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Jason Lamy-Chappuis et Martin Fourcade : rencontre au sommet

Ski

Interview

Championnats de France, Championnats du Monde, Coupe du Monde, JO: depuis quelques années, Martin Fourcade (biathlon) et Jason Lamy-Chappuis (combiné nordique) sont n°1 mondiaux et comptent le rester.

Vainqueur de la Coupe du Monde de combiné nordique, Jason Lamy-Chappuis a remporté son troisième gros Globe de Cristal en mars 2012
Vainqueur de la Coupe du Monde de combiné nordique, Jason Lamy-Chappuis a remporté son troisième gros Globe de Cristal en mars 2012 SIPA/Terje Bendiksby

L'un est Champion de France, triple vainqueur de la Coupe du monde, champion du Monde et champion olympique de combiné nordique. L'autre est champion de France, vainqueur de la Coupe du Monde, champion du Monde et vice-champion olympique en biathlon. Pas de doute, Jason Lamy-Chappuis et Martin Fourcade dominent les montagnes françaises. Et pas seulement, puisqu'ils sont tous les deux n°1 mondiaux. En 2012, ils ont tout rafflé et affichent fièrement leurs globes de cristal.

Des palmarès des plus impressionnants, des carrières à couper le souffle et des victoires qui se multiplient. Peu présents dans les médias puisqu'ils excellent dans des sports peu pratiqués en France, ils ont cependant beaucoup à dire sur leurs performances et leurs disciplines, qu'ils pratiquent avec passion depuis de nombreuses années. De passage à Paris,ces champions se sont confiés ce lundi, en toute humilité en dépit de carrières exemplaires.

 

France Soir : Beaucoup de lecteurs ne connaissent pas très bien vos disciplines (le combiné nordique pour Jason et le biathlon pour Martin), pouvez-vous nous en expliquer le principe ?

Jason Lamy-Chappuis : On me dit souvent "ah le combiné nordique c'est le truc avec le tir". Mais non, ça c'est le biathlon ! C'est d'abord une compétition de saut, il faut aller le plus loin possible. On a une note sur la distance et une sur le style ; les deux notes sont additionnées pour donner une note finale. Ensuite on fait une course de ski de fond, avec des pénalités de retard par rapport au meilleur sauteur. Par exemple sur un gros tremplin, 10 mètres de moins que le meilleur sauteur ça va faire 1 minute de retard au départ, et après c'est une course poursuite tactique en ski de fond pour essayer d'arriver premier.

Martin Fourcade : Le principe du biathlon c'est deux épreuves : tir à la carabine et ski de fond. C'est une épreuve qui tire ses racines des chasseurs et des militaires norvégiens qui se déplacaient à ski pour chasser. C'est un sport très peu médiatisé en France, mais il est majeur dans des pays comme l'Allemagne ou la Russie. Il y a plusieurs épreuves, six aux championnats du Monde et au Jeux Olympiques, qui ont des formats différents mais qui restent sensiblement les mêmes. La plus sympathique à regarder et à vivre reste la mass-start : les 30 premiers mondiaux qui partent, puis ils enchainent 3 km de ski, 1 tir couché, 3 km de ski, 1 tir couché, 3 km de ski, 1 tir debout, 3 km de ski, 1 tir debout et, à l'arrivée, le premier qui a passé la ligne a gagné. A chaque balle manquée (5 balles par tir) c'est un tour de pénalité de 150 m.

Lamy-Chappuis : "Le grand public me reconnaît"

F S : Vos disciplines conbinent plusieurs spécialités, quels sont vos points forts ?

J. L-C. : A la base, je suis plutôt un sauteur. Les trois ou quatre dernières années, je faisais de très bons concours de saut et je limitais la casse en ski de fond. Là, cette année, on a travaillé avec les coaches sur la partie endurance pour le ski de fond. Du coup ça s'est presque inversé, j'étais un petit peu moins bien cette année en saut mais par contre j'ai gagné 45 secondes, presque 1 minute, en fond par rapport à l'année dernière. L'entraînement a payé mais c'est toujours un équilibre à trouver, il faut rester très léger et explosif pour la partie saut, et quand on travaille trop l'endurance pour le ski de fond on perd un peu cette explosivité.
M. F. : Moi c'est plutôt sur les disciplines du ski, je ne suis pas mauvais en tir mais mon point fort c'est le ski.

 

F S : Vous êtes tous les deux Champions du Monde, Jason vous êtes Champion Olympique, Martin vice Champion Olympique. Tout vous réussit ! Que se passe-t-il dans la tête d'un n°1 mondial ?

J. L-C. : Oui, tout me réussit mais en même temps j'ai toujours autant de plaisir à pratiquer mon sport. Le titre olympique m'a vraiment envoyé dans une autre dimenson. Le grand public me reconnaît, il sait un petit peu plus ce qu'est le combiné nordique. J'ai encore l'envie d'aller chercher les victoires et de m'entrainer, j'ai l'impression que j'ai encore des faiblesses à certains endroits. J'ai encore le titre olympique et le titre de champion du Monde à aller défendre.

