dit que je reviendrais au Québec. Mais depuis, j'ai rencontré Samuel », rougit-elle. Et en même temps que l'amour, trouvé une raison de plus de s'attacher à un pays qui lui a « tant donné » sans rien lui faire oublier. « Je me sens Canadienne mais je suis fière de représenter la France », rayonne-t-elle, ajoutant retourner régulièrement se ressourcer à Montréal. « Je me souviens » de ces deux cultures, des apports de ces deux pays, telle pourrait être la devise de Marlène Harnois. C'est aussi celle des Québecois, et la légende, parfois contestée, dit qu'il s'agit du début d'un poème qui se poursuivrait ainsi « Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose », en référence aux couronnes française puis anglaise. La rose? La redoutable compétitrice qui pique quand on l'approche, dans une discipline aussi violente que le taekwondo. Le lys? La jeune femme gracile et souriante en ce vendredi ensoleillé de mars, dans un parc à Vincennes. Qui compte bien voir ses pétales se parer d'or, une fois l'été venu.

 

Mercredi prochain:

Adrien Mattenet, tennis de table

Par Jean Berthelot de La Glétais

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