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Rugby : ''Battre la France, un enjeu national pour les Anglais"

Tournoi des VI Nations 2012


INTERVIEW. A quatre jours du crunch France-Angleterre, le chercheur et historien Fabrice Serodes, spécialiste de l'anglophobie, revient sur la rivalité entre les deux nations.

Maxime Mermoz et Ben Foden (en blanc) font connaissance dans le pur respect des traditions
Maxime Mermoz et Ben Foden (en blanc) font connaissance dans le pur respect des traditions SIPA/Marc Aspland


France-Soir. De quand date le sentiment anglophobe en France ?

Fabrice Serodes. Il faut déjà différencier l'anglophobie telle qu'on la voyait à l'époque de la guerre de Cent Ans, alors synonyme de haine viscérale, et l'acception moderne du terme, plus intellectualisée. On peut la dater de la révolution industrielle et de l'époque coloniale. Elle s'exprimait par des différences autour des valeurs, des attitudes, des idées. Après la deuxième Guerre Mondiale et la perte des colonies, la France et l'Angleterre ont été ravalées à leur territoire insulaire respectif. Leur rivalité se transpose désormais en Europe sur le plan politique et dans un champ plus marginal : les compétitions sportives.

 

F.-S. En somme, le sport entretient la rivalité ?

F. S. Les deux pays ont une histoire sportive assez ancienne. Au début du 20ème siècle, les compétitions étaient suivies par leurs dirigeants. Depuis vingt ans, il existe en Europe un conflit spécifique entre la France et l'Angleterre - et entre la France et l'Espagne, pour l'année en cours. La France est devenue une nation sportive ; la presse britannique en a évidemment fait le relais. Même si les deux pays s'affrontent chaque année en rugby, ils parviennent à se re-mobiliser.

 

F.-S. Qui est la plus prononcée ? L'anglophobie ou la francophobie ?

F. S. Actuellement, la francophobie. En Angleterre, le maire de Londres, Boris Johnsson, n'a pas hésité à traiter les Parisiens de « voleurs » en évoquant les nombreuses pertes de Vélib recensées dans la capitale française. Ce n'était pas le cas il y a cent ans. A l'époque, la France avait une presse conservatrice, de gauche et anticapitaliste. Les politiciens ont abandonné ce terrain-là. Jean-Luc Mélenchon, à ma connaissance, ne s'en est pas pris à David Cameron. Seul Laurent Fabius, récemment, a joué le registre anglophobe au moment du référendum européen de 2005. Son discours - « Pas d'Europe à l'anglaise ! » - était très marqué.

 

F.-S. Les succès des sportifs français en Angleterre, à l'image d'Eric Cantona, adulé par Manchester, ou de Sébastien Chabal ont-il fait évoluer les mentalités outre-Manche ?

F. S. C'est une thèse intéressante. Mais ces succès demeurent des réussites individuelles et plutôt rares - Jonny Wilkinson est un cas à part. Collectivement, les Etats ont cette capacité à se réunir autour d'enjeux nationaux. On a pu s'en apercevoir lors de la désignation de la ville hôte des Jeux Olympiques de 2012. Les Anglais faisaient campagne à reculons. Quand ils ont vu qu'il ne restait que Paris et Londres en lice, cela s'est transformé en enjeu national. Et une fête a eu lieu à Trafalgar Square. Point important : la France ne possède pas de presse de caniveau. Les Anglais, eux, ont l'empire Murdoch - il est vrai ébranlé. Les journaux britanniques, comme The Sun ou The Daily Telegraph, axent dès qu'ils le peuvent sur la francophobie. Ce n'est pas le cas chez nous. Il y a bien Charlie Hebdo mais cela reste gentillet. La presse populaire britannique adore réveiller l'opinion autour des jeux sportifs. On le verra cet été lors des J.O. Battre la France au tableau des médailles constituera, là aussi, un enjeu national.

 

F.-S. Comment la France perçoit-elle sa rivale ?

F. S. Le Royaume-Uni s'est toujours présenté comme un pays fair-play. Ils ont inventé les règles de plusieurs sports. Mais les Français ont toujours l'image de la Perfide Albion, ce double jeu permanent que pratiquerait l'île. Pour expliquer la défaite de Paris contre Londres, en 2005, certains ont mis en avant des négociations secrètes, des décisions prises à Singapour, une base d'agents britanniques... La France, elle, auto-entretient une image honnête, de franchise. Une stratégie plus frontale que son adversaire.

 

 

Fabrice Serodes est enseignant-chercheur à l'Institut d'études politiques de Sciences Po Paris et professeur au lycée français de Bruxelles. Il a publié en 2010 ''Anglophobie et politique de Fachoda à Mers el Kébir'', aux éditions L'Harmattan.

 

 

Par Propos recueillis par Maxime Mianat

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