M F. : C'était beaucoup de bonheur car c'était quelque chose qui était très dur et très long. Ca a été compliqué à avoir. Mais je suis très fier de mon palmarès.

Fourcade : "l'été, on fait du ski route"

F S : Les sports dans lesquels vous vous illustrez sont particuliers puisque saisonniers ; comment vous entrainez-vous hors saison ?

J. L-C. : On a quand même la chance de ne pas être obligés, contrairement aux skieurs alpins, d'aller dans l'hémisphère sud pour trouver la neige. On a des tremplins en synthétique et la glisse est pratiquement la même donc on arrive à s'entraîner. On fait 300 à 400 sauts l'été et presque 300 sauts l'hiver pour vraiment automatiser le mouvement. Ca se joue tellement au dixième de seconde près que le timing et l'impulsion au niveau du tremplin pour les 30 premiers mètres son très importants. Et en ski de fond, c'est ski à roulette, muscu, footing, tout ce qui est endurance. On fait ça tout l'été : de juin à octobre, on a nos stages une semaine sur deux avec la fédération, et après on a les compétitions de novembre à mars.

M. F. : Il y a plusieurs moyens, il y a le ski route tout d'abord, un dérivé du ski sur goudron. Après il y a tous les exercices de cardio et de tir. Je fais 800h d'entrainement par an, il doit y en avoir 200 en hiver donc tout le travail se fait sur la préparation estivale.

 

F S : Il y a peu de licenciés en France, pourtant vous êtes les meilleurs mondiaux, chacun dans votre discipline. Comment expliquez-vous cela ?

J. L-C. : C'est vrai qu'il n'y a pas énormément de moyens, pas beaucoup de licenciés aussi, donc on a un très bon ratio par rapport au nombre de licenciés dans les autres pays, comme en Allemagne ou en Norvège. Ils ont beacoup plus la culture du saut à ski et du combiné nordique, on a l'impression qu'il y a des tremplins dans tous les villages et il y a beaucoup plus de licenciés. En France je pense qu'on arrive à détecter des jeunes, on a une formation assez axée sur le haut niveau et on met des moyens pour que ça réussisse. Et puis je pense que le Centre national de ski nordique, qui est aussi pôle France, essaye de réunir tous les jeunes qui sont bons en ski de fond ou en saut. On est tous ensemble, on fait des études ensemble, on avait des cours par correspondance. Il y a une émulation de groupe, c'est pour ça que ça marche bien.

M. F. : On parle souvent du miracle du biathlon français, il y a peu de licenciés et peu de moyens mais énormémement de résultats. On a eu la chance de détecter des champions et d'avoir ce petit côté génétique, et ces champions-là ils étaient en biathlon et pas ailleurs. C'étais le cas avec Rapahël Poirée, c'est le cas avec Sandrine Bailly, Vincent Defrasne et moi. Je crois que c'est vraiment un sport qui est encadré, qui est vécu par des gens passionnés et ça ça fait une différence énorme. On fait ça par amour du sport, pas pour en faire notre métier ni pour l'argent. C'est un sport d'amoureux, de personnes qui viennent ensemble.

 

F S : Pensez-vous que des champions comme vous peuvent donner envie aux jeunes de pratiquer le ski nordique ?

J. L-C. : Oui je le pense, parce que moi j'ai commencé comme ça. Quand j'étais petit, j'avais des posters dans ma chambre, des cartes dédicacées, mes idoles n'étaient que des skieurs. Je pense que quand on fait des bons résultats ça donne envie aux jeunes de faire ce sport, et forcément un jour il y en aura bien quelques-uns qui arriveront en Coupe du Monde. C'est sympa ces passages de relais, et quand je passe dans les écoles primaires à la fin de la saison ils ont plein de questions, je signe deux ou trois cartes, c'est super sympa, ça me fait penser à moi quand j'étais petit.

M. F. : Ce ne sera jamais un sport de masse, ça c'est sûr, et on n'a pas prétention à le devenir. Par contre, ça peut attirer de nouveaux partenaires et créer un engouement du public autour du biathlon. Mais on ne sera jamais 100 000 licenciés en biathlon parce que c'est un sport régional qui a besoin de neige. Et c'est un sport qui n'est pas facile à pratiquer, il y a des armes à feu, mais je pense que notre sport va se développer autrement que par les licenciés.

Lamy-Chappuis : "ça me va bien d'être un peu moins médiatique"

F S : Pensez-vous que c'est une bonne chose pour le ski français de ne pas être surexposé médiatiquement, comme c'est le cas pour d'autres sports ? On parle rarement de vos disciplines, ça vous protège ou ça vous manque ?

