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Dimanche 26 juin, 15:43
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Tour de France : L'art délicat de la pause-pipi

Tour de France 2012


Une règle tacite du peloton interdit les attaques lorsque le premier de la course s'arrête pour satisfaire un besoin naturel. Mais même dans ces moments-là, un coureur n'est à l'abri de rien.

De la verdure, un belle vue : un terrain idéal pour un maillot jaune pipi
De la verdure, un belle vue : un terrain idéal pour un maillot jaune pipi AFP/PASCAL PAVANI

C'est une marque de respect que des téméraires osent pourtant briser, prêts à toutes les ruses pour gagner. « On me l'a expliquée au début de ma carrière, confie Geoffrey Soupe, de la Française des Jeux. On n'attaque pas un leader quand il ne peut pas se défendre. » Quand il doit, plus précisément, s'arrêter au bord de la route pour satisfaire ses besoins naturels. Le premier du classement général attend un ralentissement, descend de son vélo et marque une pause-pipi ; les plus acrobates restent sur la selle et visent un endroit vierge de spectateurs, si possible abrité du vent. Généralement, les autres coureurs en profitent pour se soulager à leur tour, comme dimanche lors de la première étape du Tour de France, à 76 kilomètres de l'arrivée, à proximité de la commune de Hotton, en Belgique. Un signal du leader et la pause s'impose. « Quand le leader s'arrête, on se dit que c'est le bon moment pour pisser car on sait que ses coéquipiers ne vont pas accélerer », explique Laurent Jalabert, ancien vainqueur d'étapes sur l'épreuve.

Jalabert : "J'ai perdu le maillot jaune sur un coup en traître."

Dans les faits, cette halte peut profiter à des petits malins voyant là une occasion parfaite de piéger un adversaire. Sur le Tour 89, Joël Pelier fait mine de sortir du peloton pour aller uriner... mais il continue son effort et gagne la 6ème étape. Lors du Giro 1957, le Luxembourgeois Charly Gaul s'immobilise sur le bord de la route et fait le vide. Sans pitié, Raphaël Géminiani tape sur les fesses de son leader Louison Bobet ; ce dernier part, Gaul perd son maillot et hérite du surnom de « Chéri pipi ». Jalabert se souvient d'une mésaventure dont il fut le protagoniste malheureux. « Sur le Tour de France 2000, je décide d'effectuer une petite pause dans la sixième étape alors que je suis maillot jaune. Au moment où je m'arrête, on me dit dans l'oreillette que Magnus Bäckstedt vient d'attaquer, avec une quinzaine de coureurs. Je remonte sur le vélo mais, le temps de prendre en main la poursuite, les échappées ont creusé l'écart. Comme personne ne veut nous filer un coup de main, Manolo Saiz, mon directeur sportif, décide de les laisser filer. J'ai perdu le maillot jaune sur un coup en traître. Ca m'a donné les boules. » L'Italien Alberto Elli, nouveau leader, récupère la tunique et Backstedt s'excuse à l'arrivée : « Je n'ai pas vu que Laurent était arrêté, je vous l'assure ». Saiz, lui, fulmine : « Ca ne se fait pas. » Au sein de la course, Backstedt voit sa réputation tâchée par cet épisode peu glorieux. « Si tu attaques à ce moment-là, les autres coureurs s'en souviennent, témoigne Soupe. Moi, je n'attaquerais pas, en tout cas. Je vois la confrontation entre deux coureurs comme un duel, comme un combat dans un ring. » Et personne n'a jamais vu Evander Holyfield mordre l'oreille de Mike Tyson dans les toilettes de la MGM Grand Garden Arena de Las Vegas. En revanche, le public féminin de la 19ème étape du Tour de France 1931 s'est longtemps souvenu du pénis de l'Australien Hubert Opperman, soudain étalé au grand jour après l'effet du blizzard glacial qui défit les fragiles bretelles de sa tenue. « Je ne pense avoir choqué les dames, se défendra ce dernier. Il était recouvert de neige glacée et tout recroquevillé, donc invisible à l'oeil nu ».

Parfois, le plus difficile est d'uriner... après la course, lors d'un contrôle anti-dopage. Lors du dernier Tour d'Italie, après la 8ème étape, l'Italien Paolo Tiralongo dut patienter trois heures pour réussir sa mission, à son hôtel, alors que les commissaires de l'UCI attendaient qu'il en termine. Curieusement, Tiralongo avait déjà connu ce moment de solitude un an plus tôt, après sa victoire à Macugnaga. Même dans cette situation, des malins contournent le règlement. Le cas le plus connu est celui de Michel Pollentier. En 1978, le Belge tenta de berner les médecins chargés de prélever son urine en plaçant une poire avec du liquide propre sous son bras et dont le tuyau passait sous ses fesses.

Bicyclette et organes génitaux

Ce problème concerne aussi les cyclistes du dimanche. La question a même divisé les médecins du début du 20ème siècle. En 1900, le docteur Ludovic O'Followell publia une étude intitulée Bicyclette et organes génitaux, alors que plusieurs de ses confrères avaient observé des cas de congestions de la prostate chez des patients amateurs de vélo.  Il expliquait « qu'il était aisé de se rendre compte que la cause déterminante de ces congestions résidait dans l'étroitesse de la salle qui pénétrait entre les ischions et contusionnait les organes périnéaux et la prostate elle-même, malgré sa situation. » Il rapporta le cas d'un homme resté « en machine » pendant huit heures consécutives. « Malgré un besoin d'uriner intense, il n'avait pas voulu descendre avant d'être arrivé au but. Quand il chercha à vider sa vessie, cela lui fut impossible et je dus le sonder. La poussée congestive pouvait être ici attribuée pour une bonne part à cette rétention volontaire. » Un contemporain de O'Followell, M.Camescasse, conseillait aux vieillards une pratique assidue de la bicyclette. Il observa un homme de 74 ans « goutteux, obèse, sédentaire (…) qui se levait cinq ou six fois par nuit pour uriner. » Le patient apprit le vélo au cours d'une cure à Vichy et son angoisse disparut. La même angoisse qu'on retrouve, un siècle plus tard, sur le visage du maillot jaune se préparant à céder à une envie pressante.


A lire :
- Bicyclette et organes génitaux (republiée en 2009 aux Editions Le Pas d'oiseau)
- Histoires extraordinaires des géants de la route, de Jean-Pierre de Mondenard.

Par Maxime Mianat

Réactions à cet article1 commentaire

  • Par Procuranté, le 7 jui à 09:13

    Procuranté
    Rude

    Peut-on encore parler de sport, si, à l'arrivée on vous attend avec une fiole pour recueillir les urines.


    Bon article, qui répond à des questions intimes,a des comportements que l'on ne connait pas.



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