J. L-C. : Je pense que c'est une bonne chose quand on parle un petit peu de nous, mais depuis les JO de Vancouver c'est quand même mieux car on parle plus de ski nordique. Heureusement qu'on a Eurosport qui retransmet nos compétitions parce que ce qui manque en France, dans plein d'autres pays il y a toujours une chaine sportive qui diffuse du sport à longueur de journée. Moi, ça me va bien d'être un peu moins médiatique que les grands sports, on arrive à rester nous-même. Après, on a bien sûr envie qu'on parle plus de notre sport et non pas juste pour les grands évènements. Par exemple, on ne parle souvent que de moi dans l'Equipe. Mes coéquipiers, après la Coupe du Monde, ils n'ont eu qu'un ou deux appels de journalistes, et en plus ce sont des journalistes du coin. J'ai l'impression qu'il n'y a que les 10 meilleurs mondiaux qui peuvent vivre de notre sport, pour les autres c'est beaucoup plus compliqué. Ce serait bien qu'il y ait un petit peu plus de médiatisation, mais après c'est aussi le respect de la discipline où on sent que c'est la passion qui nous anime.

M. F. : Je pense qu'on est des gens avec des valeurs simples, et même avec beaucoup de médiatisation on n'aurait pas les dérives qui arrivent dans d'autres sports. J'ai une éducation qui me permet de garder les pieds sur terre et je pense que si j'avais fait du foot, par exemple, j'aurais été épanoui de la même manière et je ne serais peut-être pas parti dans certaines dérives.
Par contre, ne pas être médiatisé ce n'est pas un bien pour le biathlon. C'est plus compliqué de faire un sport où les moyens sont limités, c'est compliqué de ne pas se sentir reconnu parfois, pas dans la rue mais en tant que sportif de haut niveau. Finalement il y a certains exploits qui passent inaperçus. Après je n'ai vraiment pas de problème avec cette sous-médiatisation en France car dans certains pays on est vraiment très mis en avant, comme en Russie par exemple vu que je suis le n°1 mondial.

Fourcade : "envie d'aller plus haut"

F S : Le combiné nordique et le biathlon, c'est plus une passion qu'un métier pour vous ? Vous ne faites que ça ou vous avez une autre profession ?

J. L-C. : Je suis contractuel des douanes. Le ski, je ne considère pas ça comme un métier, mais comme une passion. Après, mon travail à la douane c'est surtout représenter l'administration, on a toujours notre insciption « douanes ». C'est surtout historique en fait, il y avait des douaniers skieurs qui surveillaient les frontières dans les Alpes et ils ont gardé ça. C'est un peu comme Alain Bernard qui est gendarme. Le ski c'est vraiment une passion et je vis de mon sport grâce à mes résultats, mais quand je vais à l'entrainement je n'ai pas l'impression d'aller au boulot.

M. F. : Moi je suis militaire détaché en tant que sportif de haut niveau pour la défense. J'ai un contrat de militaire en plus des contrats avec des partenaires, et sinon je suis vraiment sportif de haut niveau 365 jours par an.

 

F S : Dans un avenir proche, quels sont vos projets et objectifs ? Les Championnats du Monde et les Jeux Olympiques j'imagine...

J. L-C. : Oui il y a les JO de Sotchi en Russie, qui sont le gros objectif dans deux ans. Et avant, c'est la répétition générale: les Championnats du Monde l'année prochaine. Je suis détenteur du titre donc j'ai la pression, les autres ont tout à gagner alors que moi j'ai tout à perdre, il faut que je reste premier.

M. F. : Mes prochains objectifs ce sont les Championnats du Monde et les Jeux Olympiques. J'ai eu l'argent à Vancouver et j'ai envie d'aller chercher plus haut et d'avoir cette couronne olympique qui me manque.

 

 

Jason Lamy-Chappuis

Dès l'âge de 2 ans, Jason est sur des skis. Né aux Etats-Unis, il s'installe ensuite en France avec sa famille. Il fait des compétitions de saut à ski et de ski de fond, puis se spécialise en combiné nordique. Il participe à une Coupe du monde pour la première fois en 2004 à Oslo et décroche une première victoire en 2006 à Sapporo. C'est de début du succès. En 2010 à Vancouver, il remporte le titre de champion olympique. L'année suivante, il devient champion du monde et enchaine podiums et victoires. En 2012, à 25 ans, Jason décroche son troisième globe de cristal. Une magnifique performance, puisqu'il est seulement le troisième sportif à y parvenir.

 

Martin Fourcade

Plus jeune, le natif des Pyrénées-Orientales touche à de nombreux sports mais choisit le biathlon, pour faire comme son grand-frère. D'abord Champion de France, il décroche sa première victoire internationale en Coupe d'Europe en 2008. En 2010 à Vancouver, il est sacré vice Champion Olympique et multiplie les victoires en Coupe du Monde. En 2011, il devient le troisième français Champion du Monde de biathlon puis s'approprie un gros globe de cristal en 2012. Le champion a tout gagné ces derniers temps, mais il lui reste quelques objectifs à atteindre... Notamment une victoire olympique dans deux ans.

Par Oriane Filhol

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